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La revue du témoignage urbain

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L'enfance de l'art

La Tisane Rit !

Un peu de nature au coin de la rue

Si, du côté de la rue Consolat, vous croisez des passants enjoués avec des infusions sous le bras, n’allez pas chercher trop loin, "La Tisane Rit" au 95 de la même rue devrait s’offrir à votre vue. C’est à cette adresse que Mathilde, passionnée depuis son enfance par les plantes et les sciences naturelles, a créé l’association "La Tisane Rit". Dans son local vous seront proposés non seulement des thés et tisanes parfumés, mais aussi des paniers de fruits et légumes bio ainsi que bon nombre de produits régionaux sélectionnés. Si, par ailleurs, les plantes sauvages et la botanique vous passionnent, l’association organise des sorties "sensibilisation et découvertes" qui vous emmèneront des calanques aux Alpes de Haute-Provence... Et à la fin d’un beau week-end ensoleillé, la cueillette des plantes aromatiques n’aura plus de secret pour vous !


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Koinai - Voulez-vous commencer par vous présenter ?

Mathilde - Mathilde, j’habite le quartier. Je suis mère de famille, et je suis, depuis des années, passionnée par les plantes, la santé, la nature et la sensibilisation à cette nature.

K. - Êtes-vous née ici ?

M. - Non, je suis une marseillaise d’adoption. Je suis née à Paris, mais après j’ai beaucoup bougé. J’ai été dans beaucoup d’endroits et, il y a dix-sept ans, j’ai un peu posé mes petites valises à Marseille. Peut-être qu’un jour je quitterai Marseille, mais pour l’instant, voilà. J’aime cette mentalité qu’il y a à Marseille, ce mélange des cultures et ces moyens que tous les gens ont de se rencontrer, quels que soient les milieux, les handicaps, les couches sociales, les couleurs de peau, tout le monde se parle, les gens ont le sourire. Donc c’est vrai que je suis urbaine de naissance. Ce que je recherche déjà, c’est que la ville ne soit pas violente... A Marseille ça peut être très spectaculaire, la manière dont les gens se parlent dans la rue, mais ça finit rarement mal, c’est que du volume sonore. Je cherchais une ville ouverte sur la culture, différentes sources. Donc, à l’origine de ce projet, il y avait une volonté de créer un lieu de quartier, un lieu de rassemblement et un lieu autour de la santé, autour de la nature, puisque c’est a priori ce qui manque le plus à notre société aujourd’hui.

K. - Quand avez-vous créé votre association ?

M. - J’ai créé l’association "La Tisane Rit" il y a trois ans, en octobre 2007, même si on travaille dessus depuis quatre ans. Et depuis, on a essayé d’organiser des actions, un peu en direction de monsieur tout-le-monde. On a commencé par un peu de sensibilisation à la tisane, au thé, d’autres types de boissons que le coca-cola et la bière par exemple, d’autres systèmes d’approvisionnement, de courses, qui limitent un peu la tentation et qui soient un peu plus raisonnés sur ce qui se fait aujourd’hui, par exemple un partenariat avec le panier bio "Ma terre" [1] qu’on fait maintenant depuis deux ans et demi.

H - Pouvez-vous expliquer le principe, pour les gens qui ne connaîtraient pas ?

M. - Le principe, c’est un regroupement de producteurs de la région, qui font des légumes et des fruits en essayant de respecter certaines règles de l’art, et en particulier vis-à-vis de l’agriculture biologique, donc sans trop de traitements et qui limite, du fait de leur proximité, les dépenses énergétiques qui sont liées à la distribution des marchandises. Le principe est très souple, au lieu d’avoir un seul producteur et de prendre par avance toute sa production annuelle, quelle qu’elle soit, là, comme c’est un regroupement de producteurs, les gens ne sont pas obligés de s’engager, ils prennent un panier quand ils veulent, et le fait qu’il y ait plusieurs producteurs fait que les paniers sont très diversifiés. Donc, en gros, ils ont le libre choix du panier et de la taille, du contenu, de la date, pour des prix très raisonnables.

K. - Combien à peu près ?

M. - Ben, le petit panier où il y a quatre ou cinq kilos de fruits et légumes, il est à quinze euros, ce qui pourrait faire des prix un peu supérieurs à ceux des supermarchés. Mais si vous allez au supermarché, dans toutes vos courses il va y avoir par exemple, trois avocats qui sont pas mûrs, que vous faites mûrir, qui pourrissent, que vous jetez. Si vous enlevez ce petit déchet qu’à chaque fois vous avez quand vous faites vos courses dans les grandes surfaces - c’est difficile de prévoir quinze jours à l’avance tout ce que vous allez manger, donc régulièrement vous jetez bien un ou deux plats, dans le meilleur des cas. Donc nous, on a misé sur ce panier qui est très souple, qui pousse pas à la consommation, qui permet d’arrêter quand on en a trop. C’est des produits qui se conservent longtemps, c’est ramassé le matin, le jour même, donc si les gens veulent gérer ça sur huit à quinze jours, ils peuvent. C’est une aide à une meilleure alimentation, une aide à une meilleure gestion des produits frais, fruits et légumes, qui sont fondamentaux à la santé, donc, un entraînement aussi, parce que vous pouvez pas du jour au lendemain, changer votre alimentation. Vous pouvez pas du jour au lendemain, manger des fruits et des légumes, si vous en mangez pas d’habitude. Si vous travaillez, vous pouvez pas du jour au lendemain les préparer, c’est quand même contraignant d’éplucher tous les légumes, etc. Donc il faut s’entraîner, donc on a offert cette porte un peu comme une forme d’entraînement à consommer différemment... "La Tisane Rit", c’est une association de formation à la santé principalement, d’action éducative en faveur de la santé, sans se vouloir moralisateur, on est pas des médecins, on peut pas soigner les cancers, c’est pas du tout la vocation de l’association. Mais c’est plus essayer de faire rentrer dans le quotidien de chacun un peu plus de nature, un peu plus de simplicité vers le produit brut plutôt que le produit transformé, sachant qu’aujourd’hui tout ce qu’on voit au niveau publicitaire, ça pousse justement vers le produit transformé. Donc, on est une petite goutte d’eau, mais nous essayons de faire passer un autre message que celui des placards publicitaires, en se basant sur la convivialité, le quartier, la complicité des habitants d’un endroit.

K. - Avez-vous beaucoup de visites ?

M. - Oh oui, on peut dire... c’est difficile d’estimer parce que ça va dépendre des jours, des mois, mais on a quand même, on pourra dire une bonne équipe de gens réguliers. Y en a certains, ils vont venir une fois tous les trois mois, y en a ils vont venir toutes les semaines, y en a qui vont passer une fois de temps en temps, par hasard. Mais ils ont quand même une certaine régularité. Ça se renouvelle beaucoup, parce que notre quartier se renouvelle, on est un quartier où il y a beaucoup de locations, beaucoup d’étudiants, donc c’est vrai que régulièrement y a des nouvelles personnes qui viennent. Quand on est ouvert, ça fait entre dix et vingt visites dans l’après-midi, c’est pas négligeable.

K. - Au début, vous étiez donc plus portés sur les infusions et les tisanes ?

M. - Disons qu’au début on a surtout essayé d’ouvrir un salon de thé, y en avait pas beaucoup dans le quartier, et y en a pas beaucoup sur Marseille qui proposent des thés ou des tisanes de qualité. Nous, on est pour le système brut au départ, donc le vrac, la sensibilisation à utiliser des plantes entières, et non pas des poudres altérées, oxydées. On a ouvert, entre autre, un autre salon de thé, avec confort, pour que les gens viennent prendre un thé, mais un autre thé. Voilà, pour qu’ils sachent que la tisane c’est pas juste une boisson de mémère, que c’est une boisson aromatique, agréable, qui peut au quotidien nous réhydrater, nous nettoyer, et compenser un peu notre manque de légumes, de nature. Même, certaines plantes, elles ont quand même les propriétés de nettoyer le corps, donc elles vont compenser sur le sommeil ou sur l’exercice physique, ou si justement les gens sont en bonne santé parce qu’ils ont un bon sommeil, un bon exercice physique, ça va les aider justement, à être plus toniques.

K. - Sensibilisez-vous un peu à la phytothérapie ?

M. - L’année dernière, on a commencé à faire quelques petites sorties autour des plantes sauvages et cette année on intensifie la donne : on organise des petites promenades à proximité, parc Longchamp, calanques, château d’If, le Frioul, l’arrière-pays varois, Alpes de Haute-Provence, etc. Dans des coins qui sont jolis, on a organisé des petites promenades très simples, familiales, tout le monde peut y aller, avec les enfants, où on explique un peu les différentes plantes qu’on rencontre dans les strates du règne végétal, les liaisons qu’il y a entre ces végétaux et nous ou les animaux, comment reconnaître les trois quarts des petites plantes facilement, comment les récolter... C’est des petites sorties qui visent la sensibilisation sur la récolte, sur le respect de la nature, et donc automatiquement les enfants qui apprennent ça en bas âge, plus tard auront une démarche bien plus respectueuse, vis-à-vis de la santé et vis-à-vis de la nature.

K. - Est-ce vous qui expliquez tout ceci aux gens ?

M. - Disons que, suivant les formations, il y a différents intervenants, mais pour les parties plantes, c’est moi. J’ai beaucoup étudié. Depuis que je suis toute petite, je suis passionné par la nature, donc évidement je suis allé à l’université, étudié aussi la biologie et la géologie, la zoologie, la physiologie végétale et animale. J’ai une thèse en physiologie animale, le monde de la mer puisque ma thèse c’est à la fois sur la médecine et sur le monde aquatique, les poissons. Après, j’ai continué à étudier tout ce qui était surtout plante, parce que les plantes c’est un travail de très longue haleine pour connaître les plantes, tellement il y en a. Les livres ça suffit pas, les études à l’université c’est bien mais ça fait pas tout, ça vous apprend pas à reconnaître les fleurs qui vous entourent. Donc j’ai beaucoup étudié la médecine, tout ce qui était médecine douce, médecine parallèle, et justement phytothérapie principalement. Je suis pas spécialiste de toutes les huiles essentielles ; je me suis plus orientée d’abord sur des bases de médecines classiques, qui sont incontournables. Donc, quand vous trouvez la trace d’une plante qui agit aussi bien au Maghreb, qui est vantée en Allemagne, qui est vantée en Scandinavie, qui est vantée en Afrique Centrale, vous pouvez vous interpeler sur le réel de la tradition populaire.
Là, en effet, la médecine a reconnu des actions précises de certains aliments et il est vrai que la tradition populaire maintient cet usage. Je me suis surtout intéressé à la transmission, pas forcément à un côté spécifique d’une médecine ou d’une molécule, même si au départ, ma formation est plutôt dans ce sens-là. J’ai plus essayé d’étudier la globalité et aujourd’hui, évidemment avec ce bagage-là, je peux sensibiliser les gens à cette chimie, à cette nature, facilement. Ça me donne un langage un peu plus universel et c’est comme ça que je peux sensibiliser aussi bien des femmes d’Afrique du Nord, que des enfants de sept ans, quand ils vont ramasser deux petites fleurs. On peut espérer comme ça des générations de descendants derrière nous, qui sauront peut-être mieux comment faire avec cette terre qui nous entoure.

K. - D’où vous vient ce goût pour la nature ?

M. - Je sais pas. Il y a une part d’éducation, c’est évident. Mais je suis issu quand même d’une famille de paysans, de familles de terroir, dans le sud-ouest. Mes ancêtres ils sont sur le cognac et le foie gras. Ils sont dans la viande aussi, voilà c’est des propriétaires terriens, des gardiens d’oies, des choses comme ça. Dans mes ancêtres il y a des gens qui sont à la terre, donc c’est possible que ce soit une des raisons, de mon lien à la terre. Et puis après, des rencontres en bas âge, des clins d’œil qui font qu’il y a quelque chose qui vous colle à la peau. J’ai une sensibilité spirituelle, et peut-être que c’est cette recherche de la nature spirituelle que j’ai en moi. Peut-être que j’ai toujours compris petite, et y a sûrement plein d’enfants qui peuvent le comprendre, même à deux ans : notre terre est sacrée et elle est belle. Il faut l’observer, l’étudier et la soigner. A ce moment là, forcément, on soigne l’homme.

K. - Avez-vous insufflé cette philosophie à vos enfants ?

M. - Ah oui, j’ai essayé, oui.

K. - Cela a-t-il marché ?

M. - Ben, oui, globalement, j’ai pas à me plaindre. Et je pense qu’aujourd’hui justement, j’essaye de l’insuffler à plein d’autres enfants. Quand vous vieillissez, vous vous apercevez que vous êtes diminué, qu’il y a des tas de choses que vous pouvez plus faire. Vous êtes confronté à cette réalité, vous vous dites "Tiens, je vais partir. Qu’est ce que j’ai fait dans ma vie ? Qu’est ce que j’ai compris ? Qu’est ce que j’ai appris ? Mais si je m’en vais, je pars peut-être avec ça, mais peut-être qu’il faut vite le transmettre". Et donc peut-être que moi, petite, on m’a sensibilisée à ces petits trucs. Dans ma jeunesse on m’a montré plein de choses en rapport avec la nature et les gestes des anciens, ça m’a plu, je m’y suis intéressée. Aujourd’hui, je me dis "Faut vite le passer, faut faire naître des vocations chez les enfants, chez les jeunes, chez les jeunes adultes et pourquoi pas chez d’autres adultes".

K. - A notre rencontre précédente, vous nous disiez que vous allez être un peu moins salon de thé et un peu plus bio...

M. - Cette année, on arrête la partie sensibilisation avec un salon de thé, et on va être plus un lieu un peu polyvalent, autour de différentes actions, toujours en faveur de la nature. C’est un peu notre volet recyclage qu’on va développer, et donc on accueille dans nos locaux cette année, d’autres associations, dont l’association "Galopin", l’association "Le grand détournement" [2], etc. On ouvre nos portes à d’autres enseignes, qui rejoignent nos objectifs et qui vont proposer à la fois, des produits issus du recyclage, qu’elles fabriquent en atelier et des ateliers pour les enfants, pour les adultes, sur la façon de recréer avec nos déchets, des bijoux, des vêtements, des sacs, etc.

K. - Quels sont vos horaires d’ouverture ?

M. - On était ouvert cette année toujours le mardi, de 16h à 21h, pour la partie panier justement, et maintenant on va essayer d’ouvrir en gros du lundi au vendredi et majoritairement on va dire, que c’est de 16h à 20h. En gros, on espère six à huit ateliers hebdomadaires, et il devrait y en avoir un minimum de quatre ou cinq. On fait aussi des ateliers avec des jeunes, on les amène sur les récoltes pour les sensibiliser à tout ce qui est le travail de la terre. On fait les olives, les marrons glacés, les fruits sauvages, les champignons. On part avec deux ou trois jeunes motivés, et pendant deux ou trois jours, on fait tout ce qui est récoltes ou tout ce qui est transformation. Par exemple les marrons, on fait des marrons glacés, c’est très compliqué les marrons glacés, ça prend dix jours à faire...

K. - Quelle participation demandez-vous pour ces ateliers ?

M. - Les participations sont entre cinq et dix euros, suivant les ateliers. Pour les sorties, ça va être des balades à la demande : on se regroupe à cinq ou six personnes, qui calent les dates qu’elles veulent, en s’organisant entre elles. Cette année, on fait un atelier à la demande. On pense que ce sera plus souple. Les familles auront plus de chances de participer au moins à une sortie dans l’année. C’est autour de dix à quinze euros les sorties, dix euros l’après-midi, par personne. On se met d’accord avec une personne, qui voit avec ses amis. On se retrouve sur place à une date qui leur convient et sur le lieu qui leur convient et puis là, on fait une petite promenade conviviale.

K. - Avez-vous des projets pour l’avenir, d’autres choses que vous aimeriez concrétiser ?

M. - Pour l’instant, notre projet, c’est de réussir notre année avec ces nouvelles tendances. Notre but, c’est de réussir à faire cette espèce d’osmose, de recréateur et de recontact entre la ville, les déchets, la nature, notre planète et notre quartier. La grande nouveauté, c’est l’ouverture à plus d’artistes et aux ateliers d’artistes, on a fait des expos d’artistes au début, mais maintenant on s’ouvre un peu plus aux artistes créateurs, mais surtout ceux qui travaillent dans le concret et dans le réel. Grâce au fait qu’on ouvre plus souvent, puisqu’on espère être ouvert tous les jours dans la semaine, il y aura peut-être des ouvertures de week-end programmées.

Propos recueillis par Lynda Ledolley - Photos : Jaime Rojas

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