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Témoignage urbain

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Témoignage urbain

Les sentences de l'habitant

Regardez le mensonge

« Je suis le meneur, si vous voulez : celui qui dès le premier jour a monté les associations, et a vu venir le coup. C’était septembre 2003. Ils sont arrivés en août 2003, et en septembre 2003 ils sont venus nous voir. Tout le monde, ils sont venus voir tout le monde. Et moi, la dame qui est venue me voir m’a dit : « Vous allez partir, l’appartement est à nous, vous êtes chez nous, c’est à nous », comme ça hè ! » Antoine Cuadra, Président du Collectif des Lois 48 et membre du conseil d’administration de Un Centre Ville Pour Tous.


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Regardez le mensonge
 Regardez le mensonge

C’est madame Palombo elle s’appelait, « Médiateur de Marseille République ». Parce que les gens qu’ils ont envoyés comme ça, ils les ont appelés des médiateurs. Et aujourd’hui encore ils les appellent des médiateurs. Voilà. Alors elle a dit :
- C’est chez nous. C’est comme une voiture : quand vous la louez, vous avez fini, vous la rendez. Bè, là, c’est pareil : vous partez.
Moi j’ai dit : « Non, je suis sous la loi 48, je partirai pas. »
- Mais vous vous rendez compte, monsieur Cuadra, ce qu’on va faire ! On va enlever les fenêtres. Pendant des mois vous allez rester sans fenêtres.
J’ai dit : « Mais je veux pas toucher mes fenêtres. »
- On va casser les escaliers, vous pourrez pas monter.
- Mais non, c’est pas possible madame. Écoutez, c’est beaucoup trop primaire vos menaces ! Moi je vais vous dire ce qui va se passer : à partir d’aujourd’hui j’ai vu ce que vous allez faire, j’ai très bien compris. Votre lettre...

Nous, on était naïfs, quand on a reçu la lettre : « Un nouveau propriétaire est arrivé, il veut vous rencontrer ». Donc nous, naïfs au début, on s’est dit : « Bon bè, y’a un nouveau propriétaire, il veut nous voir. » Le mieux, il disait : « Soit vous venez nous voir soit on vient vous voir ». Bè j’ai dit : « Le mieux c’est qu’y viennent, y verront l’appartement, y verront que le nôtre y’a rien à faire, y nous laisseront. » Bè non, on était naïfs, parce qu’on savait pas ce qui allait se passer. Pour eux c’était tout le monde dehors et on fait une opération immobilière, pas une réhabilitation. C’est pas ça une réhabilitation, aujourd’hui sur la rue de la République, c’est une opération immobilière dure et sauvage.

Donc les menaces, voilà, les menaces :
- Ah, oui, oui, c’est comme ça, l’ascenseur on est obligé... - regardez le mensonge ! : ... La loi nous oblige à mettre des ascenseurs où un handicapé rentre avec sa chaise et fasse le demi-tour.
Totalement faux. La loi sur les ascenseurs elle dit que vous avez jusqu’en 2018 dernier délai pour les mettre aux dernières normes. Les dernières normes c’est l’anti-ouverture des portes à cause des quelques accidents qui se sont produits, le renforcement et le système moderne d’anti-chute, tout simplement. Preuve absolue de ça, c’est qu’Eurazéo est concerné par la même réhabilitation, et Eurazéo a conservé tous les ascenseurs existants ; il ne rentre absolument aucune chaise d’handicapé dedans, ils ont changé les moteurs et toute la câblerie cet été. Mais ils ont pas changé les cages.

Koinai : Et vous, votre ascenseur fonctionne ou pas ?
Alors il fonctionne, il est là depuis 76, ça a été un des premiers hè ! Parce que sur mon palier y’avait l’ancien directeur du Crédit Lyonnais, qui lui s’était arrangé avec ses amis de l’Immobilière. On a été pratiquement les premiers à l’avoir. En 76 on l’a eu. Il fonctionne très bien, y’a pas de problèmes. C’est moi qui le refais tous les deux ans, je mets la tapisserie murale à l’intérieur, c’est un petit bijou. Même Guérini quand il l’a vu il a dit : « Mais c’est un étui à bonbons », pour dire une boîte à bonbons. Et... je sais plus où j’en étais...

... Donc après la visite de cette dame, Madame Palombo, qui était venue pour me dire « qu’il fallait que je m’en aille, de toute façon je partirais, de toute façon ils allaient avoir des permis de construire délivrés par la Mairie et je ne pourrais rien faire contre ça... » j’ai dit :
- Ça on le verra plus tard, mais en attendant, regardez-moi bien, madame. Là vous venez de trouver votre principal adversaire. J’ai jamais participé à une association de logement, je sais même pas ce que c’est que les logements, je sais pas ce que c’est qu’un bail de 48 ou de 89 mais je vais m’y intéresser. Et là, devant vous, vous avez la personne qui va vous faire du mal, qui va vous faire beaucoup de mal. Je vais monter des associations, je vais fonder des collectifs, et vous allez voir ce qu’on va vous faire. On va vous montrer qu’ici, à Marseille, vous allez pas faire comme vous avez fait ailleurs.
Parce qu’y se vantent d’avoir fait Dublin et d’avoir fait Berlin. Et moi j’ai dit :
- À Berlin c’est normal, après quarante ans de communisme, vous êtes arrivés dans la rue, vous avez donné un coup de sifflet, ils sont tous descendus avec leurs valises. Vous en avez l’habitude. Mais ici à Marseille, c’est pas le cas. Ici vous avez des gens libres depuis des décennies. Et autre que des décennies. Ici vous ne ferez pas ce que vous avez fait ni à Dublin, ni à Berlin.
Et donc, première chose, j’ai cherché un avocat, pour nous défendre. Et ma belle-soeur connaissait bien maître Roustan, puisque quand elle a fait son doctorat à Aix, elle l’a côtoyé pendant quelque temps avec des amis, ils étaient jeunes hè. Et il avait défendu déjà des étudiants quand il était lui encore qu’étudiant, et il avait obtenu des succès, donc (...) il s’est spécialisé là-dedans. À tel point qu’à Paris, quand y’a eu les problèmes du cinquième arrondissement, y sont venus le chercher. Parce qu’aujourd’hui, c’est une sommité en loi de 48. C’est un des plus grands spécialistes, peut-être le plus grand spécialiste de France. Donc j’ai pris un rendez-vous, je suis allé le voir. Y m’a dit ce qu’y fallait faire, monter une association - je l’ai faite -, j’étais en train de préparer mes statuts pour monter l’association des lois de 48, que je devais appeler l’ADSL 48. ADSL, c’était Association de Défense Sous la Loi de 48. ADSL pour frapper les esprits, hein. Voilà. Finalement je prépare tout, je fais venir tous les gens que j’avais déjà vus, j’ai parcouru la rue entière, je connais tous les voisins mais jusqu’au bout de la Joliette, hè ! J’ai commencé à voir les gens, j’ai commencé à prendre les dossiers et cetera, et j’ai fait venir l’avocat. Il leur a fait une réunion, une deuxième. Et j’ai appris qu’il existait une organisation qui s’appelait « Un Centre ville Pour Tous ». Donc je suis allé sur internet, j’ai vu leur site et je leur ai envoyé un message. Ils m’ont contacté, ils m’ont demandé de venir à un des conseils d’administration ouverts, donc j’y suis allé, et voilà, et ça a commencé. Donc après je me suis dit : « Ou tu restes isolé avec ta petite loi de 48... »

On fait beaucoup de choses. Moi je gère mes gens de la loi de 48 qui veulent rester autonomes. Ils adhèrent à Un Centre Ville Pour Tous parce que je leur ai fait comprendre que ces gens connaissent le logement depuis des années, ils sont militants, ils savent de quoi ils parlent, ils ont montré qu’y savaient faire sur Belsunce, et cetera. Que nous on apprenait, on débutait, on était petit. Et qu’y fallait pas qu’on reste isolé. On n’avait qu’à apporter notre force. Donc, je n’ai pas fait mon association, j’ai gardé le collectif, et j’ai rejoint Un Centre ville pour tous. Donc quelques mois après j’étais au conseil d’administration, et je travaille à Un Centre Ville Pour Tous aussi bien pour la rue de la République que pour tout autre problème qui pourrait surgir. L’histoire des Dimiglia on les a défendus, bon pareil hè. Vous savez les chibanis, on parle souvent. Et je resterai probablement à cette association. Voilà comment je l’ai rejoint, voilà comment je l’ai intégrée. Ensuite, au bout de quelques mois on s’est aperçu que sur la rue de la République il existait d’autres associations. On a donc contacté monsieur Maurin, le président du CIQ à côté du Panier. C’est lui qui nous avait déjà contacté pour nous dire qu’on devait faire quelque chose. C’est là qu’on a pensé à créer le collectif. Mais on n’a pas pu réunir les commerçants, ils sont individuels, y s’en foutent des autres... Impressionnant ! Ce qu’y veulent, c’est avoir leurs indemnités. En plus ils ont souffert pendant deux ans des travaux. Vous avez vu les travaux ? Les gens viennent pas acheter ici, c’est l’enfer. Donc ils ont souffert de tout ça, et les trois quarts sont partis. Les trois quarts vous les voyez : « Bonjour, ça va ? Alors où vous en êtes ? » - « Ah ! Moi je pars pas, je pars pas. » Vous passez le lendemain, rideau fermé il était parti. Là aujourd’hui on est en train de faire une enquête sur eux, pour savoir où ils en sont et cetera, mais on n’a jamais pu les réunir. Le bijoutier a essayé, mais le bijoutier a monté un petit truc en bas hè, sur le bas, pas sur le haut donc, et c’est tout. Madame Befette a fait un effort, elle a essayé, elle y est pas arrivée.

Je vais vous expliquer ceux qui sont partis. Y’a ceux qui étaient intéressés pour partir. La première qui est partie, c’est une dame qui avait la maladie d’Alzheimer, donc ses filles ne voulaient plus qu’elle reste là ; celle qui était à Paris et qui était dans la police l’a fait venir près de chez elle. Ça se comprend. Ensuite vous aviez des jeunes qui étaient arrivés là depuis deux, trois ou quatre ans, qui étaient sous la loi de 89 bien sûr, qui payaient des loyers une fois et demie ce qu’on payait nous, et quand on est venu les voir et qu’on leur a dit : « On va réhabiliter mais on vous remet pas très loin... » Plusieurs sont par là dans le coin, chez Eurazéo, et ces gens-là payaient déjà 650 à 700 euros. Des jeunes couples d’une trentaine d’années qui étaient là depuis quatre ou cinq ans. Y avaient pas d’attaches. Y avaient un un pouvoir d’achat assez important. Et en plus on leur a dit : « Bè on vous dédommage. On vous paye le déménagement et on vous donne cinq ou dix mille euros. » Les gens y se sont dit, ceux qui avaient trois ou quatre ans de bail : « C’est une aubaine. On nous déménage, on paye à peu près le même loyer, et on se prend dix mille euros. C’est une aubaine ! » Donc tous ces gens-là sont partis. Et puis madame Coli qui est partie parce qu’elle voulait une pièce de plus... On l’a embobinée, mais tout de suite, elle, hè ! Elle nous a pas écouté. Rien ! Elle a dit : « Non, non, moi j’ai pas besoin de vous et cetera. » Elle est partie... Un mois après elle était là en train de pleurer. Ici - parce qu’on faisait notre permanence ici - elle pleurait madame Coli ! Parce que ils l’ont abusée : ses enfants, on n’a pas voulu les inscrire là-haut. Pendant un an ils sont venus encore à l’école ici ; le logement, là-bas, elle payait beaucoup plus cher. Elle s’en sortait pas, le logement c’était un logement HLM à Bois Lemaitre, pourri, voilà. C’est une cité, Bois Lemaitre, une vieille cité qui est à à côté de Beaumont, à l’autre bout de Marseille. Donc, dans la rue Chevalier Roze, il en est pas parti beaucoup : un quart. Mais y’avait déjà un quart de vide. Donc sur cent appartements on doit rester à peu près une cinquantaine.

K : Et y’avait du squat ?
Non, aucun. C’est des menteurs. On a eu uniquement quelques squats au 18 rue Chevalier Roze, un seul immeuble, et on le sait parce que c’est quelqu’un qui les installait et qui prenait des sous. Y’avait quelques appartements de vides, donc y poussait la porte, y faisait rentrer surtout des Yougoslaves. Il les faisait rentrer pour la saison parce qu’ils viennent et ils écument la côte. Ils venaient à quinze, vingt, ils dormaient là. Donc y leur ouvrait, y leur branchait l’eau, y leur mettait un cadenas, y lui donnaient mille euros, et quand y partaient il en remettait d’autres, voilà. Tous les autres on les a surveillés jusqu’à aujourd’hui, on les a pas laissés venir. Voilà. Maintenant les squats, c’est de la responsabilité du propriétaire. Vous avez quelqu’un qui vous squatte l’immeuble, vous devez immédiatement vous en occuper.

Monsieur Rébitis, vous connaissez le cas Rébitis ? Il est significatif. Alors ce monsieur est en invalidité, c’est un ancien professeur de français, qui a fait de la dépression. Et il habitait à la rue Fioca avec sa maman et sa tante. Sa mère est morte, au 14 rue Fioca. Et depuis 2000 l’immeuble était squatté. D’ailleurs vous en avez peut-être entendu parler parce qu’ils l’ont vidé au mois de novembre, voilà. Donc il était le dernier locataire légal sous la loi de 48, il avait pris la succession de sa mère, et il habitait avec sa vieille tante, et il a fait un procès pour attaquer d’abord P2C, ensuite Marseille République, pour qu’y fassent partir les squatteurs. Le procès il est pas encore passé. Ils ont fait appel, et ça a traîné. Finalement, comme tous les ans, il part en Grèce deux ou trois mois - il est en invalidité - il emmène sa vieille tante avec lui. Il a dit à monsieur Donnadieu, le médiateur de Marseille République :
- Alors les squatteurs vous les faites partir ?
Donnadieu a dit :
- Écoutez, monsieur Rébitis, dès que vous êtes parti, on coupe l’eau, on coupe le gaz, on a fait faire le nécessaire auprès du préfet, on vient et on les expulse.
Il a dit :
- Très bien.
Et quand il est rentré en septembre, non seulement les squatteurs étaient encore là, mais l’immeuble s’était rempli totalement ; y’avait quatre familles de plus, donc y’avait cent personnes. Il était le seul locataire légal, hè ! Il n’y avait plus de porte, ni de fenêtre, ni de plafond, ils avaient ouvert l’eau, le plafond était passé à travers. Ils lui avaient volé toutes ses affaires, et bien sûr monsieur Donnadieu est venu en courant :
- Alors vous avez vu monsieur Rébitis, comment on va faire maintenant ?
Alors Rébitis il a dit - il était catastrophé, le pauvre :
- Vous vous rendez compte, ils m’ont tout détruit, ils m’ont tout volé, et ils sont encore là, vous m’aviez promis...
- Ouais ouais, il a dit, ouais mais moi j’ai pas pu les faire partir, vous comprenez c’est des associations qui les défendent.
C’est totalement faux, on n’a jamais défendu les squatteurs. Ça, vous pouvez le demander à Centre ville Pour Tous, le collectif des lois de 48 et la coordination, on n’a jamais défendu un squatteur. On défend les locataires légaux, ceux qui payent leur loyer, et quand quelqu’un a des difficultés à payer son loyer, qu’il est en retard, malheureusement on peut pas faire grand chose. On lui dit... Je vous finis Rébitis après je vous parle de Centre Ville. Donc Rébitis, ils l’ont pris, ils ont fait venir un huissier, en lui disant :
- Monsieur Rébitis vous voulez être logé ?
- Bè bien sûr, il a dit, Maître Plésard regardez, je suis bien obligé, j’ai plus de toit, de fenêtre, j’ai plus de porte, j’ai plus rien. On est bien obligé.
Alors ils l’ont pris, et y l’ont mis là, à l’îlot 13. Et y sont venus voir au bout, ils ont fait le déménagement, par les petits du Panier, là, qui travaillent au noir, qui sont pas déménageurs, je les connais moi hè ! Ils lui ont massacré ses meubles... Bon enfin. Il est arrivé là-bas il a dit :
- Bon alors, le bail, qu’est-ce qu’on fait, je garde mon bail ?
- Ah non non, on va vous faire un bail.
Huit jours après y leur dit :
- Alors, où on en est ?
- Mais vous inquiétez pas.
Et le lendemain ils l’appellent, y va les voir ils disent :
- Voilà, voilà votre bail.
Y payait 300 euros à la rue Fioca hè, un appartement de la loi de 48, bon. Pareil, c’est lui qui avait tout fait dedans hè... Ils lui présentent un bail à 800 euros. Il a dit :
- Non, moi je touche 800 euros de pension je peux pas. Mais vous deviez me reloger au même prix ! Toute façon c’est écrit dans l’OPAH de la rue de la République.
- Mais non, vous nous prenez pour des ci, ça...
Ils l’ont presque frappé. Il a tenu le coup. On est allé voir l’avocat. L’avocat il a dit :
- Bon, écoutez : on entame un procès, je vous fais revenir à la rue Fioca. C’est de leur responsabilité.
Et donc on a donné tous les papiers à l’avocat. Une semaine après ils l’ont appelé :
- Venez monsieur Rébitis, voilà allez, 500 euros.
- Non, il a dit, il en est pas question, il en est pas question.
Huit jours après y sont venus, ils ont dit :
- Bon, allez. Vous restez au même prix qu’en bas.
Marchands de tapis ! Et lui il a insisté, donc on y était encore mercredi dernier chez l’avocat, on y a porté les derniers papiers qu’y nous réclamait, et y fait son procès pour revenir là. On a prévenu Marseille République - parce qu’y sont en train de vendre la rue Fioca sur plan - si y vendent cet appartement, ce sera frappé de nullité. Parce que son bail est toujours valable. Donc on va se défendre juridiquement, comme des citoyens, on mettra pas le feu aux immeubles, il en est pas question. On ne cassera jamais rien. On empêchera si y’a des expulsions, on viendra là, on empêchera la police de la faire, mais on troublera jamais la voie publique. On l’a jamais fait on le fera pas. C’est pas notre but.

Monsieur Rébitis, rebondissement, y’a un mois, il s’aperçoit que son plancher s’effondre. Oui, oui, son plancher s’effondre. Il appelle Marseille République, y leur fait une lettre recommandée en les prévenant, et en même temps y leur dit qu’y’a des squatteurs en haut, que la porte des combles est cassée, et qu’y faut faire quelque chose. Marseille République y bronchent pas. Ni pour le plancher, ni pour la porte des squats. Et le 9, quelques jours après, l’immeuble prend feu, en haut, donc il a tout son toit de brûlé, c’est une combustion heu... instantanée quoi. Voilà. Un feu follet. Ah, bè ! C’est lui, parce qu’il écrit des livres, monsieur Rébitis c’est un ancien prof de français. Je pense qu’il a dû trop réfléchir, la matière grise a fumé, voilà, et ça a pris feu là-haut hè, bè certainement. Ils accusent même la pauvre madame Abaséri la mémé, parce que c’était sa mansarde soi-disant. Voilà c’était le plancher, quinze jours avant, et le toit après. Le toit ça a été brûlé par les squatteurs, et y passaient devant sa porte et y montaient dans les combles. Donc, voilà, voilà l’histoire de monsieur Rébitis. À neuf heures le lendemain matin, ils étaient déjà dans le bureau de Marseille République, les baux étaient prêts. Je veux pas les accuser hein, je les accuse pas. Vous avez lu toutes les petites affichettes ? Les gens savent très bien que y’a pas de fumée sans feu hè. C’est le cas de le dire. Voilà. Alors maintenant, vous vouliez que je vous explique Eurazéo ?

Alors la technique Eurazéo elle est tout autre. Eurazéo y jettent personne dehors. Ils sont beaucoup plus subtils hè, beaucoup plus fins. Quand ils veulent faire partir les gens ils le font en souplesse, ils augmentent les loyers à la fin du bail. Les gens reçoivent une lettre qui leur dit : « Aujourd’hui dans votre quartier la situation a changé, et donc au moment du renouvellement de votre bail nous allons augmenter votre loyer qui va passer de tant à tant. Et nous vous donnons donc six exemples - que la loi leur impose, hè - six exemples dans votre quartier qui font à peu près la même surface, qui sont loués depuis plus de deux ans, et ça sert de comparaison. »Donc les baux arriveront à péremption l’un après l’autre : un aujourd’hui pour vous, le voisin qui habite son bâtiment il aura le sien dans quinze jours, et, petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Au début, on a vu arriver quelques personnes d’Eurazéo à qui on a fait des misères, en leur envoyant 80 euros de frais, parce qu’ils avaient pas payé leur loyer en début de mois. Ça, ça s’est arrangé, c’est la loi. On a dit aux gens : « Ne payez pas les 80 euros, payez votre loyer en début de mois, c’est la loi, vous pouvez rien faire. » Et puis on a commencé à voir arriver des gens qui disaient : « Regardez, ils me doublent le loyer. »

Je me suis aperçu qu’ils l’ont fait à deux ou trois personnes : ils leur envoient un organisme qui s’appelle Pactarim. C’est un programme d’aide contre les taudis, une espèce d’association qui est très vieille et qui travaille sur le domaine du logement depuis très longtemps - moi je le découvre, hè ! C’est ce qu’on m’a expliqué. - Et ces gens-là sont là pour aider à trouver des logements corrects et décents, lutter justement contre les taudis. Et apparemment Eurazéo se sert de ces gens-là, qui sont des émissaires - un peu des médiateurs si vous voulez. Ils sont venus voir ces dames-là, deux ou trois que j’ai vues, en leur disant : « Mais vous seriez mieux ailleurs, regardez il est vieux, nous on voudrait le refaire, on vous trouve un autre appartement. » Vous savez pourquoi ? Parce que ces appartements sont des appartements à fort potentiel. Ils sont près de la rue de la République, ils sont dans la rue de la République, ce sont des gens avec des revenus sociaux qu’on pourra pas augmenter, et donc ils se disent : « Si on arrive à les enlever, en douceur hè, sans leur dire que bè on récupère ce bel appartement, on y fait un coup de propreté on se le loue quatre fois plus cher. » Ils virent les locataires...

Ils les relogeront ailleurs, certainement... Et donc ils ont essayé de le faire à plusieurs reprises, ils y sont arrivés ou ils y sont pas arrivés, mais ils ont fait ça gentiment je dirais, dans les règles. Y’en a qui de suite ont dit « Oui oui, on s’en va, on s’en va. » Ah oui j’en ai. J’ai même la mère de mon filleul, mais elle, elle habitait un taudis. Elle est rentrée là-dedans, elle n’a jamais rien fait. Rien. Elle était envahie par les cafards, par la pourriture, c’était un endroit immonde, et quand on lui a proposé elle a dit : « C’est bien. » Elle est partie. Ils lui ont donné de l’argent - elle a pas voulu me dire - peut-être dix mille, et ils l’ont mis à la rue de la République à huit cents euros par mois... Elle en payait 540 là hein ! Mais elle avait un taudis, là elle a un bel appartement. Heureusement, elle a encore trois enfants qui sont pas mariés, qui lui donnent 200 euros chacun. Le jour où les petits y se marieront, elle pourra pas rester. Voilà. Et elle elle a pas résisté du tout. J’en ai vu beaucoup qui n’ont pas absolument pas résisté, qui ont peur, qui sont traumatisés, tétanisés je dirais, à la seule parole de dire « Vous êtes chez nous, on va vous jeter à la rue, on va vous faire un procès, on va vous expulser. » Alors les gens y s’imaginent qu’y ont tous les pouvoirs, voilà. On en a vu. Et on en a d’autres, des gens âgés, des gens de quatre-vingt ans, qui nous disent : « Mais moi je ne partirai jamais. Mais même si la police vient je ne partirai pas. Il en est hors de question, j’ai connu la guerre moi, c’est pas eux qui vont me faire peur. » Voilà. Et le préfet a réagi maintenant qu’y se rend compte quand même de certaines choses. Les gens sont libres de dire oui ou non, hè ! Tandis que contre Marseille République c’est autre chose.

Donc nous on a vu venir les gens et on les a aidés. La première que j’ai aidée c’est madame Bartoli. Elle, elle a fait tout. Déjà elle, elle avait été lésée à l’époque puisque c’est son concubin qui possédait l’appartement sous la loi de 48. Lui est beaucoup plus vieux qu’elle. Il s’est dit « Si un jour il m’arrive quelque chose, vaudrait mieux qu’elle puisse rester dans l’appartement. » Donc ils sont allés voir l’Immobilière, monsieur Ferris - parce que moi j’ai jamais peur de nommer les gens - qui leur a dit : « Mais bien sûr, je vais vous faire ça. » Et ils ont fait passer le bail de ce monsieur sur la dame. Et bien sûr à cette occasion ils ont enlevé la loi de 48, et bien sûr sans rien dire. Les autres ne sachant pas ce que c’était...

Vous avez un bail de 48, il est attaché - comme un bail de 89, pareil - à madame untel ou monsieur untel. La loi de 48, il faut que les immeubles aient été construits avant 48, mais il faut aussi qu’ils soient dans un état jugé taudis pratiquement. Si elle est si protectrice, si les loyers sont si peu chers, c’est parce que vous louez des taudis. Dans la catégorie, vous avez plusieurs catégories, vous avez les 3A, vous avez les 3B, vous avez les 2C, et les 2B. Ceux-là sont des taudis. Vous pouvez louer un appartement, des caves, des entresols, où la personne ne tient pas sur ses deux jambes. Elle est obligée de se pencher. C’est pour vous dire, ça c’est la loi 48. Ça, 2B, c’est parce qu’y commence à y avoir peut-être la hauteur voulue et tout, mais toujours un taudis, et ça exactement pareil. Encore du taudis où il n’y a pas de salle de bain, il n’y a pas d’eau à la pression.

K : Ah, du coup, ça ne tient plus pour aucun appartement puisque tout le monde a refait.
Oui, mais les gens l’ont refait eux, pas le propriétaire. Le propriétaire n’a jamais rien fait. Il a même jamais touché les parties communes. Vous les avez vues les parties communes. Voilà. Par contre ce qui a été gonflé c’est d’arriver à louer ce genre d’appartement après 86 en loi de 89. Du taudis, encore du taudis.

K : Mais avec l’eau et l’électricité quand même ?
Peut-être. L’eau à la pression elle est venue dans toute la rue en soixante-dix-sept. Soixante-seize, soixante-dix-sept. Y’avait l’eau quand même avant. On avait l’eau. L’eau aux caisses. Vous savez pas ce que c’est les caisses ? Vous aviez des caisses d’eau dans les combles, qui se remplissaient par les vases communicants. Y’a de grands réservoirs qui étaient au-dessus de Marseille dans les collines, au fur et à mesure que se remplissaient ces réservoirs l’eau descendait. Alors quand vous aviez usé votre caisse vous attendiez huit ou neuf heures pour qu’elle se remplisse à nouveau. Mais souvent y’avait des rats dedans. Parce que c’était dans les combles. Je suis monté souvent dans des combles où y’avait les caisses, vous trouviez des rats. Les gens buvaient cette eau et se lavaient. Les caisses étaient mal protégées. En soixante-dix-sept ça a disparu, y ont fait l’eau à la pression. Hein voilà.

Donc voilà l’histoire de la loi de 48, elle est attachée à la personne comme la loi de 89 (...) à vous ou à moi. Alors Eurazéo, ils n’ont pas trop touché les gens de 48, ils les ont tout simplement réduits au titre de simples occupants. Ils n’ont plus le droit de le céder sauf si l’enfant vit toujours là et qu’il est né avec sa mère et qu’il habite toujours là. À ce moment-là ça ne prend pas, y pourra rester. Si le concubin ou le frère habite là depuis deux ans et peut le prouver au moment de la lettre qui est arrivée les réduisant au titre de simples occupants, il aura le droit aussi jusqu’à sa mort. Mais après c’est fini. Ces appartements-là, ils y touchent pas jusqu’à la mort des gens. Bien sûr c’est pas intéressant. Après ils les récupéreront. Par contre, ils font aussi cette opération au moment où le bail s’arrête : ils alignent les loyers.

K : Vous y croyez, vous, à la rue de la République ?
Non. Depuis le premier jour j’y crois pas. Je vais vous donner un seul exemple : la veille de l’inauguration du fameux Collège du Futur, les professeurs parlaient peut-être de se mettre en grève. Vous savez pourquoi ? Parce que dans ce collège y’a 84% d’enfants d’immigrés. Quand vous voyez Kaufman et Broad qui construit des immeubles à 100 mètres de ce collège... (Vous savez ce que ça veut dire Kaufman et Brode, l’homme qui investit à l’étranger. Ça je le sais par des copains qui sont financiers hè. Ce sont des anglais, des américains etc. mais ils le cachent pas.) Vous croyez que les gens vont venir, vont acheter ? À quatre cent mille euros, ils vont mettre leurs enfants dans les collèges où y’a les immigrés ? Parce que tout autour, ils resteront ces populations. Et on va y veiller à ce qu’ils y restent. Donc j’y crois pas à la rue de la République. La rue de la République, faire une très belle avenue avec que des riches, très jolie, c’est faux. Le tramway, deuxième exemple, le tramway il a servi de faire-valoir ici dans la zone. Ce tramway aurait pas dû venir jusqu’à la Joliette. Il aurait dû désenclaver le septième, là-haut, monter jusqu’à la place du Quatre Septembre. Là ils en avaient besoin. Ici, on a le métro. Des Cinq Avenues jusqu’à la Joliette vous avez le métro. On est la risée de l’Europe. Moi j’ai reçu des journalistes hollandais, des journalistes danois qui ont rigolé et qui m’ont dit :
- Mais vraiment, vous les français, vous faites pas les choses dans la mesure hè. Vous faites un tramway au-dessus d’un métro. Expliquez-moi !
Alors je leur ai expliqué. Et ils ont bien compris que c’était pour valoriser l’immobilier. Tout simplement pour valoriser l’immobilier. On n’avait pas besoin du tramway jusqu’à la Joliette. Il aurait été dans le sept comme je vous dis là-haut, c’était logique. Ils ont rien là-bas au niveau des transports. Ici c’est pas normal. Ici c’était pour valoriser cette belle opération, qui va ramener 488 millions d’euros. C’est simple, le chiffre le voilà. Voilà ce qu’y vont gagner.

Alors moi mon sentiment c’est comme toujours hein, c’est pareil pendant la guerre ça a été la même chose : vous avez des gens courageux, vous avez des gens pas courageux ; vous avez des gens faibles parce qu’ils ont pas les moyens, qui auraient le courage mais qui ont pas les moyens. Mais dans tout ça y’a des gens qui vont résister jusqu’au bout, et on va montrer quand même à Marseille République que l’argent ne fait pas tout, que si on se groupe et si on sait faire, si on est conscient de notre force en se regroupant et surtout en ne débordant jamais du cadre de la loi, parce que c’est ça qui nous protège... Si aujourd’hui on avait eu des débordements, si aujourd’hui on avait fait des bêtises, le préfet nous soutiendrait pas. Il faut savoir que le préfet nous réunit et nous rencontre, avec la coordination des associations de la rue de la République. Donc si on n’était pas des gens fréquentables - entre parenthèses, parce qu’il les reçoit à eux alors que eux sont pas des gens fréquentables... - On a quand même une petite dent après le préfet. Parce que le préfet, malgré tout, il a beaucoup traîné sur cette affaire, il a beaucoup tardé, il a beaucoup laissé faire. Et c’est seulement une fois qu’on a commencé à vraiment envoyer les pieds, à vraiment montrer ce qui se passait sur la rue de la République, qu’il a réagi.

Deux ans de bataille. Le bilan c’est qu’on a affaire à des sauvages, qui ont décidé d’aller jusqu’au bout, qui continuent de torturer les gens, qui continuent à faire peur aux gens, qui continuent à faire des pressions. Hè ben, la peur. « Madame, vous avez quatre-vingt ans ! Voyez, il reste plus que deux personnes dans l’immeuble, ou trois, mais les deux autres ils vont partir. Vous allez vous faire attaquer, y vont vous égorger, y va y avoir les squatteurs. » Voilà, c’est ça tous les jours. Ou alors y attaquent les travaux, comme y ont fait à madame Angelini, y ont rasé tout le dessous, jusqu’à ce que la maison menace de s’effondrer. Y lui ont même envoyé les gens de Dumez qui lui ont dit : « Mais madame, votre petit on va le mettre à la DASS, parce qu’y va avaler les poussières là, vous allez l’empoisonner. » Alors que ils ne pouvaient pas, et on pouvait faire arrêter les travaux, parce qu’elle était sous la loi de 48, ils n’avaient pas le droit de les faire. Mais cette dame a pas d’argent, elle est pauvre, et elle a pas voulu faire de procès. J’ai payé de ma poche l’huissier pour rien - je le regrette pas - c’est pas un problème, parce que je comptais vraiment qu’elle aille jusqu’au bout - elle y a pas été. Parce que ce qu’y faut savoir c’est qu’ils lui ont rasé sa mansarde, elle avait un bail, elle payait son bail, elle avait payé son loyer, ils lui ont rasé sans rien lui dire, elle a porté plainte, alors là ils se sont sentis un peu mal. Si on avait attaqué on les envoyait en correctionnelle et on leur mettait une condamnation. Elle a pas osé. Et quand ils lui ont dit « On vous donne huit mille pour votre mansarde et dix mille pour votre maison », elle a dit d’accord, et elle est venue là. Elle a pris dix-huit mille euros. Une misère. Parce que vous verrez ce qui lui arrivera plus tard, les augmentations de loyer et le reste, mais on a fait tout ce qu’on a pu pour l’aider voilà. Alors notre...

K : Vous avez toujours obtenu gain de cause en procès ?
Ah, très souvent. Procès, madame Ben Mohamed, on a gagné.

Et notre opération carte postale je la revendique, je l’ai revendiquée cet après-midi même si ça a pas fait plaisir à monsieur Guérini hè. L’opération carte postale, dans mon idée, c’était d’aller les chercher chez Marseille République. Y vous donnent des cartes postales, des jolies... Moi, dans une assemblée générale j’ai dit : « Allons les chercher, envoyons les gens les chercher, et écrivons la vérité, l’envers du décor. » Et y’a quelqu’un qui a dit : « C’est une bonne idée, mais et si on faisait la nôtre ? » Alors OK. Ils ont décidé de faire la leur. Donc on a fait la nôtre, vous les avez vues ? Martine Derain, qui est une artiste hè, qui est membre du conseil d’administration du bureau, s’en est chargée. Elle a donc pris les photos de toutes les portes squattées, les cours sales voyez, et on a donné un petit papier aux gens en leur disant :
- Voilà, vous envoyez donc au 58 rue de la République, Conseil Général, Conseil Régional, Euroméditerranée monsieur Gianino, le maire de Marseille monsieur Gaudin, et le préfet. Et vous leur envoyez la carte en leur disant ce que vous vivez, l’envers du décor.
Et ils l’ont fait. Ils l’ont fait d’une façon où le préfet, je sais qu’il a un point à l’estomac, qu’il arrive plus à faire passer parce qu’il a été traité de dégé... de, de, de comment dire... Quelqu’un lui a dit : « Entre vous et le préfet de 1944 sous Vichy, y’a pas de différence. Parce que celui de 1944 il le faisait au grand jour, mais vous c’est pire, vous le faites caché. Vous avantagez ces financiers contre les pauvres gens que vous devez défendre, et si un jour y’a un trouble à l’ordre public, le premier trouble à l’ordre public sera le vôtre. » La personne qui a quatre-vingt ans m’a montré la carte. Je lui ai dit :
- Moi j’ai pas à intervenir. Déontologiquement dans mon association, on a fait ces cartes postales, on vous les a distribuées. Vous dites ce que vous avez sur le coeur.

Marseille République, c’est que des Français. L’argent est américain, et ce sont des Français. Foyart je sais pas d’où il est, Bernard je sais pas non plus, par contre les gens de terrain, c’est des Marseillais. Donnadieu c’est un Marseillais. C’est un voyou, on me l’a dit, y tenait un bar. Moi je m’en fiche, moi y m’a rien dit, y m’a rien fait, je l’ai jamais rencontré et je veux pas le rencontrer. Il dit à tout le monde que il a des amitiés dans « La brise de mer », donc les mafieux corses. Si y savait le pauvre ! Si y savait ! C’est malheureux pour lui ! Alors y fait ça pour faire le beau. J’ai rencontré Foyart par exemple, qui est un sale bonhomme, monsieur Bernard qui est un sale bonhomme aussi, qui devant moi a fait le beau en me disant :
- Vous savez monsieur Cuadra, vous êtes comme moi, vous êtes un cadre, moi tous les lundis je leur remonte les bretelles.
Et j’avais monsieur Chenoz à côté de moi qui m’avait amené là-bas parce que j’avais été le voir, moi, au début où ça a commencé. En tant qu’élu et responsable des grands travaux y m’a dit :
- Je prends un rendez-vous, vous verrez ce sont des gens bien, qui veulent faire du bien.
Je suis allé là-bas, je vous dis pas le ramassis de mensonges qu’y m’ont fait. Mais y m’ont fait la cour ! Parce qu’y se sont dit : « Ce bonhomme, il a réussi à remonter les gens, à monter des associations. » Y’avait Foyart, y’avait Bernard, y’avait Chenoz, et y’avait des juristes à eux. Et moi, qui leur tenait tête. Et je les contrais sur tout. Sur l’amiante : mensonge ! Y’en a pas. Si y’en avait, ça serait facile de faire partir les gens, vous faites des sondages, non mais même, vous faites un arrêté de dangerosité, et c’est fini, les gens s’en vont, ils peuvent pas rester. Donc y’en a pas. Ça a duré quatre heures, cet entretien. À un moment donné y me parle des 48 et j’y dis :
- Oui, mais alors, où on va les mettre, les gens ?
- Dans les HLM.
- Et les 48 ?
- Alors on les mettra dans des HLM, c’est pareil.
J’y dis :
- Non, les HLM c’est pas pareil. Non, les HLM sont plus chers déjà, et c’est pas pareil.
- Ah oui, oui, oui, mais de toute façon...
Alors j’y dis :
- Bè, regardez-moi, par exemple, moi j’ai un bail de 48 moi, c’est moi qui ai tout fait dans cet appartement, j’ai mis des millions. Demain vous me prenez, vous me mettez ailleurs, moi je peux pas aller dans un HLM. Moi je vais aller dans un appartement qui va me coûter le double. Vous croyez que c’est normal ? Bè moi je suis sous 48 et je veux rester là.
Alors Chenoz y fait :
- Mais pour monsieur Cuadra on pourra faire quelque chose. Mais monsieur Cuadra y choisira l’appartement qu’y voudra, où y voudra, et il sera le seul à savoir ce qu’y paye.
Alors là j’ai dit :
- Merci, merci beaucoup, j’ai dit, c’est très gentil à vous, j’en attendais pas tant.
Chenoz :
- Il est bien hè monsieur Cuadra il est bien hè !
En plus, y me dit :
- Vous êtes un cadre comme moi, donc vous vous savez, il y a des différences entre les gens.
- D’accord.
Je me suis levé après, je suis parti, j’ai dit :
- Allez, au plaisir.
Et en partant y m’a dit :
- Je vous raccompagne.
J’ai dit :
- Non merci.
J’ai pas voulu quand même lui dire :
- J’ai honte qu’on me voie avec vous.
J’ai dit :
- Non, je vous remercie, j’ai un truc à faire.
Et ça a été fini, je suis plus jamais allé les voir, et rapidement y ont su ce que je leur faisais, et maintenant bien sûr y m’ont envoyé la fin de bail et tout mais je les emmerderai jusqu’au bout.

... Y’a un mois de ça, quand j’étais en réunion chez monsieur Guérini, j’ai appris que moi, habitant la rue Chevalier Roze, j’étais prévu pour venir au 7 rue Trinquet, je sais pas quand. Ils ont décidé ! C’est le Maire, madame Narducci qui me l’a dit. Donc moi j’ai eu la surprise d’apprendre - puisqu’elle, Madame Narducci, reçoit les permis de construire - que j’étais destiné à venir là, rue Trinquet. C’est illégal. En tous cas, moi qui suis sous la loi de 48, ils m’ont envoyé ma fin de bail. Moi, je veux rester. Je vais rester dans mon logement. Je vais rester. J’y habite depuis 81. On a élevé tous les enfants là-dedans. Ma fille avait trois ans quand elle est arrivée, elle en a vingt-huit. Elle s’est mariée l’année dernière.

Quand j’ai emménagé, c’était insalubre. Vous habitez un taudis, quand vous prenez la loi de 48. Un taudis, personne ne le voulait. Il avait fait visiter dix personnes, personne ne le voulait. Y’avait pas d’eau chaude, y’avait un chauffe-eau qui traînait par terre, qui ne marchait pas. Madame Chevalier avait habité là quatre-vingt-sept ans. Elle était née là, et elle est morte à quatre-vingt-sept ans.Y’avait pas de salle de bain, y’avait un lavabo qui pendait, y’avait la pile, ce qu’on appelle la pile à Marseille, c’est l’évier, qui était en pierre de Cassis et qui datait de 1868, qui faisait quinze centimètres sur les bords, et trois, quatre centimètres au milieu tellement il était usé depuis 1868... un petit rideau sous la pile. Et j’avais la jardinière en brique ; la jardinière, savez comme vous voyez à la campagne. Avec le crochet, vous releviez la jardinière, vous mettiez les morceaux de bûches, et ensuite dessous vous avez le bac à sable. Voilà, une cuisine du siècle dernier. Voilà. Eh bien moi j’avais ça en 81. Donc j’ai fait la salle de bain, je l’ai créée, j’ai mis la baignoire, j’ai mis le chauffe-eau, j’ai mis l’eau chaude partout, j’ai refait toute l’électricité. On a repeint... À l’époque la personne qui m’a loué m’a dit :
- Si vous faites vraiment ce que vous avez dit, je vous ferai cadeau de deux mois de loyer.
Bon ma foi, moi j’ai dit :
- Je demande rien, mais si vous me faites cadeau...
- Ah, oui, oui, si vous faites vraiment ce que vous venez de dire, je vous ferai cadeau.
Il est venu au bout de trois mois, il a vu, il m’a fait cadeau. Il m’a dit :
- Bon, ce trimestre, vous payez qu’un mois.
Sept cents francs, j’ai payé. Sept cents trente francs en 81. On est 420 euros en 2006, avec les charges, hein ! Quatre-vingt dix-sept mètres carrés... Donc ils m’ont fait cadeau 1400 francs. Je peux vous dire que les travaux, rien que l’électricité... Et je peux vous dire que je l’ai repeint deux trois fois, je l’ai tapissé deux trois fois. J’ai refait le sol deux ou trois fois, j’ai changé le chauffe-eau deux fois, j’en ai fait des choses, hein ! Voilà. Donc on y est attaché.

Moi j’irai jusqu’en cour de cassation. Je suis sous la loi 48, l’avocat me le confirme, il m’a dit - parce que je lui ai demandé. J’ai dit :
- Ma femme est fatiguée, elle fait de la dépression, elle est pas bien, elle supporte très mal la fin de bail. Donc, si vous me dites, vous me donnez votre parole, je suis bien sous la loi de 48 - parce qu’ils jouent sur les mots, ils jouent sur les virgules, je vais vous expliquer après... - si vous me le confirmez, je reste. J’irai jusqu’au bout, et j’irai même jusqu’en cassation s’il le faut. Maintenant si vous avez le moindre doute, c’est pas la peine. J’ai pas envie de mettre la santé de ma femme en péril.
Il m’a dit :
- Je te donne ma parole. D’ailleurs tu vas voir, tu ne fais rien du tout, tu ne contestes pas cette fin, ce congé qu’y t’ont donné. À eux d’aller au tribunal. Si y vont au tribunal, ce qui m’étonnerait beaucoup, ben nous on ira et on dira : « Voilà monsieur le juge, c’est un bail de 48 et ils lui ont envoyé un congé de 89. Voilà. C’est tout. Y’a que ça à faire, tu verras. »
Bon... Maître Roustan et son associé Maître Berideau est spécialiste de la loi 48.

Moi je risque pas grand chose, je peux me reloger quand je veux. Quand vous gagnez plus de trois mille euros par mois... Vous savez, pour moi le danger il est pas là hè. C’est vrai que ma femme elle craque, c’est vrai qu’elle a envie de rester là, elle connaît tout le monde, c’est notre quartier, on a élevé les enfants, mais moi, c’est pas dramatique. Moi y me tarde que ce soit fini pour retourner dans mon jardin, faire mes cultures parce que, je vous ai pas fini... Je travaille, moi, à l’assistance extérieure à Eurocopter. J’ai commencé comme ajusteur, et aujourd’hui, je suis chargé de la gestion du service après-vente.... C’est moi qui envoie les gens réparer les hélicoptères dans le monde entier. Donc je suis chargé de leur gestion, de leur argent, de leurs voyages, etc. J’ai des gens dans les cinq continents et dans tous les pays du monde pratiquement. Et chaque fois qu’y partent quelque part, je leur demande de me ramener des graines spéciales. Donc j’ai un jardin extraordinaire. J’ai un jardin où y’a des choses que vous avez jamais vues de votre vie.

Donc j’ai laissé tomber depuis deux ans et maintenant j’ai retrouvé ce jardin, et maintenant ce que j’espère c’est le plus rapidement possible finir toute cette affaire, que tout s’arrange, et que je retourne à mon jardin. Parce qu’en plus à Eurocopter on travaille que quatre jours par semaine. On a vendredi, samedi et dimanche. J’ai le temps de faire mon jardin et beaucoup de choses. Voilà. J’avais pas vocation à ça mais j’irai jusqu’au bout. Je l’ai promis, je l’ai promis.

Propos recueillis le 04/05/06 par Patricia Rouillard.

Réactions à ce recit

3 Messages de forum

  • Regardez le mensonge 28 juillet 2006 22:30, par MICHEL ANTOINE CUADRA

    FORMIDABLE BRAVO JE DECOUVRE CET ARTICLE QU’AUJOURDHUI pour des problèmes de santé pour mon épouse et pour moi m’ont empéchés de consulter le net.avant.
    vous avez très bien reproduit ce que je vous ai dit il y a une éspèce d’ambiance dans vos texte vous retransettez si bien que l’on perçois meme l’accent marseillais.
    MERCI

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    • Regardez le mensonge 6 août 2012 10:16, par tHNPkyUenVTdgKmg

      Merci Daouda,pour nous faire de9couvrir tre8s ge9ne9reusement la me9thode Guest posting qui est ve9ritablement un moyen de se faire connaeetre et d’avoir du taiffrc sur son Blog. En plus, ta pre9sentation sur Video est tre8s bien faite et l’explication est simple, facile e0 comprendre. Maintenant il suffit d’agir et de mettre en application tes bons conseils de Pro pour obtenir de nombreux visiteurs. Tu nous communiques de bonnes informations, nous avons acque9ri la connaissance c’est super bien, Merci encore pour ta ge9ne9rosite9,il faut maintenant passer e0 l’action !AmicalementMartine

      Répondre à ce message

  • Regardez le mensonge 8 octobre 2009 18:30, par mario5

    Quel courage a ce Monsieur, face à tant de honteux mensonges et de cupides manipulations de la part de ces sordides serviteurs ( ils osent s’appeler « des médiateurs ») de puissantes sociétés immobilières, sans figure ! qui se croient au dessus des lois et pouvant tout acheter, car eux-même sont déjà fourvoyés, ce sont des vendus ! Vendus aux plus offrants, aux puissants, à l’argent, ces tristes individus ayant vendu leur âme aux adorateurs du dieu-dolar, et à la caste des financiers et promenteurs immobiliers qui, à la place du coeur ont un tiroir-caisse et manipulent les esprits, tapis dans l’ombre, comme des charognards, traquant la faiblesse humaine. Seul contre tous, ce Monsieur semble être le dernier valeureux défenseur des droits des locataires de ce quartier qui, au fil du temps ont valorisé et marqué de leur empreinte familiale et sociale, leurs lieux de vie et qu’une bande de scélérats en col blanc, aux méthodes douteuses et expéditives voudraient expulser pour des buts et par des moyens inavouables. Monsieur Antoine, heureusement qu’il existe encore des gens comme vous, de véritables résistants au coeur généreux, malgré la peur et l’ignorance de certains locataires, dont vous défendez les intérêts et leur cadre de vie. Bravo, ne lâchez rien, vous êtes et resterez un exemple du gaulois irréductible marseillais qui résiste aux vénales légions du pognon et de ses injustices, en créant et en contactant des associations de défense des locataires, même si les commerçants abandonnent, par opportunisme ou égoïsme, vous gardez le cap, héroïque face à l’adversité, vous inspirez le respect et je vous souhaite encore du courage dans votre noble combat et votre bonne volonté, contre ces magouilles, cette « opération immobilière dure et sauvage », et contre la rapacité et la cupidité de puissantes multinationales et leur cohorte de complices zélés, afin que tout marseillais ait droit à « Un centre ville pour tous ».
    Cette volonté politique de vouloir expulser les gens pauvres du centre ville, me rappelle quand j’habitais Paris, où la mairie agissait de la même façon, en employant un semblable système expéditif et hors les règles déontologiques du respect et de la dignité des personnes, quelles que soient leur origine sociale ou politique ; on connaît les conséquences de cette volonté politique de ségrégation des classes, avec le centre urbain réservé aux riches, maintenu par une constante présence policière, (contrairement au manque évident d’effectifs policiers dans les cités, gangrénées par les gangs, dont les citoyens subissent la loi et les méfaits) et avec des loyers toujours plus chers, tandis que les bas salaires et les sans emplois sont obligés de se loger à l’extérieur de l’agglomération, repoussés jusqu’en banlieue, dans de lointaines cités, là où se retrouvent et s’accumulent les laissés pour compte et la population paupérisée, par un système politique qui crée sciemment des ghettos de misère, des quartiers abandonnés et délimités par de véritables frontières sociales et raciales. Marseille et sa politique de normalisation (nommée valorisation urbaine ?) voulue et imposée par son maire ne risque-t-elle pas de nous conduire aux mêmes extrémités et à ses violences ? Et d’ailleurs, avec tous ces mics-macs de la rue République, qui rime avec le fric, nous sommes déjà rentrés de plein fouet dans la logique aveugle et implacable de la raison du plus riche est toujours la meilleure... mais certaines personnes veillent, un petit nombre de sentinelles, à la foi inébranlable et dont la vigilance et la probité doivent réveiller les consciences, face à l’injustice et l’iniquité qui ne sont pas une fatalité, mais bien une manière, en apparence légale de profiter de l’absence de responsabilités de la part des pouvoirs municipaux et des services publiques qui ont laissé de telles situations s’envenimer, au nom du profit et de l’intérêt de ces sociétés comme Eurazéo ou d’autres, à l’appétit insatiable, tels des ogres voraces qui ont déjà avalé des villes comme Dublin, ou Berlin et bavent devant l’appétissante Marseille qui peut leur rapporter gros, quand on voit l’argent qu’ils proposent à ceux qui acceptent de partir.
    J’habite actuellement, à côté de République, le quartier du Panier et j’ ai moi-même reçu un avis d’expulsion, pour cause de vente du studio pourri que « l’agence du Panier » me loue depuis 10 ans. Sauf que c’est du pipeau, non seulement, personne n’est intéressé par le prix exorbitant qu’elle demande, mais c’est surtout un moyen pour me virer et le relouer deux, trois fois plus cher, car c’est ainsi que les gens de cette agence ont fait avec le logement de ma voisine de palier qui, en acceptant de partir dans un appartement plus petit, à 300 m de là, paye plus cher, tandis que son ancien logement a déjà été loué à deux reprises, et donc n’est toujours pas vendu...En tous cas, je ne me laisserais pas faire, même si je veux quitter mon insalubre logement, mais que l’agence(à la réputation fondée d’escrocs) refuse de me reloger, ignorant sciemment les droits du locataire, je ne partirais pas avant d’avoir trouvé un appartement convenable, à un prix convenable, dans le Panier, ce qui devient difficile, car ce quartier d’origine populaire devient de plus en plus bobo, et beaucoup de logements ne sont plus à louer, mais à vendre ; tout cela fait partie du projet municipal de développement, avec Euroméditerranée et l’énormité de leur programme économique et politique, dont le chantier de l’aménagement urbain apporte son lot de prétendants politico-financiers, aux prétentions mégalomanes illimitées, promettant de mettre « Marseille au niveau des grandes métropoles internationales », ce qui crée des situations d’abus de pouvoir et de monopole immobilier, aux dépens des résidents qui voient leur loyer flamber. Ces investissements dans un prétendu« rayonnement culturel » ne doit pas faire oublier le bien-être de ses habitants les plus démunis, ni ne peut justifier tous ces débordements vénaux et les sombres méthodes d’un système opaque, ni la main mise sur le patrimoine locatif, par ces sociétés immobilières, en dehors du cadre légal et du respect des citoyens, car la culture urbaine, sociale, intellectuelle, ce sont les marseillais, toutes classes confondues qui la créent et l’expriment, dans sa diversité phocéenne. Surtout, n’oublions pas que l’argent est un moyen et non pas une fin... Par conséquent, nous autochtones et indigènes, restons vigilants et solidaires(dans un monde radicalement globalisé et mercantile) et ne nous laissons pas tenter par la tentation et l’appât du gain, de l’avoir au détriment de l’être, mais, à l’exemple d’ Antoine, cherchons à cultiver notre jardin secret.

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