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Qu'elle était verte ma colline

Les oubliés de l’histoire

Le groupe sportif Consolat

Jean-Luc Mingalon, directeur du groupe sportif Consolat, est aussi un acteur de la vie sociale de son quartier. Il nous fait part de ses impressions sur les réalités sociales, culturelles et politiques de son secteur. Une longue fréquentation de ce l’on nomme « Les quartiers Nord » lui a forgé un regard sans complaisance sur le paysage qu’il dépeint. Des ennemis pas toujours visibles mais bien réels comme l’isolement, l’enfermement du quartier sur lui même, le chômage transmis d’une génération à l’autre, le quasi désert culturel qu’il constate autour de lui sans oublier la sensation de délaissement n’ont pas entamé son désir de se battre encore...


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Koinai - Pouvez-vous vous présenter et nous parler votre activité ?

Jean-Luc Mingalon - Des activités, j’en ai deux. J’ai, d’un côté le groupe sportif Consolat, qui s’occupe de toute la partie football, sportive du quartier, et de l’autre côté, Consolat Mirabeau Service, qui s’occupe de toute la partie sociale du quartier. En ce qui concerne le foot, notre action s’adresse à des jeunes de cinq ans, jusqu’à cinquante ans ; en ce qui concerne Consolat Mirabeau, ça s’adresse à toute sorte de population.

K. - Quelles sont les grandes caractéristiques de ce quartier ?

JL M. - Les caractéristiques principales, c’est qu’on se met en haut du lycée, on le voit, c’est une cuvette, c’est des ensembles reliés les uns aux autres. Les quartiers sont reliés par une route qui traverse de fond en comble les cinq lieux-dits, et ils sont vraiment dans une cuvette.

K. - Quelles sont les populations qui composent le quartier ?

JL M. - Je pense que le nombre de cadres est pas élevé, il ne doit même pas être à 0,1 %, le chômage est à 95 %, moyennement, les mono-parentaux doivent être à 90 % et les jeunes doivent être à 70 %. Y a des gens qui y habitent depuis longtemps, mais depuis la crise du logement et que tout le monde revient, parce qu’avant c’était particulier, avant tout le monde habitait ici et on se passait les appartements de père en fils, même les petits qui voulaient habiter à côté de leurs parents, faisaient souvent des demandes de logement, mais personne voulait habiter à Consolat, donc, les gens vivaient là de génération en génération. Maintenant c’est plutôt compliqué, il y a toujours les gens qui sont bien traités dans le quartier, qui veulent pas bouger, surtout les personnes âgées, maintenant les enfants vivent souvent avec leurs parents, donc essayent de récupérer le logement à la mort des parents. Mais les entreprises comme Carrefour récupèrent les appartements et logent le personnel qui se languit qu’une chose : de partir.
En ce qui concerne les HLM Méditerranée, ils sont plus implantés déjà, parce que c’est une colonie gitane, donc ils restent sur place, et ils sont là, ils bougeront pas.
Les HLM Les Sources, pareil c’est l’OPAC, ils sont, je pense, plus sédentaires, y a 80 % des personnes qui bougeront pas, y a 10 % d’aller et retour. Les appartements c’est pareil, les entreprises récupèrent leurs quotas et les donnent à des employés de chez eux.
Par contre, la résidence Consolat qui est plus une résidence pour moi, qui est pire qu’un HLM, par contre, ça fait bondir tout le monde, mais à 60 % c’est des marchands de sommeil, c’est des propriétaires qu’ont acheté ça en 60, à la création du quartier, et qui maintenant vivent dans des villas, qui ont gardé ça comme des placements et qui logent des gens de toute nature possible, qui logent même des fois, trois familles dans le même appartement. Ces gens-là par contre, sont de passage, à peine ils payent pas le loyer, ils les foutent dehors, ils récupèrent une autre famille...

K. - Ce quartier a-t-il une identité forte ?

JL M. - Oui bien sûr, les anciens sont fiers d’appartenir à Consolat, surtout par le biais du foot. Je pense que leur fierté est venue aussi d’avoir une équipe qui joue dans le championnat de France, de le voir tous les jours dans le journal, donc je pense que ça, ça leur a rendu un petit peu leur fierté. Faut pas oublier aussi qu’il y a des gens qui ont rendu leur fierté à Consolat, y a des garçons comme Cyril Abidi qui a combattu jusqu’au Japon en kick-boxing, y a José Anigo qui est à l’OM, qui est de Consolat. J’entends souvent que les gens se revendiquent de Consolat en étant fiers, en disant : « Ouais, le coach de l’OM, il est de Consolat » ou « Cyril Abidi il était de Consolat », surtout quand Cyril était en pleine carrière. Moi je pense qu’ils aiment bien, quand on est de Consolat on est de Consolat, on n’est pas de Saint-Henri. Y a toujours une identité de quartier, dans n’importe quel quartier. Après, quand on est de passage c’est pas pareil. Moi je vois, ça se produit de plus en plus, le mec qui bosse, qui vient et qui dort, qui est marié et qui a un petit de deux ans, donc qui participe à aucune activité ici, il n’a qu’un souci, c’est tôt ou tard, même si la cité est tranquille, de partir de là et de construire. Donc lui, il ne s’implique pas, lui il n’a pas l’identité de Consolat, tout au contraire, il va cacher qu’il habite Consolat actuellement, autour de lui. Mais à 60 %, la population qui est d’ici se revendique de Consolat, si un jour il y a une guerre contre un autre quartier, ils sont tous les armes à la main, voilà.

K. - Quelles sont les grandes évolutions des dix ou quinze dernières années ?

JL M. - Les évolutions, c’est surtout le chômage qui a pris de plein fouet les parents, qui les a habitués au RMI, et la grande évolution, les petits qui arrivent derrière qui sont chômeurs d’office. C’est un quartier qui a quand même des jeunes qui font des études, c’est un quartier qui s’est recroquevillé sur lui, où il y a des jeunes qui pensent qu’ils pourront jamais sortir de là, de cette situation, parce qu’on n’a pas d’entreprises à côté, on a une zone franche qui fait pas son travail de formation, on a un centre Grand Littoral où il faut prendre trois bus pour monter. Même si tu trouves du travail, que tu travailles à cinq heures, si t’as pas la voiture il te faut un scooter, si t’as pas de scooter t’es mort, tu peux pas travailler. Ce qui est grave c’est que même les gens qui travaillent sur le quartier, les associations, les sociétés qui sont sur le quartier, prennent même pas de balayeurs d’ici, prennent pas de travailleurs d’ici, on dirait qu’ici on sait pas travailler, on sait pas balayer un quartier. On a un taux de chômage élevé et ils préfèrent faire appel à l’extérieur que de faire appel à des gens d’ici.

K. - Les habitants bougent-ils facilement ?

JL M. - Non, ils sont assignés à résidence. Oui, j’explique toujours que les gens ont plus peur de la prison. Je vois les jeunes ici, ils descendent, ils se mettent devant les blocs pour discuter, ils arrivent devant les magasins, vers onze heures normalement, ils discutent jusqu’à une heure, ils remontent à la maison, ils redescendent vers trois ou quatre heures et rediscutent jusqu’à huit heures du soir. Parce qu’ils n’ont pas de moyen de s’évader, ils ont pas d’argent. Même les gens qui vendent de la drogue ils sortent pas, y a pas de bus, y a pas de voiture, c’est très rare, c’est des privilèges de sortir.
L’autre fois, je me demandais comment ils s’adaptaient à la prison, mais finalement à la prison qu’est-ce qu’ils font ? Ils font pareil. Ils descendent le matin à la promenade, ils restent devant un bloc, le bloc huit ou neuf, ils remontent manger, ils font une petite sieste, à quatre heures on les re-promènent, le soir ils re-rentrent. Donc après, on se demande « Pourquoi les jeunes s’habituent à la prison ? » : parce qu’ils ont de moins en moins de liberté, de moins en moins d’argent. Donc à la limite, en prison, c’est la même façon de fonctionner que dans les quartiers. En plus maintenant, en prison, au lieu de les mettre par crime, ça veut dire les pointeurs d’un côté, l’autre côté les vendeurs de drogue, ils les mettent presque maintenant par quartiers. Donc il y a des bâtiments où il n’y a que des gens des quartiers Nord, des quartiers Sud, ouah c’est de mieux en mieux. Maintenant la seule question à se poser, c’est que les personnes âgées, est-ce qu’elles n’ont pas intérêt à rentrer en prison ? Parce que finalement, la retraite ça coûte très cher, pour une maison de retraite ils prennent trois mille euros, ces mecs ils sont pas cons, ils ont soixante ans, soixante-cinq ans, ils ont pas de famille, ils vont braquer, ils se font arrêter de suite... Donc est-ce qu’il faudrait pas arriver à une nouvelle façon de voir la prison ? (rires)

K. - En fait, dans ces quartiers ils se sentent comme emprisonnés ?

JL M. - C’est un quartier, que ce soit ici ou ailleurs, tu sors plus. On t’encourage pas à sortir. On a même fait une plage à Corbières pour plus qu’on aille les emmerder sur le Prado. La question est de savoir si ils font exprès de te cloisonner dans un quartier. Est-ce que ils le font exprès ? Est-ce que y a des gens assez intelligents pour dire : « On va leur faire des lignes de bus qu’arrivent pas directement, on va pas leur faire un métro parce que ils vont nous emmerder sur cette ligne, ils vont foutre le bordel, parce que déjà sur le centre-ville, on prend les quartiers Sud qui parfois sont aussi difficiles... » Donc on n’a pas envie d’avoir deux quartiers qui se réunissent et qui s’affrontent. Et même l’été, est-ce qu’on va pas leur construire une plage comme ils ont fait à Corbières ? Est-ce qu’ils l’ont fait pour améliorer la vie ? Mais si ils l’ont fait pour améliorer, fallait faire le stationnement, il fallait faire des lignes de bus qui y vont directement. Est-ce qu’ils ont pas fait ça directement pour nous dire : « Bon, on trace une fameuse ligne, comme on le dit tout le temps, chez vous c’est chez vous, chez nous c’est chez nous ? » Je me pose la question.

K. - Pensez-vous qu’il y ait une volonté politique ?

JL M. - Oui, bien sûr qu’il y a une volonté politique, c’est certain. Il y a une volonté de nos élus d’ici d’améliorer la vie de leur population, mais ils tombent dans les pièges où on leur dit : « Ouais, on va vous voter ci, on va vous voter ça », mais je peux en donner des milliers d’exemples. On te prend des bus qui vont directement à Corbières l’été. Pourquoi on n’aurait pas des bus des quartiers qui iraient directement à la Pointe-Rouge d’ici ? Elle est surpeuplée la plage de Corbières, pourquoi on étalerait pas ça un petit peu sur la Pointe-Rouge, ou on étalerait pas ça sur le Prado ? Non, y a une volonté de dire « C’est cette plage, on vous prend et on vous amène sur cette plage ». Ils vont l’agrandir et c’est très bien, mais ça fait un peu cloisonnement et comme les centres sociaux sont aussi abrutis, les sorties qu’ils font c’est souvent sur la plage de Corbières. Donc bien sûr qu’on est cloisonné, les centres sociaux qui devraient faire connaître aux enfants les îles, etc., maintenant leur priorité c’est de les emmener à Corbières ou à Pastré, Corbières-Pastré, Pastré-Corbières, dans l’ordre d’arrivée on sait pas, mais c’est ça, voilà. Et de temps en temps, ils vont à la plage du Prado, mon Dieu, comme si il y a pas des belles îles comme l’île de Bandol, y a pas La Ciotat, y a pas Sanary, y a pas Cassis, on pourrait emmener les jeunes voir autre chose, non ? Non, c’est Corbières !

K. - Quel lien le quartier entretient-il avec le reste de la ville, avec les quartiers limitrophes ?

JL M. - On a des bons liens avec les autres quartiers autour. Au niveau du foot, moi j’entretiens des bons liens avec tout le monde, mais bon... c’est dingue maintenant, on dirait que les pouvoirs publics s’aperçoivent pas, il y a deux échanges entre quartiers, il y a un échange au niveau sportif qui se passe très bien, après y a un échange au niveau drogue qui se passe moins bien. Donc y a des bandes dans tous les quartiers dits « populaires » où y a des gens qui vendent du shit et compagnie, eux par contre ils se tapent sur la gueule : « c’est mon territoire, c’est pas le tien ». Et par contre au niveau sportif on se donne des coups de main immenses, ça m’est arrivé dernièrement de payer un équipement complet à l’équipe de la Savine qui avait pas un franc.

K. - Mais ce ne sont pas les mêmes personnes ?

JL M. - Non, bien sûr que non. Quand tu fais du sport, tu vends pas de la drogue. Mais bon, c’est bizarre. Avant, t’avais un dialogue de quartier à quartier, maintenant t’as des dialogues différents d’un quartier à un autre, ça dépend des personnes qui s’entendent, ça dépend même maintenant de la communauté. Ah c’est bizarre comme relation, tu peux avoir des relations sportives, après tu peux avoir des relations religieuses, et tu peux avoir des relations dealer. C’est des dialogues ou des non-dialogues différents. y a qu’un truc qui est sûr, c’est que je pense qu’au niveau religieux et sportif, tout le monde s’entend bien.

K. - A l’échelle de la ville, pensez-vous que le quartier ait un rôle à jouer, fasse partie intégrante de la ville ?

JL M. - Bien sûr qu’on a un rôle à jouer. On aurait un rôle à jouer, à condition que les gens du quartier se prennent en main, qu’ils s’inscrivent sur les listes électorales et qu’ils pensent pas que la politique soit ouverte qu’aux hommes, qu’on veulent bien leur donner le pouvoir à des députés qui sont même pas de chez nous, et qu’un jour ils prennent conscience qu’ils peuvent eux aussi faire partie intégrale de listes municipales ou de listes de cantonales. Tout passera par la politique. Et est-ce qu’on fait partie intégrante de la ville ? Oui, bien sûr, il faut rappeler aussi que tant que le MPM n’appartenait pas au Parti Socialiste, il est vrai que les quartiers Nord n’étaient jamais balayés, les poubelles étaient jamais ramassées. Quand je dis que c’est politique, c’est politique ! Depuis qu’il y a un président de gauche à MPM, on a des balayeurs, on a des gens qui tournent avec des arroseuses, on a des projets qui sont en vue.

K. - Comment caractériseriez-vous la vie sociale sur le quartier ?

JL M. - La vie sociale, on la fait par le foot. Je pense que le centre social est vachement en retard. Mais bon, il a changé dix fois de directeur, y en a trois qui sont partis avec la caisse, y en a quatre qui doivent être en prison là, et chaque fois qu’il y a une directrice, elle dure un an. Elle est pleine de projets avant d’arriver et elle repart. La nouvelle a trouvé rien de mieux que de nous vendre le bus qu’on avait fait voter à la région, c’est bien, ça ! (rires)

K. - Quelles sont les structures et les équipements du quartier ?

JL M. - C’est dingue, les équipements nous appartiennent. y a le stade synthétique, il appartient au club de foot, y a des vestiaires, ils appartiennent au club de foot, y a une buvette elle appartient au club de foot, ça veut dire que si on s’était pas tout construit nous même, on n’aurait rien. La mairie n’a rien investi ici. Donc soit c’est nous qui investissons, soit c’est les quartiers qui investissent dans les structures. Faut être honnête, si la région (de gauche) nous avait pas aidé, c’est pas la droite qui nous aurait sauvé. Heureusement qu’il y a des gens comme Sylvie Andrieux et Samia Ghali qui ont été dans le coin. Au niveau culturel, malheureusement il y a rien, si on avait des projets culturels on dirait qu’on sait pas lire, on nous ferait rien donc. Il y a qu’un truc qui a été culturel, ils ont fait un petit musée sur le dos des contribuables à Corbières, et comme par un tour de passe-passe c’est pas municipal, c’est privé et la visite vaut huit euros, ça veut dire que même pour avoir de la culture il faut payer, donc il faut être riche.

K. - Et en ce qui concerne les commerces ?

JL M. - Ah ! Les commerces, ils disparaissent de jour en jour, on les aide pas. On aide les zones franches, mais pas les commerces, c’est terrible.

K. - Et les services publics ?

JL M. - La poste, ils viennent de nous la rénover, alors chez nous on distribue le courrier un jour sur deux, la plupart du temps. Y a qu’un Pôle-Emploi pour tous les quartiers Nord, il se trouve à Bougainville, ils sont souvent dépassés par manque de personnel certain. Et la CAF, et bien j’invite tout le monde à aller à la CAF de bon matin, de bon après-midi, de bon soir. En moyenne, la CAF il faut avoir deux heures d’attente, donc il faut venir à cinq heures du matin si tu veux passer à huit heures. Il faut une heure d’attente et te battre.

K. - Quelles sont les structures sociales ?

JL M. - Y a les bibliothèques, des trucs comme ça, bon, de temps en temps ils font des rencontres culturelles. Mais enfin je pense que ça doit être difficile pour la population, y a un manque d’information, le peu qu’il peut y avoir, c’est difficile... Quand y a des trucs à la salle des riches là-haut, tu vois des super belles voitures, de partout sur les trottoirs. Et toi, tu habites le quartier, tu es un acteur du quartier, tu n’es même pas au courant qu’il y a une exposition. Donc même là, je pense qu’ils veulent rester entre eux. Et puis vu les gens qui sortent des voitures habillés en robes de soirée, à mon avis, bon, t’es pas le bienvenu. Et y a de la police d’ailleurs, qu’on voit jamais, qui est là pour la circulation et ranger les gens. Ce qui est dingue, c’est un truc privé qui est avec la police. Mais par contre les directeurs des autres salles des quartiers, on n’a pas de carton d’invitation, ou même pas d’information... C’était un des plus beaux endroits de Marseille, le fortin de Corbières, si tu es pas du quartier, il faut aller le voir. On nous l’a privatisé, on nous l’a même enlevé. On n’a pas essayé de trouver une association, du quinze et seize, qui est dans la culture, en disant « on vous confie... ». On a de suite fait une DSP à un gars qui avait trois ou quatre tableaux, on lui a dit « c’est une collection privée, on lui donne à lui ». Je pense qu’il y avait d’autres solutions...

K. - Est-ce qu’il existe des lieux de rencontre, de croisement entre les différents acteurs du quartier ?

JL M. - Ouais, les terrains de foot. C’est tout. Y a pas de forum spécial ou de maison des associations, y a rien. Y a des terrains de foot, point barre. Voilà, ça se joue là. Là oui, on se rencontre. Je connais très bien le patron de Saint-Antoine, le patron de la Castellane. On se connaît, parce que on se rend des menus services. On essaye de s’aider, le but qu’on a tous, c’est un but sain, c’est de faire jouer des gamins au football. Après, je pense pas que les centres sociaux, ils travaillent main dans la main. Ils devraient faire des activités communes, mais je pense que chacun a leur intérêt. C’est pareil, les centres sociaux ils sont dirigés par des gens qu’habitent pas les quartiers, parce que on a été cons, on n’a pas passé notre diplôme, on n’était pas assez intelligents !

K. - En quelques mots, comment caractérisez-vous le parc du Belvédère Séon ?

JL M. - À l’abandon complet. Il devrait avoir un rôle dans le quartier, mais il en a aucun. C’est juste un parc pour promener le chien, faire pisser le chien et aller embrasser sa gonzesse. Pour les gamins, c’est tout. Et peut-être de courir un petit peu, c’est pas un espace sportif, c’est pas un espace où les personnes âgées sont en sécurité pour se promener, ils ont peur parce qu’il y a des rottweilers qui promènent sans laisse. Y a un mélange de population qui se fait, mais ça a aucune autorité, donc pas de gardien, pas de lois, pas de lois, y a rien. Y’en a qui roulent avec des motos, y’en a même l’autre fois je les ai vus rouler avec des voitures. Ils montent au belvédère avec la voiture, ils mettent le poste à fond, ils boivent des bières, ils savent très bien que la police elle viendra jamais.

K. - Quelle est son utilité dans le quartier ?

JL M. - Il est bien pour rouler à moto, pour balader son chien, pour boire de la bière, il est très intéressant pour ça. La station-service qui est en face du lycée Nord, son chiffre d’affaires c’est pas la pompe à essence, c’est les bières. Je peux le dire, puisque j’ai parlé avec son propriétaire, il vendait une palette par jour de bière. Le plus important trafic c’est la bière dans une station-service, donc ils prennent des bières, ils sont tranquilles. C’est ce qui se vend le plus dans le quartier, ils vont dans les espaces verts et zou, personne ne les emmerde.

K. - Qu’est-ce qu’il pourrait apporter à la vie du quartier ?

JL M. - Si il est bien entretenu, si on fait un vrai travail de fond, si ça devient un vrai parc, gardé, fermé – parce qu’on peut le fermer par des grillages –, entretenu, ça devrait devenir un poumon des quartiers Nord. On peut faire une promenade du parc, monter jusqu’à Continent, passer par derrière et presque aller jusqu’au Cap Janet, ça serait une super promenade, ça serait quelque chose de fantastiquement beau. Y a pas de volonté de faire quelque chose de beau, donc ça sera un dépotoir toute sa vie. C’est aussi une question de budget, de volonté, parce qu’à la Ville ils arrêtent pas de dire qu’ils ont plus d’argent, ils ont mis des délégations publiques sur les parcs... C’est toujours pareil, c’est toujours des problèmes politiques...
Est-ce qu’on a envie de partager les richesses de Marseille ? Ou est-ce qu’on veut toujours les mêmes pauvres ? Les problèmes qu’il y a ici dans les parcs, c’est vrai qu’on les rencontrent pas au parc du Millénaire, c’est vrai qu’on les rencontrent pas sur les espaces verts du Prado, je le dis toujours, on les rencontre sur les quartiers Nord de Marseille. On ne les rencontrent jamais sur d’autres quartiers. On les rencontrent toujours chez nous. Faire un parc ici, ça serait merveilleux, y’en a pas de parc aussi grand, la même colline, elle aurait été du côté de là-bas, ben y aurait eu Pastré, voilà. Ils ont eu, ils ont fait Pastré, ils ont eu, ils ont fait Prado, le Prado ils ont eu, ils ont fait le parc du Millénaire. Le même espace vert libéré, de l’autre côté ils auraient fait quelque chose de fantastique. Mais non, nous ils ont pas envie, c’est tout. Avant de faire, ils vont te dire « Pourquoi faire ? Parce qu’ils vont casser ». Alors qu’on pourrait réfléchir différemment, en disant : « On implique les jeunes du quartier, on fait de l’insertion. » Moi, je prends toujours l’exemple du parc de Figueyrolles, qu’a été fait par des jeunes de Martigues au RMI, qui est fantastiquement beau, qui est magnifique, qui a des jeux, et personne a cassé. C’est un parc fermé, bien sûr il est gardé. Parce que là, on te dit, on peut pas le fermer, on peut pas le garder, les gens ils faut qu’ils soient conscients qu’il faut pas casser. Mais ils cassent toujours, si on garde pas, si on ferme pas. C’est le monde qui a changé...

K. - Comment voyez-vous le quartier demain ?

JL M. - Ça va aller très mal, ça va être une crise, parce qu’elle n’est pas derrière nous la crise, je pense qu’elle est devant, je pense que ça va être pire parce qu’avec les nouvelles lois, c’est évident qu’à un moment donné, ça va exploser. Pour le moment, ils tiennent les quartiers, parce que il y en a beaucoup qui peuvent vivre grâce à la drogue malheureusement. Mais à un moment donné, y a quelque chose qui va pas aller...

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