Depuis décembre 2006, Myriam Ebadi, 45 ans, fait découvrir aux Marseillais la cuisine de ses racines « Chez Romain et Marion », boulevard de la Libération : « À Kaboul, surtout la femme qui travaillait chez nous, le matin elle faisait le pain, parce qu'on avait un four et surtout l'hiver, quand elle faisait le feu, on le voyait de loin parce qu'il était au fond du jardin et on se levait, on mettait un pull et on allait en courant manger le pain chaud. Ça, c'est un truc que j'oublierai jamais. » Saveurs originelles et valeurs culturelles.
Koinai : Comment avez-vous appris à cuisiner ? Quand on est arrivés en France, on était obligés de cuisiner. J’avais 19-20 ans. J’aimais pas du tout cuisiner avant, j’avais même horreur de ça. Mes soeurs, elles allaient tout le temps en cuisine, et la dame qui travaillait chez nous, elles lui disaient : « Opa, comment tu fais le riz ? Comment tu fais la sauce ? » Moi, ça m’intéressait pas. Quand je me (...)
Pour réaliser Chronique urbaine 2, Les changements urbains en question : Marseille quartiers nord, Claude Bossion a rencontré des habitants du quartier du Plan d’Aou : jeunes adolescents, mère de famille, animateur… Au pied du bâtiment, recueil de paroles autour du logement et du travail : lieu de vie, vies de cité.
Je m’appelle Ben Ahmed Sabrina, j’ai quinze ans, et j’habite au Plan d’Aou depuis que ch’uis née. Ils vont nous faire habiter dans ceux qu’y vont reconstruire. Sinon, si les gens ils ont pas assez d’sous pour payer, ils vont garder ces deux bâtiments, plus un autre, ch’ais pas c’est lequel. Celui où j’habite on va le détruire, ouais, celui-là . On m’a dit vers fin septembre mais j’crois pas, parce qu’il (...)
« Je me suis sentie femme, je suppose quand j'ai eu mes enfants, parce que c'est quelque chose qu'un homme ne peut pas faire, donc c'était par contraste : j'ai découvert une autre facette _et une facette gratifiante_ du fait d'être une femme pour la première fois (rire). » Muriel Julien, 44 ans.
La féminité, biologiquement, je la vis comme une injustice. Avoir ses règles, par exemple. Mais c’est le marqueur de ta jeunesse, de la possibilité de procréer qui s’arrête tôt chez la femme et y’a un décalage entre la vie sociale et la vie biologique : une femme peut être encore belle, en bonne santé, dynamique, mais à partir de la cinquantaine, elle subit à nouveau des changements hormonaux profonds, (...)
En 1972, Sahnoune Ben Aïssa, 54 ans, a rejoint la société de traitement et de conditionnement de fruits secs, alors sise boulevard Michelet : « D'abord Micasar, elle a été créée en 1957 : ils étaient trois _c'est le patron qui m'avait expliqué ce que veut dire le mot « Micasar » _, trois copains qui ont créé une entreprise de fruits secs. Un, il s'appelait Michel, l'autre Casanova, le troisième Arbona : « Mi » c'est Michel, « Cas » c'est Casanova, « Ar » c'était Arbona. » Vie des dattes et fruits du labeur.
Un je l’ai pas connu parce que j’étais jeune, il est décédé, l’autre il a voulu créer une autre entreprise donc il est resté que lui, Arbona. Et depuis il a créé, évolué, progressé. Il travaillait pour la France mais il faisait beaucoup d’export sur les pays scandinaves et il a acheté des dattes d’Algérie, des figues et des abricots de Turquie et il les conditionnait. Koinai : Comment procédait-on à la « (...)
Depuis l'âge de 13 ans, des côtes algéroises aux reliefs phocéens, Mourad Kahoul, 45 ans, œuvre sur les flots méditerranéens : « Moi, j'ai une polyvalence entre le petit métier : le rouget, la bouillabaisse, la pêche artisanale et après j'ai commencé avec mon père à faire du chalutage : c'est un engin de pêche qu'on traîne sur le fond pour la crevette, pour le poisson noble, hein. Ensuite on a fait la sardine, et après je me suis lancé dans la pêche au thon. » Entre filets et combat, pour le maintien d’une activité traditionnelle.
K : Comment devient-on marin-pêcheur ? Ben, on ne devient pas : on est. Cinq générations, hè, et après c’est la continuité depuis que je suis dans la pêche avec mon père, parce que je suis initié à faire ce métier comme toute ma famille. Mon père a été quand même un pilier, parmi un des très grands armateurs de pêche au thon, avec un Pied-Noir d’Oran aussi, Monsieur Lubrano. J’ai beaucoup appris avec lui et (...)
Depuis mars 1976, Richard Pastrone, 51 ans, travaille pour les Raffineries Saint Louis : « En semoulerie, on faisait des packs de sucre cristallisé poudre, puis je distribuais toutes les catégories de sucre dans les chantiers : sucre en poudre dans des trémis, mouleuses pour faire des dominos, du vrac, la cassonade, le sucre roux. » Dans l'usine à tuyaux, des cristaux et des hommes : parcours.
On importe du sucre de canne brut qui est roux, sous forme de cassonade. Alors au départ, on coupe les cannes, on les fait bouillir, on extraie le jus donc, si on cristallise un jus de cannes broyé, la canne c’est plus ou moins marron, hè, y’a de tout, on arrive à un sucre roux. Alors, on aurait tendance à dire : " Le sucre roux, c’est du sucre naturel, diététique, pas transformé. » Dans les années (...)