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La revue du témoignage urbain

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La Viste de bas en haut

"Mieux vivre à la Viste"

Améliorer la vie au quartier ou les travaux d’Hercule.

Deux acteurs de la vie associative s’impliquent dans l’amélioration du quartier. Autour d’une table après trente ans de Viste, ce ne sont pas les souvenirs ni les souhaits qui manquent : ce qui a changé, ce qui change et ce que l’on voudrait changer, pour ne pas dire plus voir. De toutes ces choses du quotidien dans le bon ou le mauvais sens, qui vous construisent ou vous ruinent une existence...


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Koinai – Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Jean-Luc Coudène - Moi, c’est Monsieur Coudène, président de l’association "Mieux vivre à La Viste", et je suis chef de chantier dans une entreprise de travaux publics, c’est-à-dire on travaille pour la Société des Eaux de Marseille. J’ai cinquante-cinq ans. J’habite La Viste depuis 1976.

Richard Malkonian - Je suis Richard Malkonian. Je suis trésorier de l’association, et je travaille à Air France : je suis responsable budgétaire des escales de Marseille et de Nice. J’ai cinquante-sept ans. Et moi, j’y habite depuis trente ans, depuis 78. Depuis que je suis marié. Ma mère, elle, elle y est née, à La Viste.

K. - Quelles ont été vos impressions à votre arrivée sur le quartier ?

Jean-Luc Coudène - Moi, quand je suis arrivé, j’ai trouvé ça un peu vétuste. C’était encore des chemins tout en terre, Il n’y avait rien, le courant il n’y en avait pas. C’était un quartier défoncé.

Richard Malkonian - On parle surtout de la rue de Septèmes, rue du Ravin et boulevard du Plateau, qui étaient laissés à l’abandon par la Ville. Et la route, elle était pas goudronnée. Il n’y avait pas le tout-à-l’égout... C’est l’ancien noyau villageois, c’est là où il y a tous les Arméniens... Cette partie-là est habitée par 90 à 95 % d’Arméniens. C’est des gens qui se sont installés en 1925, un truc comme ça. Et depuis, donc, ça a un peu changé, mais c’est resté tel quel, en gros. Il y a pas de bâtiments, il y a que des villas, mais vieilles, vieillissantes.

Jean-Luc Coudène - C’est pas le noyau du village. C’est les rues adjacentes, juste derrière nous.

Richard Malkonian - Le plateau de La Viste c’est autre chose, nous, on est en retrait. On est juste au-dessus du 74, trois, quatre rues.

K. - Et depuis, ça a beaucoup changé ?

Richard Malkonian - Ben, on a fait goudronner le quartier, on a fait changer l’éclairage. On essaie d’améliorer en intervenant auprès des services publics tel que la Voirie, MPM... Tous ceux qui peuvent intervenir pour garder le quartier propre... En fait, c’est par le biais de l’association qu’on a créée en 2002, qu’on a pu intervenir sur la communauté, pour faire goudronner le quartier. Ça s’est fait en quatre ans, quand même ! Un petit quartier comme ça, quatre ans, il a fallu pour tout reprendre ! Et il a fallu négocier, en plus. Le problème c’est les questions de budget !

K. - À l’heure actuelle, quelles populations habitent le quartier ?

Richard Malkonian - C’est surtout vieillissant, c’est des anciens, les trois quarts c’est des anciens. En fait, les gens qui sont à la tête de l’association, c’est les seuls qui travaillent, pratiquement. Il y a Jean-Luc, ma femme qui est secrétaire et moi. Voilà. Après, tout le reste, ce sont des retraités. On travaille pour eux ! Pour nous aussi, mais c’est pas toujours facile.

K. - Est-ce qu’il y a une bonne entente entre les habitants ?

Richard Malkonian - Une très bonne entente.

K. - Est-ce qu’il y a une identité forte ?

Richard Malkonian - Non, y a pas de communautarisme, c’est différent. Avant la télévision, les gens vivaient beaucoup les uns chez les autres. Et mon oncle, qui était l’épicier du quartier, c’est son beau-père [en désignant Jean-Luc], tout se passait chez lui, tous les commérages, tout ça. Tous les gens se réunissaient, rigolaient, buvaient le café, etc. Bon, mon oncle est décédé et les choses ont changé, la vie a évolué. Il y a la télé, chacun est resté chez soi. Les gens ont vieilli, donc ils ne vivent plus pareil. Mais ils se voient quand même un petit peu, on parle du bon temps, etc, mais c’est plus pareil qu’avant, ça peut pas l’être. Comme partout... Et donc nous, ce qu’on fait, on fait des fêtes régulièrement, deux-trois fois par an, pour réunir tout le monde, et danser, et chanter, et voilà... Grâce à l’association, grâce aux subventions que nous avons du Conseil Général, du Conseil Régional, de l’Assemblée Nationale. On essaie de se débrouiller, un peu avec les cartes que les gens prennent comme adhérents et on essaie de les faire sortir, se revoir, parler, discuter... Faire revivre le quartier, qu’est pas un grand quartier. Après moi, personnellement, j’interviens de partout où je vois quelque chose qu’est tordu. Quand y a des voitures brûlées sur le bord de la route, quand il y a des trous sur la route, tout ça, j’interviens, j’appelle Allo Mairie, ça c’est en tant que citoyen, je pense pas être le seul... Des fois, il faut s’accrocher.

Jean-Luc Coudène - Le CIQ est inexistant, ça fait que le quartier de la Viste, il est pas trop représenté. Il y a bien M. Benisti au CIQ, ils sont deux, deux ou trois, mais c’est pas un CIQ fort, dans le quartier.

Richard Malkonian - C’est dommage.

Jean-Luc Coudène - Tout le monde le dit, même le président du CIQ du quinze. On n’a pas de force par rapport aux autres. Le CIQ du seizième en bas, c’est bien, c’est important. C’est pour ça que notre quartier est un peu délaissé.

K. - Il n’y a pas une dynamique...

Jean-Luc Coudène - Voilà.

Richard Malkonian - Nous, on s’appelle "Mieux vivre à la Viste", mais on représente pas tout La Viste. On travaille pour notre petit quartier, au début, c’était pour faire goudronner la route. Maintenant, c’est pour le bien des gens, le bien matériel, le bien moral ...

Jean-Luc Coudène - On a beaucoup de gens des alentours viennent, de la famille de Vitrolles, un peu de partout.

Richard Malkonian - Il y a des anciens du quartier qui aiment à revenir voir les leurs, les amis, leurs parents et autres. C’est ça qui est bien.

Jean-Luc Coudène - A chaque fois qu’on fait des réunions, des trucs dansants, tout le monde s’amuse bien. On loue des chanteurs, tout ça. Y’a même des élus qui viennent.

Richard Malkonian - Dans la joie et la bonne humeur.

Jean-Luc Coudène - C’est dommage qu’il y ait qu’une ou deux associations qui fassent ça, quoi. Qu’il y en ait pas plusieurs. Il en faudrait une au 38, il en faudrait une ici, il en faudrait une un peu plus haut.

Richard Malkonian - Y’a les locataires, y’a les associations du troisième âge, tout ça.

Jean-Luc Coudène - Non, mais en haut, je parle. Ceux qui sont un peu plus haut. Tu as rien en haut. Pour La Viste, c’est peu étendu là-bas. Ça part d’en bas du 38, ça monte jusqu’en haut. Et en haut, il y a rien.

Richard Malkonian - Peut-être qu’on connaît pas.

K. - Est-ce que vous avez des liens justement avec le 38, le 74 ?

Richard Malkonian - Alors, le problème avec le 38, au 74, nous, c’est qu’on se rentre pas dedans, mais on a eu des soucis parce qu’on partage pas les mêmes points de vues sur un accès que le 74 a sur la rue de Septèmes. Ils ont un accès sur la rue de Septèmes, qui de fait, augmente le trafic sur la route de Septèmes, qui est sinueuse et étroite et sans trottoir. Et les jeunes du 74, pour éviter le feu rouge de la rue des écoles, passent par la rue de Septèmes. Enfin, entre autre, on va dire, pour éviter. Ils passent par la rue de Septèmes, mais lorsque ce sont des jeunes équilibrés on va dire, ça se passe bien. Mais lorsque ce sont des gens qui sont déséquilibrés entre guillemets, ils roulent vite, ils font pas attention et c’est très dangereux. Ca augmente le trafic, ça augmente le danger, et on ne peut pas fermer cet accès-là. Ils ne veulent pas fermer cet accès-là, et on se bat pour ça. Et Christian qui était tout à l’heure devant le Centre Social avec nous, c’est le président de l’association du 74, lui aussi est contre. Et en plus on leur a demandé de faire attention parce qu’il y a des gens du 74 qui jettent leurs poubelles chez nous. Au lieu de faire dix mètres, d’aller dans leur bloc à eux, dans leur truc, ils viennent les jeter chez nous. Alors les chiens s’en emparent, ils mettent tout... Et c’est ça tous les jours... Ils ne les mettent même pas dans les containers, ils jettent de la voiture, ou ils déposent par terre. Et il y a un voisin qui n’en peut plus, tous les jours, il a son paquet par terre, à coté de chez lui.

Jean-Luc Coudène - Et tout ouvert par les chiens.

Richard Malkonian - C’est pas normal, alors on leur a écrit et ils nous ont dit "On n’a pas de leçons à recevoir des autres". Donc on a laissé passer du temps, on a refait un autre courrier parce que ça continuait, en disant qu’on voulait pas donner de leçons, mais simplement qu’on voulait que des jeunes soient sensibilisés au fait de respecter les autres, point barre. Donc on a envoyé un courrier aux locataires, mais le gars le fait toujours... Donc on se bat, mais le voisin qui a ça, c’est un vieux dont la femme est handicapée et c’est pas dans son caractère, donc il le fera pas, il va pas aller au contact, il va pas se battre. Et l’autre il continue toujours. Alors, on a ce petit soucis là entre quartiers, c’est malheureux, mais bon. ça fait qu’on partage pas les mêmes points de vue, donc on croit que nous on veut se séparer des autres, c’est pas ça du tout. On veut protéger les gens justement, par la sécurité dans la rue, c’est tout ce qu’on veut. Et les gens ils croient autre chose... mais ça a rien à voir. Tous les problèmes c’est autour de ces deux trucs. Sur la poubelle et sur la fermeture de l’accès. Et malheureusement... bon après je comprends... On conçoit que cet accès, il est bon. Dans l’absolu il est bon, parce que ça permet à eux de passer par là, et à nous de passer par là. Je veux dire, il y a pas de soucis, sauf que les gens ne respectent pas les autres, roulent vite, il y a des jeunes du 38 qui volent des voitures, après qui font des circuits, ils rentrent dans la rue de Septèmes, et ba ba ba... L’été, les gens dorment pas, voilà, le problème c’est ça. Si on ferme là bas, il y a plus ce circuit-là. Donc les voleurs de voitures, ils iront le faire ailleurs le gymkhana, etc. Eh ouais, c’est des problèmes, sérieux. Et puis quand ils volent des voitures dans notre quartier, ils les font glisser lentement, et hop, ils passent par là et ils s’en vont. Si c’était fermé ils pourraient pas le faire, ils prendraient d’autres risques. Et donc peut-être qu’ils les prendraient pas les risques. Après, y’a rien de grave, quoi.

Jean-Luc Coudène - Non, on a de bonnes relations. On a juste peur de ces fous qui viennent dans notre rue. Si personne passait dans cette rue, on passerait tout de suite par la rue de Septèmes, on irait pas faire ce détour-là. On a tellement peur qu’il y en ait un qui déboule et qui ne s’arrête pas... cette peur nous fait passer par chez eux. Mais si elle était fermée on passerait carrément par chez nous, à la rue de Septèmes il y a pas beaucoup de monde.

Richard Malkonian - Le problème c’est qu’elle n’est pas assez large la rue. Et le problème c’est que si elle était encore plus large, ils rouleraient encore plus vite, c’est un bien pour un mal. C’est chaque fois comme ça, c’est ça qui est terrible. On a tout demandé, à tout le monde. Des ralentisseurs, tout ça. Ils comprennent rien. Y’a rien à faire. Ils attendent qu’il y ait un mort, parce que la rue elle est pas assez accidentée, elle est pas assez meurtrière, donc on attend. Même à la Préfecture on a écrit, mais non, "Il y a pas à fermer..." Alors voilà, on reste comme ça, en attendant qu’il y ait un mort. Après on va pleurer.

Jean-Luc Coudène - On nous écoute, puisque j’avais reçu un coup de fil du capitaine du quatorzième là-bas, de la traverse de la Chèvre, et c’est le préfet qui l’avait appelé carrément, pour lui dire qu’il se déplace pour voir un peu nos problèmes. Un jour il était venu une voiture de police, j’étais pas là moi. Ils ont fait un tour, ils sont repartis. Ça a un impact, puisque le préfet a appelé ce capitaine pour qu’il vienne dans le quartier.

Richard Malkonian - Oui, on nous écoute, mais on nous entend pas.

Jean-Luc Coudène - Ils viennent faire un tour et puis après ils repartent.

Richard Malkonian - Ils ont fait leur travail.

K. - Sinon d’après vous, quel est l’espace au sein du quartier qui rassemble le plus les habitants ?

Richard Malkonian - C’est les bars.

Jean-Luc Coudène - Les bars et le Parc Brégante. Y’a du monde... Quand je passe je vois les enfants avec leurs mères, les vélos et tout. Non, non, ce parc... C’est bien, c’est bien. Là, ils en ont fait un de parc, mais y’a personne. C’est pas fréquenté, je sais pas... pourtant c’est beau...

K. - C’est un tout petit parc ?

Jean-Luc Coudène - Oui, oui.

Richard Malkonian - Il doit y avoir des vieux dans la journée.

Jean-Luc Coudène - Je sais pas, je vois personne.

Richard Malkonian - Oui, mais le soir. Quand tu arrives c’est le soir, mais dans la journée il doit être fréquenté.

Jean-Luc Coudène - Non, mais le samedi, je vois pas beaucoup de monde. Le parc Brégante, ça c’est un beau truc... des trucs pour les enfants... là non... S’ils prenaient modèle sur celui d’en bas, il est beau.

Richard Malkonian - Mais j’ai peur qu’il soit un peu en retrait et un peu caché ce jardin. Il est pas aux abords. Il faudra de la signalétique, de la belle signalétique, et bien grosse. Sinon ça sert à rien. Faire un truc caché, qui se dit de bouche à oreille... Ce qu’il faut pas faire, c’est comme la gare de Saint-Antoine. Ils ont fait une gare de Saint-Antoine, et il y a aucune signalétique, y’a rien, aucune publicité. La boite où on doit oblitérer les tickets est cassé. Il y a pas d’abris pour les passagers, rien. Une catastrophe !

Jean-Luc Coudène - Personne ne fréquente cet endroit.

Richard Malkonian - Et qu’est-ce qu’ils vont faire ? Le BHNS, le Bus à Haut Niveau de Service. Un bus qui fait vingt quatre mètres de long, ou je sais pas combien, Ils vont faire... Mais ça coûte... Après je comprend le budget, au lieu de faire le métro, le faire monter au moins jusqu’à Saint-Louis, de façon à ce que les gens de Saint-Antoine aient un point de relais on va dire, pour pas descendre jusqu’à Bougainville, eh ben non, ils font ça.

Jean-Luc Coudène - C’est mois cher, c’est pour ça.

Richard Malkonian - Oui oui, sûrement, mais après...

Jean-Luc Coudène - Le métro c’est trop...

Richard Malkonian - Oui, le métro c’est cher.

Jean-Luc Coudène - Moi je suis habitué, parce que là où je travaille on dévie tous les réseaux pour les métros des fois, c’est trop de travaux, il faut tout lever le milieu. Que ce soit le gaz, que ce soit l’eau... Ca coûterait des millions. Dévier les réseaux. C’est pour ça.

K. - Je voulais revenir par rapport au parc d’Hanoï...

Richard Malkonian - Ca s’appellera le Parc d’Hanoï ?

K. - Oui, celui qui est au bout du Boulevard d’Hanoï...

Richard Malkonian - C’est le jardin dont on parle.

K. - C’est ça.

Richard Malkonian - Et ça s’appellera le parc d’Hanoï ?

K. - Ça s’appelle déjà le parc d’Hanoï. En fait c’est un parc qui est géré par la direction des Parcs et Jardins de Marseille, et qui est dans l’état dans lequel il est aujourd’hui. Je voulais donc savoir si c’est un parc dans lequel vous allez et est-ce que ça fait longtemps que vous le connaissez ?

Richard Malkonian - Franchement, j’y suis allé une fois.

Jean-Luc Coudène - Moi franchement, je n’y suis jamais allé, je savais même pas qu’il y avait un parc au fond. Mais vu qu’on a un parc à trois cent mètres plus loin, vraiment beau, ça fait que...

K. - Brégante, vous voulez dire ?

Jean-Luc Coudène - Oui oui Brégante, le problème c’est qu’il faut faire quelque chose d’aussi beau qu’en bas. Sinon les gens ils iront toujours en bas. Si c’est vraiment moins beau que le Parc Brégante, je sais pas si les gens y passeront. Vous prenez la voiture, deux cents mètres plus loin il y a un beau parc. Maintenant, si ce parc il est aussi beau, les gens ils viendront ici.

Richard Malkonian - En même temps c’est bien, parce qu’au moins, ce sera pas construit.

Jean-Luc Coudène - Il y a une belle vue là-bas, c’est vraiment magnifique...

K. - Qu’est-ce que vous aimeriez qu’il y ait dans ce parc ?

Jean-Luc Coudène - Un terrain de boule, c’est sûr... Un terrain de boule, c’est vraiment... On n’a rien ici. il y en avait un derrière la Poste justement, mais ils l’ont détruit.

Richard Malkonian - Après, il faut pas qu’il y ait d’habitations autour, parce que ça fait du bruit.

Jean-Luc Coudène - Ouais, mais ils jouent jusqu’à dix heures...

Richard Malkonian - Eh ouais, mais c’est ça le soucis, c’est que... Enfin, bon, après il faut qu’il y ait des joueurs aussi, mais si tu fais un terrain de boules éclairé, si les gens vont jouer jusqu’à minuit, bon ce qui est très agréable, il faut pas qu’il y ait d’habitations autour. Tu peux aller à l’Estaque, parfois on y va à l’Estaque, jusqu’à minuit, une heure du matin, mais y’a personne autour, nous sommes loin des habitations. Là, je sais pas comment c’est configuré.

Jean-Luc Coudène - Si on marque "Jeux de boules"...

Richard Malkonian - Oui, tu peux le marquer, si les gens respectent c’est impecable, je veux dire...

Jean-Luc Coudène - Mais c’est bien, l’été t’y vas à huit heures, tu joues aux boules jusqu’à dix heures, non c’est intéressant.

Richard Malkonian - Il faut que ce soit agréable pour tout le monde. Donc il faut partager le truc pour que tout le monde y trouve un peu son compte. Des bancs pour s’asseoir, pour rêver. En plus il y a un point de vue extraordinaire sur Marseille, pour rêver, pour les romantiques, pour les amoureux, tout ça. Et il faut mettre les bancs dans l’autre sens, c’est à dire, vers...

Jean-Luc Coudène - Non, vers les bâtiments tu les mets, en face du mur !

Richard Malkonian - Voyez, ce genre de trucs. Après, l’autre l’autre fois on a parlé de barbecue. Barbecue peut-être pas, mais bon, pourquoi pas, si on peut faire un barbecue. Mais après, il faut savoir comment on peut se réunir, si ça va être grand, si ça va être... Je sais pas. On sais pas, on connaît pas, on l’a même pas vu, on sait pas les projets et je crois qu’il va y avoir une visite sur site un jour. Après la visite sur site, peut-être qu’on sera un peu plus éclairé.

Jean-Luc Coudène - Faut qu’on y aille faire un tour.

Richard Malkonian - Oui, mais en fait avec le recul, c’est dommage qu’on y soit pas allé plus souvent, parce que c’est à portée, à un jet de pierre, quoi. Mais peut-être qu’on était pris par autre chose, les petits, le centre social, parce qu’ils venaient au centre social ici, les amener ici, repartir, aller travailler. Moi, à l’époque je jouais au foot encore, donc une chose, l’autre, et vous avez jamais le temps de rien faire. Et après quand vous regardez en arrière, le temps est passé... C’est terrible, c’est comme ça, c’est la vie.

K. - Et sinon, pour conclure, pour un mieux vivre ensemble à la Viste, d’après vous, quels seraient les aménagements, les projets, un peu dans l’idéal, l’utopique peut-être... ? Et peut-être plus par rapport aux espaces publics... ?

Richard Malkonian - Y’a pas que ça, alors, c’est global, mais... il y a une globalité là-dedans, parce que mieux vivre c’est tellement vaste, parce qu’il y a les jardins publics déjà, c’est bien qu’il y en ait. Y’a pas de stades dans le quartier, si ce n’est le petit stade qui est là, derrière. En même temps, il y a peut-être pas de clubs de foot, mais l’un ne va pas sans l’autre, vous voyez. Y’a les transports, les gens qui prennent le 26 tous les jours ils sont pas heureux. Y’a que la ligne 26... qui est hyper bondée aux heures de pointes, et voilà, quoi. Donc, vous attendez... C’est pour ça qu’ils vont mettre le BHNS, au lieu de nous mettre le métro ou autre chose, voilà, ce genre de truc. Il y a le respect des gens dans la rue, y’a toutes les incivilités, y’a le mauvais stationnement, y’a tout ça qui emboucane la vie de tous les jours, quoi.

Jean-Luc Coudène - On connaît pas ce problème encore, ici.

Richard Malkonian - Si.

Jean-Luc Coudène - Saint-Louis oui, mais ici...

Richard Malkonian - Si, vas à La Viste, tu vas voir comme ils se garent. C’est moins fort, encore, mais il y a des fois vous pouvez pas passer. Parce qu’il y en a un qui se gare d’un côté pour aller acheter ses cigarettes, et l’autre qui se gare de l’autre côté pour aller acheter aussi ses cigarettes, mais ils se garent en face, au lieu de se décaler un peu. Mais bon, l’éducation des gens, ou le respect, ou je sais pas quoi... Je sais pas comment il faut l’appeler. Et le mieux vivre c’est ça aussi, c’est le respect de l’autre, l’amour de l’autre, mais c’est un grand mot que tout le monde connaît pas, c’est utopique ce que je dis. E puis ça dépend du quartier, nous, c’est relativement calme. Surtout le nôtre de quartier. Le 38 c’est un boucan, parce que toutes les voitures volées finissent au 38, les voleurs sortent du 38, les 3/4 hein. Mais c’est comme ça, je veux dire, on n’y peut rien, on subit. Sa femme elle s’est fait voler la voiture, ils l’ont retrouvée au 38. Je sais plus qui s’est fait voler la voiture. Au 38, voilà, y’a trois, quatre, cinq voitures qui sont en même temps là-bas...

Jean-Luc Coudène - En plus, ce sont de vieilles voitures.

Richard Malkonian - Et ça, c’est triste, parce que ça brûle un peu l’ambiance et la tranquillité des gens surtout, parce que les vieux ont peur. Il y a pas que les vieux qui ont peur, qui se font arracher les chaînes et tout ça. Malheureusement il y a pas d’autorités, alors voilà, il faudrait un peu plus de police, mais la police il y en a pas, sauf quand ils font des opérations "coup de poing". Avant-hier il y avait trente CRS ou trente gendarmes, qui attendaient pour contrôler les voitures et autres. Mais bon voilà, c’est que des opérations "coup de poing", c’est pas du régulier, ils passent pas pour verbaliser, pour faire respecter les stationnements et tout ça. Et ça, ça fait partie du mieux vivre aussi.

Jean-Luc Coudène - On n’a plus rien nous, on n’a plus de commissariat ici.

Richard Malkonian - C’est fini, il faut aller à La Chèvre, derrière Saint-Joseph. Saint-Antoine y’en a pas, La Viste y’en a pas, Saint-Louis ils l’ont fermé. La Poste c’est une annexe que nous avons, donc ça aussi dès que Saint-Louis est en manque d’effectifs, hop ils prennent les gens de là, ils ferment la Poste. Un jour, deux jours, trois jours, une semaine. Et ça aussi c’est du mieux vivre, mais bon voilà, mais allez le dire à la Poste, moi je l’ai dit à la directrice "Madame, il y a des vieux, il y a des jeunes, qui vivent, tout ça". "Ouais, mais..." Et ça, c’est... c’est le marché financier, c’est tout ce qu’on vit actuellement.

Jean-Luc Coudène - Oui, bien sûr. Il faut se battre pour tout.

Richard Malkonian - Et on n’a pas de DAB, des Distributeurs Automatiques de Billets, il y en n’a pas à La Viste. Il faut descendre à Saint-Louis, ou aller à Saint-Antoine. De Saint-Antoine à Saint-Louis il y a pas de distributeurs de billets. Donc, on a demandé à ce qu’il y en ait un à La Viste, mais non...

Jean-Luc Coudène - Il est pas rentable. Ils ont pas voulu. C’est qu’il y a pas assez de monde.

Richard Malkonian - ça risque en plus d’amener des désagréments aux gens qui vont chercher un peu d’argent, s’ils se font agresser, tout ça. Ma femme elle s’est fait voler la carte bleue à Saint-Antoine.

Jean-Luc Coudène - Non, mais à La Viste, on entend rarement des gens dépouillés ou des gens volés à la Poste. Par rapport à d’autres quartiers... C’est un de temps en temps, tandis qu’à Saint-Antoine et à Saint-Louis, c’est en permanence.

Richard Malkonian - Oui, c’est vrai qu’on est moins exposés, apparemment. Et s’il se passe rien, tant mieux, mais on est délaissé dans tout ce qui est "Autorités de Police", pour faire respecter les choses. Mais ça, c’est pas que La Viste, c’est tout le quinzième, seizième, c’est tous les quartiers nord, quoi.

Jean-Luc Coudène - Même pour les cantonniers, il faut se battre.

Richard Malkonian - Nous, on n’a pas le droit aux cantonniers dans nos rues, là, Septèmes, plateau, tout ça. C’est la voiturette de balayage qui passe une fois par semaine.

Jean-Luc Coudène - Mais c’est propre.

Richard Malkonian - Notre quartier est relativement propre.

Jean-Luc Coudène - Non, mais c’est très propre, c’est vrai, Septèmes est propre aussi.

Richard Malkonian - Mais on paye les impôts comme tout le monde, mais non, on a le droit à la voiturette une fois par semaine. Maintenant, s’il y a des trucs on appelle, ils interviennent.

Jean-Luc Coudène - Non, non, mais on est bien nous.

Richard Malkonian - Elle est nickel l’avenue de La Viste, c’est toujours propre, y’a rien à dire. Mais le mieux vivre c’est vaste, si déjà les gens se considèrent les uns les autres, se respectent, se sera déjà une bonne chose, et après... Des gens qui se sourient, qui se parlent... C’est pour ça que nous on a créé cette association, pour que les jeunes de notre quartier, au moins de notre quartier, se voient et se réunissent, se revoient on va dire. Parce que maintenant, il y a des gens dans la rue à qui on dit "Bonjour" qu’on connaissait pas avant. Et puis maintenant, tout le monde se connaît un peu, donc on sait les gens qui sont dans notre quartier, etc. C’est différent, c’est vrai que ça à fait changer la vision je pense, que les gens ont par rapport aux autres. Mais le mieux vivre, oui alors, bon des jardins, oui. Il faut arrêter les bâtiments, mais le problème c’est que il y a tellement une pression immobilière, qu’ils essaient de construire de partout, et on va se marcher dessus, il va y avoir des voitures encore plus. On va pas s’en sortir, ils construisent trop. Il faut arrêter de construire dans la ville, il faut sortir. Mais bon, après les gens qui travaillent dans la ville ils aiment bien rester dans la ville, voilà, c’est compliqué, très compliqué.

Jean-Luc Coudène - Mais le jardin, il faut vraiment qu’il soit beau pour que les gens aillent là-bas.

Richard Malkonian - Non, il faut qu’il soit tranquille et agréable. Après beau, oui, pourquoi pas, tant qu’à faire. Si on mérite, dans les quartiers nord un bon jardin, il faut le faire. Parce qu’on est des gens comme les autres. Voyez ce que je veux dire, par rapport aux quartiers sud. Parce qu’il y a vraiment une démarcation entre le sud et le nord, et c’est ça qui est malheureux aussi. Il y a pas autant de moyens.

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