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Les voix du chantier

Les patrons veulent que ça aille vite

A vingt-quatre ans, le Marseillais Vincent Druinot compte déjà cinq années dans la taille de pierre. Formé chez les compagnons, depuis deux années, il travaille pour les « Monuments historiques ». Salarié des « Compagnons de Castellane », il refouille et ragrée, jouant sur la gamme qui va de la taille à la maçonnerie. Rencontre entre ciel et terre au 13, rue de la République.


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Les patrons veulent que ça aille vite
 Les patrons veulent que ça aille vite

Koinai : Combien de tailleurs de pierre trouve-t-on sur le chantier ?
Trois. Seuls quelques travaux nécessitent des connaissances. Pour le reste, pas besoin de formation. C’est un travail d’usine pour des maçons et des manoeuvres. Ça suffit pour ce genre de travaux, c’est plutôt facile. Ce n’est pas de l’artisanat, il n’y a pas de taille de cheminées ou de colonnes, pas de travail d’ornementation ou de sculpture, pas de neuf. On refait éventuellement un corbeau (ndlr : console sous le balcon) lorsqu’il n’existe plus du tout, ou un galbe qui n’avait pas été mis en place à l’époque. Les ornementations n’existent pas partout non plus : par endroit les feuilles d’acanthe ou les modillons manquent. Je pense que les travaux avaient été limités vers la fin, à cause des budgets. À part ces finitions, la taille de pierre n’est pas très sollicitée. Les tailleurs sont loin d’exploiter toutes leurs compétences.

Combien d’heures par semaine passez-vous ici ?
Ça dépend : pour l’instant on est à sept heures par jour, ça fait trente-cinq heures par semaine. Je ne travaille pas le samedi, comme certains. J’ai débuté sur ce chantier depuis le mois de janvier, environ deux ou trois mois après le démarrage.

Ce type de chantier est-il intéressant ?
Certaines choses sont pas mal et d’autres pas terribles, quand même. Par exemple la purge : tout ce qui est grattage, nettoyage de pierre. Ça commence par un sablage de la façade piochée. Ensuite, on fait les réparations au mortier-pierre.

Ça fait partie de votre métier de tailleur de pierre ?
Oui et non. Enfin, je ne pense pas. Les patrons veulent que ça aille vite. Alors on doit être « multifonctions ». On fait tout de A à Z, depuis l’installation du chantier. En réalité, on n’a pas grand-chose à tailler. On fait essentiellement du ragréage avec un mortier-pierre. Et à la place du mélange traditionnel de sable et de chaux on utilise le Toxipierre , une préparation en sac qui comprend aussi de la colle.

Est-ce une activité pénible ?
Ça dépend, si on passe la journée à faire le maçon, on n’est pas trop fatigué : boucher les trous, refaire les moulures au mortier, c’est moins difficile que la refouille de pierre à l’ancienne. Autrefois, quand une pierre était détériorée, on l’enlevait, « on la refouillait ». Puis, on replaçait un bloc par dessus, on faisait les joints, on la coulait ; quand il y avait un petit pet, on remplaçait le caillou entièrement, alors que maintenant, on répare au mortier. Ça fait gagner du temps.

Quand ce chantier s’achèvera-t-il ?
Il y en pour une bonne année encore, parce que je sais qu’en 2006, il y aura encore des ouvertures de chantiers sur la rue : l’immeuble qui est en bas, l’îlot qui est à refaire au Vieux-Port. Ensuite, je sais pas si on va continuer vers là-bas.

Propos recueillis par Patricia Rouillard le 28 novembre 2005.

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