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La revue du témoignage urbain

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Paroles de commerçants

Ils nous ont tout pris

Il y a trente-cinq ans, Julien Brémond l’Aixois rejoignait Marseille pour épouser sa belle et ne plus repartir. Après une longue carrière dans l’industrie du nettoyage, la retraite sonnant, il s’est posté à l’angle de la rue de la République et de la rue Henri Fiocca : il donne désormais un coup de main à son fils, le patron du "Comptoir de la Grand-Rue". Aux côtés de son héritier, il observe les transformations qui affectent le quartier et la clientèle.


Grand-Vue
 Grand-Vue

Koinai : Quelles répercussions ont les travaux ?
Y’a plus personne : depuis qu’on a tout barré, les gens ne peuvent plus se garer ; la plupart des commerçants de la rue ont fermé, d’autres sont carrément partis. Les ouvriers viennent bien boire le café, par contre, à midi, ils mangent sur le chantier... À l’heure actuelle, les gens n’ont plus les moyens. À un moment donné, c’était le désert, on a eu les grèves, le Ramadan, les vacances scolaires en même temps. C’était catastrophique.

Que disent les autres commerçants du quartier ?
Je connais que le marchand d’habits qui vient pour la cotise des clients. En face, c’est pareil : le jeune, je le connais sans plus, il est très gentil. Eux aussi, ils disent qu’il n’y a plus personne. Ils n’ont pas besoin de le dire, c’est véridique.

Quand les travaux ont-ils réellement commencé à vous déranger ?
Depuis le départ. Ils ont commencé à enlever les places, les gens, ils ne peuvent plus se garer. Vous savez, à Marseille, de partout pour se garer c’est très difficile, et quand vous ne pouvez plus du tout, les gens qui se garaient ne viennent plus. Il reste plus que les personnes qui sont à proximité. Y’en a beaucoup qui sont partis, parce qu’on a tout bouché, on leur a tout fermé.

Que savez-vous du chantier ?
Ça fait au moins un an qu’il a commencé. Ils ont commencé par nettoyer les façades, à nous faire une poussière terrible. C’est pratiquement fini, y a plus que les terrasses. Au milieu de la route, du Vieux-Port jusqu’à Sadi Carnot, ils vont faire "un canal de rétention", ils appellent ça. Maintenant, les travaux vont être des deux côtés.

Les trottoirs seront-ils touchés ?
Ils ont justement fait ce canal au milieu, en poussant les trottoirs. Ils nous ont tout pris. Là, c’est déjà terminé : la terrasse, elle y est plus. Ils ont posé des gros blocs de béton, les voitures passent bien au bord de nos tables. Vous savez, dans la région, on travaille beaucoup en terrasse. Les gens aiment bien aller dehors et boire quelque chose. Vous le savez, vous vous mettez en terrasse dehors, vous êtes bien, surtout les beaux jours. Et là, jusqu’à fin 2006, il va y avoir les travaux, donc ça sera comme ça. Les trottoirs, ils vont les agrandir après. Ils vont tout refaire, enfin, en 2007.

Allez-vous être dédommagés ?
Ça m’étonnerait. Pour les terrasses, ils nous feront pas payer, je suppose, mais pour ce qui concerne les impôts, on payera pareil. Dans notre société, qu’on travaille ou pas, c’est du pareil au même. Il faut tenir, mais bon... Ils disent que ça va être magnifique : ils vont agrandir les trottoirs, ils vont mettre des arbres, paraît-il qu’il va avoir plein de trucs. Moi, ce qu’ils disent... Je crois plus personne. Je suis comme Saint-Thomas maintenant, quand je vois, ça va, autrement... En attendant c’est la galère, vous comprenez.

Avez-vous des touristes par ici ?
À un moment donné, y’en avait un peu. Là, y’en a de moins en moins. Y’a eu des affaires, des problèmes sur le port, la SNCM aussi. Je sais pas si vous êtes au courant, y’en a eu pendant x temps, là. À Marseille, on est les rois de la grève. Et justement, y’avait pas mal de bateaux qui venaient, des croisières, tout ça... Mais toutes ces histoires de grèves qu’il y a eu, y’en a de moins en moins. Je sais pas si ils vont revenir. Il y a eu beaucoup d’Italiens sur les circuits de la Méditerranée. On n’en a guère vu cet été.

Réaliserez-vous des aménagements ?
Obligatoirement, si de partout il y a des aménagements, qu’ils refont tout, faudra suivre le mouvement, évidemment ! C’est tout à fait normal. Si ça devient comme ils disent, vous pouvez pas avoir un cafoutchi au milieu . Mais enfin, en attendant, c’est galère. Et comme, bon, les commerces, c’est plus comme avant. Avant, vous ouvriez un commerce, mais maintenant, je vais vous dire, quand on voit les commerçants... Bon, les commerçants, ils ont toujours pleuré, mais maintenant, c’est vrai que c’est de plus en plus dur, y’a de moins en moins de pouvoir d’achat. Vous le savez très bien, vous avez qu’à voir : les gens ont de moins en moins d’argent. Vous savez, si les gens ont de l’argent, ils dépensent, ils s’habillent, ils vont manger au restaurant... S’ils n’en n’ont pas, ils tirent de partout. On est tous à la même enseigne. C’est pour ça que l’argent c’est bien, il faut qu’y ait de l’argent pour que ça tourne, ça fait travailler tout le monde.

Propos recueillis par Patricia Rouillard le 29 novembre 2005 .

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