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Qu'elle était verte ma colline

Côté Centre Culturel, on fait avec ce qu’on a !

Entre la Colline et le Centre Culturel, « aucune relation » nous dit l’animateur Aklé Azegah. Un centre, auquel aucun budget n’est alloué pour une programmation, et qui, tout juste sorti de l’abandon, fait de son mieux pour satisfaire les besoins des associations et compagnies locales et devenir peu à peu une scène privilégiée ouverte à toutes disciplines. Balade en compagnie de Aklé Azegah qui, sans aucun souci, viendrait s’installer dans les hauts du quartier Consolat-Mirabeau, tout près de la Colline, pour profiter de « la belle vue ».


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K. - Pouvez-vous vous présenter ?

A A. - Moi, c’est Aklé Azegah. Je suis animateur sur le centre culturel. Nous dépendons de la mairie de secteur des XVIe et XVIe arrondissements, donc notre salle est pour tous les habitants de ces deux arrondissements. On accueille des associations culturelles, ou du troisième âge, ou des associations de jeunes des centres sociaux comme le centre social de l’Estaque ou celui de Consolat. Nous mettons à disposition une salle de spectacle et une salle de répétition à titre gracieux, c’est un partenariat avec la mairie de secteur. C’est une salle qui n’est pas reconnue pour faire des gros spectacles, c’est plutôt pour des spectacles amateurs, pour des jeunes. On fait des soirées hip-hop, rap. C’est une salle qu’on a relancée depuis la nouvelle mairie, depuis trois ans, et qui répond bien à une demande, puisqu’il n’y a pas d’autre salle dans tout le secteur. Après, on est là aussi pour faire en sorte que ça se passe bien, puisqu’on connaît les associations et les personnes qui y viennent. Il y a des troupes, des compagnies, qui viennent régulièrement, parce que c’est leur salle de résidence.

K. - Êtes-vous soutenus ?

A A. - On travaille pour la mairie de secteur, pour la vie de secteur. On n’a que la salle et les locaux, parce que on n’a pratiquement pas de budget. On ne fonctionne avec aucun budget, et on gère la salle. La mairie a fait l’effort de la mettre aux normes de sécurité, parce qu’elle était un peu à l’abandon, par rapport à l’ancienne mairie.

K. - Organisez-vous aussi des événements dans le quartier ?

A A. - Dernièrement, on a fait une fête du centre culturel, où on a invité toutes les structures du secteur, et toutes les compagnies qui viennent ici, et on a fait une journée portes ouvertes, avec des spectacles, ici, sur le parking, pour tous les habitants du secteur. Ce jour-là, avec une compagnie qui fait de la samba et du tambour, on a fait un petit défilé dans la cité. Justement parce que le centre culturel est un peu excentré par rapport à la cité. Et même s’il y a des associations qui sont du quartier, les gens, comme les grands de la cité, ont du mal à venir. Donc on a essayé d’aller les chercher, à travers ce défilé. Pour leur dire ce qui se passait aujourd’hui, « venez nombreux ce soir ».

K. - A propos de la Colline, organisez-vous des évènements à cet endroit ?

A A. - Nous, on n’a aucune relation directe par rapport à notre salle, avec la Colline. Je veux dire, elle est là, comme le bâtiment à côté, voilà, donc il n’y a aucune relation, on ne fait pas d’activité sur la Colline. À titre personnel, je la connais, parce que j’aime bien découvrir, me balader, je suis toujours attiré par les espaces verts, donc j’y suis allé de moi-même quand je suis arrivé ici. J’ai fait plusieurs fois le chemin du lycée nord jusqu’ici à pied. La première fois, le bus 27 m’a laissé en haut et je suis descendu à pied, avec les escaliers, j’ai pris tous les petits chemins qu’il y a autour de la cité. Cela m’a permis de voir cette belle colline, avec une belle vue. Je trouve que c’est bien d’avoir dans les cités un endroit comme ça, un endroit en plein air pour pouvoir se balader, même faire du vélo, ou du roller et pour les enfants c’est bien.

K. - Quelle impression avez-vous eue ?

A A. - L’impression que j’ai eue, c’est que, la Colline elle est là, mais les gens, ils ne s’en servent pas. Je ne pense pas que ce soit comme un jardin public. Peut-être que c’est par rapport à la sécurité, ou par rapport aux parents peut-être, qui ne laissent pas trop les enfants y aller seuls. J’habite pas la cité, donc, je ne sais pas comment ça se passe. Si, je sais que le week-end ou quand il fait beau, il y a plus de gens.

K. - Avez-vous croisé des personnes les quelques fois où vous y êtes allé ?

A A. - Oui, sur le chemin, des gens qui promènent leur chien, ou des trucs comme ça, je crois qu’il ne sert plus qu’à ça, malheureusement.

K. - D’après vous, quelles sont les caractéristiques de ce quartier ?

A A. - Je trouve que c’est un quartier qui est diversifié. Il y a beaucoup de jeunes, comme dans toutes les cités, mais je crois qu’il y a beaucoup de personnes âgées, aussi. Après, la population, je crois que c’est maghrébine, un peu gitane, Comoriens, européens, bien sûr. C’est un peu comme dans toutes les cités, il y a les anciens et il y a les nouveaux. De ce que je vois de l’extérieur, je pense que le mélange se fait bien. C’est un bon mélange, comme on peut dire.

K. - Est-ce que vous vous verriez habiter dans ce quartier ?

A A. - Ah oui ! Sans aucun souci. Surtout si tu habites en hauteur, tu as une belle vue. J’ai fait plusieurs fois de l’affichage, pour les soirées, pour les fêtes, des trucs comme ça, qui se passent ici, et je suis rentré dans tous les halls d’immeubles. Je trouve que ça va, c’est pas si dégradé que ça. J’ai vu pire. Je ne connaissais pas la cité de l’intérieur et franchement, je trouve que ça va. Ici, il y a un mélange, en fait, il y a trois ou quatre cités, je crois, il y a un mélange d’HLM et de copropriétaires. Donc, une fois par an, les copropriétaires de la résidence, se réunissent ici, ils utilisent la salle pour débattre et parler de tous les problèmes divers et variés de la cité.

K. - Trouvez-vous que le quartier est isolé ?

A A. - Ça, c’est comme dans toutes les cités. Je parle de Marseille, je vais pas parler des autres villes, mais ça, c’est dans toutes les cités de Marseille. Si on a la volonté, si on a eu l’éducation, ou si on a été au lycée, de l’autre côté de Marseille, on est ouvert, on sort. Si on a arrêté l’école au collège, on reste dans la cité, et on fait les choses avec ceux qui sont restés aussi, voilà. Dans toutes les cités, c’est comme ça. Parce qu’à Marseille, on n’est pas loin, on n’est pas des banlieues, donc, n’importe qui peut aller au centre-ville se promener, ou se balader, ou aller à la mer. Aller au Prado, c’est possible. Avec un ticket de bus, on se déplace facilement. C’est mon point de vue.

K. - Pensez-vous que le quartier est bien desservi ?

A A. - Je pense que ça va. Le 35 s’arrête ici, le 36 fait tout le long de la cité, d’en haut jusqu’en bas. Sur le plateau là-haut, il y a tous les bus, le 27, le 70, qui descendent sur le centre-ville, je pense qu’au niveau transports, la cité est bien desservie.

K. - Avez-vous l’impression que les gens sont un peu enfermés ?

A A. - Personnellement, non. Franchement, je trouve que Consolat, ça va, comparé à d’autres cités qui sont éloignées et qui n’ont qu’un seul bus qui monte chez eux.

K. - En ce qui concerne la vie culturelle et associative du quartier, trouvez-vous qu’il y a beaucoup de choses ou pas assez ?

A A. - Au niveau du quartier, nous travaillons avec une association de Comoriens, une association de danses berbères qui utilise les locaux, et une association de flamenco, plus les jeunes qui sont en partenariat avec le centre social et qui font du hip-hop ici. A Consolat, il y a le grand club de foot aussi. Je trouve que les gens savent s’organiser, après, c’est sûr qu’il faut toujours plus de choses dans une cité. Toutes les bonnes volontés, c’est bien, les bonnes initiatives, c’est toujours bon d’en avoir plus, mais je trouve que ça va, c’est actif quand même. C’est pas un petit ghetto. Après, il y a beaucoup de jeunes qui font rien, qui font des bêtises. Une fois par mois, on trouve une voiture volée, brûlée devant l’entrée, mais ça fait partie de la vie, faut l’accepter. Donc ça, ça veut dire qu’il y a une catégorie de jeunes qui sont dans la délinquance...

K. - Qui sont désœuvrés ?

A A. - Désœuvrés, je sais pas. Moi, je vois que tous les jeunes sont bien habillés, ils sont propres, ils ont ce qu’il faut, donc ils se débrouillent autrement. Ils ont trouvé une alternative, quoi. Après, si c’est bien ou pas, ça, c’est comme dans tous les quartiers.

K. - En ce qui concerne les commerces, les services publics, les restaurants... ?

A A. - Des restos, il n’y en a pas je pense, à part les bars, qui font snack à midi. Mais sinon, il y a un centre commercial où il y a la boulangerie, l’épicerie, la pharmacie, ce qu’il faut dans une cité.

K. - Estimez-vous qu’il y en ait suffisamment ?

A A. - Il manquera toujours quelque chose, à proximité. Maintenant, on fait avec ce qu’il y a. C’est comme dans un village perdu, c’est bien d’avoir le boulanger en bas. Pour moi, il y a ce qu’il faut, après, c’est sûr que s’il y avait d’autres choses, ce serait bien aussi. Après, je sais pas, au niveau des commerces, ce qui manquerait, si ils sont ouverts le week-end, le soir, je sais pas... Il faut toujours améliorer, mais après il faut voir les gens qui ont la volonté de le faire, parce que tenir un commerce, c’est pas donné à tout le monde.

K. - A propos de la Colline, comment la verriez-vous dans l’idéal ? Auriez-vous envie qu’elle soit différente ?

A A. - Je sais pas si ça peut devenir un parc public comme tous les parcs de Marseille. Ça veut dire que c’est géré, pas forcément que ce soit fermé, mais qu’il y ait une entrée bien précise, et que les gens savent que c’est un parc fermé. J’ai l’impression que c’est un parc qui est un peu ouvert de tous les côtés, on peut rentrer, sortir... Par exemple, si on part d’ici, pour monter là-haut au belvédère c’est comme ça. Les gens, ça les freine, c’est pas qu’ils sont feignants, mais quand vous voyez une pente comme ça, on n’a pas envie de monter... Mais du coup, ça peut être bien pour les sportifs. S’ il y a des jeunes qui font un peu de sport, ça aide, il y a de quoi faire ici. On peut même aménager un parcours sportif, pas que pour les jeunes, même pour les nouveaux retraités. On peut faire comme au parc Fontescure, il y a des genres de salles de musculation, mais en plein air. Ils mettent des machines en plastique, c’est incassable. Tu peux faire du rameur, des barres... ça existe depuis des années et c’est pas cassé, ça fonctionne. C’est comme les mini-foots qu’ils font dans les cités. Je trouve ça bien, après, ça a un coût, c’est toujours pareil, c’est la volonté. Moi, je suis pour toutes les initiatives, surtout en extérieur.

K. - Pensez-vous que ce serait une bonne idée, justement pour que ce soit plus fréquenté ?

A A. - Oui. J’ai rarement vu des gens se parler. Donc, comme je vous ai dit, peut-être le week-end ou en été, quand les gens restent dehors, peut-être que c’est un peu plus fréquenté. Je sais pas comment c’est éclairé, aussi...

K. - Pensez-vous que ce serait une occasion pour que les gens se rencontrent ?

A A. - Oui, ça peut être une occasion. Peut-être que les gens sont un peu isolés, et que chacun a envie de faire une pratique, mais il ne peut pas tout seul. Après, c’est sur les lieux de pratique qu’on rencontre d’autres personnes. Peut-être qu’ils ne se connaissent même pas dans les cités, ils vont faire connaissance en faisant du sport, et après ils vont inviter d’autres personnes. Ou peut-être que des fois, ils ont peur de faire du sport selon les heures, parce que tout lieu un peu obscur, à l’écart du quartier, les gens se méfient, ils sont inquiets, et s’ils voient une personne, toute seule, assise, ils vont dire « c’est bizarre, qu’est-ce qu’il fait là, celui-là, il attend une proie ? » Aujourd’hui, c’est ça la société à ce qu’on entend. C’est malheureux, mais c’est comme ça.

K. - Pour conclure, comment voyez-vous le quartier demain ? Qu’est-ce qui va changer, qui peut changer et qui devrait changer ?

A A. - Je ne sais pas. Mon souhait, c’est que ça ne se dégrade pas, si ça s’améliore à travers des projets, pourquoi pas, c’est mieux, c’est toujours mieux. Le souci aujourd’hui, c’est de dire, si ça reste comme ça, déjà c’est bien, si ça ne va pas plus loin dans la délinquance ou dans les problèmes quelconques, de voisinage ou de querelle entre jeunes. Il ne faut pas que ça se dégrade.

K. - Avez-vous le sentiment qu’il y a des choses qui pourraient se dégrader ? Y a-t-il des problèmes qui reviennent dans les conversations ?

A A. - Ah ici, on parle beaucoup des projets, des initiatives, on est tout le temps en train de parler d’une activité, ou d’un spectacle, ou de ce qui va se préparer, donc on reste dans l’enceinte de la structure. En général, les gens ont toujours un petit projet à voir développer, donc, on parle pas. Après, c’est vrai, quand on fait des soirées, on va dire, rap, hip-hop, qu’on donne la possibilité aux jeunes de s’exprimer, justement, parce que c’est un truc qu’ils aiment bien, dans la cité, il y a d’autres groupes, et là, c’est vrai que le public, c’est beaucoup de jeunes qui viennent en bande. Après, c’est à nous de gérer pour leur montrer que c’est une occasion qui leur est donnée pour s’exprimer, pour faire des soirées, parce qu’on dit que le rap, le hip-hop, dans les cités c’est dangereux, ça crée des bagarres, ça crée des conflits. Alors, nous, on essaie de leur expliquer que si ça se passe bien, on pourra continuer, et s’il y a d’autres jeunes, plus petits, qui veulent faire, par exemple, du slam, écrire, faire des textes, et tout le monde peut leur donner la possibilité de s’exprimer, de monter sur une autre petite scène, c’est toujours un début... C’est vrai qu’on a eu des petits soucis, des jets de pierres, des casses de voitures, ça, c’est comme de partout, après il faut essayer de gérer. Tant qu’il n’y a pas de problèmes graves, on continue.

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