Marseille littorale, portuaire, artisanale, industrielle, traditionnelle, moderne : les industries, les entreprises et les métiers implantés composent une ville à multiples visages. De la poissonnière au docker, du savon aux santons, les métiers et produits symboles d’une ville populaire côtoient les industries nouvelles. A travers ses activités traditionnelles immuables mais parfois vulnérables, tous ces témoignages gardent en mémoire la Marseille d’hier, illustrent la Marseille d’aujourd’hui et nous amènent à imaginer celle de demain.
Patrice Guadagnin, 53 ans, est directeur de Pôle France, l’institution nautique installée à l’anse de la Pointe Rouge et rattachée à la Fédération française de Voile : « Nos objectifs, c'est de préparer des coureurs à être les plus performants possibles pour les compétitions internationales et en dernier ressort, pour qu'ils soient sélectionnés aux Jeux. » Toujours plus vite sur la vague, poussé par le vent.
Koinai : Depuis quand Pôle France est-elle établie ici ? Alors, il y avait déjà une activité avec la DIT qui était ici bien avant, mais c’est une structure supplémentaire qui a été rajoutée par la Fédération à partir de 92, quand on commence à créer des centres de haut niveau. En France, ils en ont mis un, en gros, par façade : un à la Rochelle, un à Marseille, un sur La Manche. K : Qu’est-ce qui vous a (...)
Patrice Guadagnin, 53 ans, est directeur de Pôle France, l’institution nautique installée à l’anse de la Pointe Rouge et rattachée à la Fédération française de Voile : « Nos objectifs, c'est de préparer des coureurs à être les plus performants possibles pour les compétitions internationales et en dernier ressort, pour qu'ils soient sélectionnés aux Jeux. » Toujours plus vite sur la vague, poussé par le vent.
Koinai : Depuis quand Pôle France est-elle établie ici ? Alors, il y avait déjà une activité avec la DIT qui était ici bien avant, mais c’est une structure supplémentaire qui a été rajoutée par la Fédération à partir de 92, quand on commence à créer des centres de haut niveau. En France, ils en ont mis un, en gros, par façade : un à la Rochelle, un à Marseille, un sur La Manche. K : Qu’est-ce qui vous a (...)
La tuile, c'est son métier : depuis juin 2006, Patrice Pincemail, 38 ans, dirige l'usine Lafarge sur le chemin de Saint-Louis au Rove, quartier Saint-Louis : « On reste sur du produit très méditerranéen, c'est-à-dire à fort galbe, qui rappelle un peu la forme de la tuile canal qui était fabriquée aux Milles et qui est traditionnelle : c'est ce qui se vend encore, depuis très très longtemps. » Toitures et savoir-faire coutumiers : palette et paysage régional, au rythme des saisons et des exigences.
Koinai : Quels produits fabrique-t-on à l’usine ? C’est des produits à base de terre cuite, essentiellement de la tuile, on ne fabrique pas des briques : on ne fabrique que de la tuile spécifique vendue uniquement ou à 90%, dans la région : c’est la tuile entre dix ou treize au mètre carré, il faut en mettre dix pour un mètre carré de couverture. Donc, on fabrique les tuiles traditionnelles que l’on (...)
En 1972, Sahnoune Ben Aïssa, 54 ans, a rejoint la société de traitement et de conditionnement de fruits secs, alors sise boulevard Michelet : « D'abord Micasar, elle a été créée en 1957 : ils étaient trois _c'est le patron qui m'avait expliqué ce que veut dire le mot " Micasar " _, trois copains qui ont créé une entreprise de fruits secs. Un, il s'appelait Michel, l'autre Casanova, le troisième Arbona : " Mi " c'est Michel, " Cas " c'est Casanova, " Ar " c'était Arbona. » Vie des dattes et fruits du labeur.
Un je l’ai pas connu parce que j’étais jeune, il est décédé, l’autre il a voulu créer une autre entreprise donc il est resté que lui, Arbona. Et depuis il a créé, évolué, progressé. Il travaillait pour la France mais il faisait beaucoup d’export sur les pays scandinaves et il a acheté des dattes d’Algérie, des figues et des abricots de Turquie et il les conditionnait. Koinai : Comment procédait-on à la " (...)
Depuis l'âge de 13 ans, des côtes algéroises aux reliefs phocéens, Mourad Kahoul, 45 ans, œuvre sur les flots méditerranéens : « Moi, j'ai une polyvalence entre le petit métier : le rouget, la bouillabaisse, la pêche artisanale et après j'ai commencé avec mon père à faire du chalutage : c'est un engin de pêche qu'on traîne sur le fond pour la crevette, pour le poisson noble, hein. Ensuite on a fait la sardine, et après je me suis lancé dans la pêche au thon. » Entre filets et combat, pour le maintien d’une activité traditionnelle.
K : Comment devient-on marin-pêcheur ? Ben, on ne devient pas : on est. Cinq générations, hè, et après c’est la continuité depuis que je suis dans la pêche avec mon père, parce que je suis initié à faire ce métier comme toute ma famille. Mon père a été quand même un pilier, parmi un des très grands armateurs de pêche au thon, avec un Pied-Noir d’Oran aussi, Monsieur Lubrano. J’ai beaucoup appris avec lui et (...)
Depuis mars 1976, Richard Pastrone, 51 ans, travaille pour les Raffineries Saint Louis : « En semoulerie, on faisait des packs de sucre cristallisé poudre, puis je distribuais toutes les catégories de sucre dans les chantiers : sucre en poudre dans des trémis, mouleuses pour faire des dominos, du vrac, la cassonade, le sucre roux. » Dans l'usine à tuyaux, des cristaux et des hommes : parcours.
On importe du sucre de canne brut qui est roux, sous forme de cassonade. Alors au départ, on coupe les cannes, on les fait bouillir, on extraie le jus donc, si on cristallise un jus de cannes broyé, la canne c’est plus ou moins marron, hè, y’a de tout, on arrive à un sucre roux. Alors, on aurait tendance à dire : " Le sucre roux, c’est du sucre naturel, diététique, pas transformé. » Dans les années (...)
En 2003, Bernard Demeure, 54 ans, président de la Compagnie de Détergent et de Savon de Marseille, a repris l'entreprise avec deux autres cadres du site : « Je suis arrivé comme responsable du service technique, puis j'ai pris des responsabilités supplémentaires dans la production et je me suis découvert un attachement à cette activité parce que c'est un produit éminemment sympathique : le savon qui est vivant, qui a une histoire. » Dans le bain du métier, survie d'un produit icône et d'un savoir-faire ancrés dans l'histoire de l'industrie marseillaise : pour mousser, sans buller !
Koinai : L’entreprise est issue d’une fabrique traditionnelle ? Ah ! complètement, puisque notre activité remonte à 1850, on est une vieille savonnerie marseillaise. L’atelier de fabrication, on a des chaudrons qui datent de la fin du 19ème donc on fait perdurer la tradition : ça fait cent vingt ans qu’on fait du savon dans nos cuves, qui sont restées telles quelles. Et ç’a toujours été ici, hein : (...)
En sa dix-huitième année, sitôt après avoir rencontré son mari, patron pêcheur de père en fils, Dominique Esposito, 50 ans, a arrêté ses études et s’est mise à son étal aux couleurs vives et aux reflets moirés, sur le Vieux Port de Marseille : « Ah ! oui, y'a une ambiance particulière sur le port. Bè c'est lié à l'esprit du marché, à la tradition surtout aussi : les gens aiment bien la tradition de la vente du poisson. C'est un peu spécial, ça se passe qu'ici, quoi. » Au rythme du cri des mouettes, du chant des mâts et du bruit des chalands, la voix de la poissonnière.
Koinai : Comment se sont passés les débuts ? Ah ! bè ç’a été très agréable, ça m’a fait du bien. Je m’y suis fait de suite, c’était très bien à l’époque, ça marchait beaucoup mieux que maintenant, quand même. K : Quels poissons vendez-vous ? Heu… la sole, le merlan, c’est les plus ; la baudroie, les bons poissons, les loups, les daurades aussi. K : Vous travaillez en équipe ? Avec mon mari, c’est tout. Moi, (...)
Ancienne radio de la marine marchande, Laure Parvulescu, 44 ans, a choisi de travailler à terre, et saisi l'opportunité de devenir contrôleuse de la circulation maritime à la capitainerie du Vieux Port de Marseille : depuis dix ans, elle assiste l'officier de port et régule les mouvements des navires. Contact maritime, de la navigation à l'orchestration.
Koinai : En quoi consiste votre travail ? On fait le contact avec les navires donc, les bateaux nous appellent, il faut leur indiquer la voie et on fait en sorte que tout se passe bien pour les entrées et sorties de bateaux, qu’y ait pas de collision, qu’ils sachent où aller, coordonner avec le pilotage, le remorqueur, les bateliers qui les accostent. On leur donne la météo, leur poste à quai et (...)
De 1971 à 1987, Jean-Louis, 57ans, docker professionnel sur le port de Marseille, a procédé à la manutention des marchandises à l'embarquement et au débarquement des navires en transit : « Comment on vient sur le port, c'est pas par passion, la passion elle vient après : l'ambiance est si spéciale, la fonction si spécifique que y'a un esprit docker, un monde docker qui est lié intimement à la vie du port et au mouvement des navires, tout ce qui fait la vie du port. Ah ! j'avais vingt ans… » Retour sur les docks.
Koinai : Est-ce un métier de père en fils ? C’est un métier qui à l’époque pouvait se transmettre de père en fils, dans la mesure où les fils de dockers avaient le droit à prendre la relève de leur père, donc de travailler sur le port et à l’obtention d’une carte de docker professionnel par filiation, à condition qu’ils réalisent _de mémoire_ cent vingt vacations par an pendant les deux premières années de (...)
Depuis 1979, Philippe Alessandrini dirige avec son associé Hervé Cordesse, la Voilerie Phocéenne, sise à l'anse du Pharo : « Le travail, dans une petite voilerie comme la mienne, c’est de balayer jusqu'à vendre une voile, la dessiner, la concevoir, la fabriquer, la terminer ; je fais tout, hein. » De la galère de l'entrepreneur au bonheur du créateur, ouvrages promis aux vents.
Différentes voiles qu’on fabrique, oh là là ! alors là, c’est difficile parce que c’est vachement vaste. En gros, on fait que les bateaux, on fait pas de dériveurs ni de planches à voile. Nous on est spécialisés dans les croiseurs à partir de 7 mètres, pas plus petits. À partir de là, y’a beaucoup de style de voiles. On peut faire des bateaux jusqu’à 25 mètres, on fait des vieux gréements aussi, jusqu’à (...)
Depuis 2002, Frédéric Blot, 35 ans, est chef d'équipe accoreur sur le Port Autonome de Marseille et dirige les différentes étapes d’entrée et de sortie d’un navire en forme, le chantier d’attinage et les opérations d’échouage et de calage : « Dans ce métier, ce qui est bien, c'est la diversité des tâches. C'est tellement singulier qu’il faut le vivre pour savoir vraiment. C'est beaucoup plus varié que ce à quoi je m'attendais, et même plus intéressant que la simple idée qu'on peut s'en faire. » Artisanat portuaire.
Les formes 1 et 2 ont été construites sous Napoléon III. Le terme d’accoreur n’existait pas mais en tout cas, on échouait déjà les bateaux et si je ne m’abuse, les Égyptiens avaient déjà des techniques pour échouer leurs bateaux. K : En quoi consiste le travail d’accoreur ? Notre travail, la finalité, c’est d’échouer les bateaux : quand on les met en cale sèche, quand on les pose. Y’a différentes étapes (...)
Jean-Baptiste Rolland, 25 ans, est gérant du Nautic Pro-Shop, ouvert quai de la Lave depuis 1993 : « Le shipchandler, c'est d'offrir tout un panel d'activités et d'accessoires pour les bateaux à moteur ou à voile. Donc la vente et la réparation de bateaux à moteur, la vente de moteur et la partie accastillage en faisant tous les accessoires pour les bateaux. On ne vend pas de voilier, par contre on a tous les accessoires pour les voiliers. » Manilles, cordages, sextans et vent en poupe.
Koinai : Votre activité s’inscrit-elle dans une tradition familiale ? Oh ! non, ce n’est pas une tradition familiale, les Établissements Robert appartenaient au nom Robert. Moi, je suis tombé là-dedans de par la voile. Mes parents, eux, ont des métiers tout autres que l’accastillage et tout ce qui est lié au nautisme. Moi, je suis arrivé là vraiment par ma passion. C’est une passion pour la mer, tout (...)
Eric Jean, 44 ans, exerce dans son agence d’architecture navale rue Fourmiguier, aux abords du Vieux Port : « En 84, j'ai commencé sur ma planche à dessin mais, depuis, tout se fait par informatique, hein : on a des logiciels spécifiques au niveau dessin de carène, conception en 3D ou 2D et puis des logiciels de calcul de structure. » De l’esquisse à la construction, le travail de conception du bateau : mise à l’eau.
Koinai : Quel genre de bateau concevez-vous ? Alors, j’ai plusieurs cordes à mon arc : ma passion au départ, c’était le bateau de plaisance, le voilier. Quand on a commencé en 84, on a fait beaucoup de multicoques, c’était le début donc y’avait pas d’architectes vraiment spécialisés là-dedans, le marché était assez ouvert. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de travailler avec des chantiers qui faisaient aussi (...)
Aujourd’hui, Panzani demeure la seule grande entreprise du genre à Marseille et en France. L’usine, implantée à La Valentine, n’est pas visitable, pour cause de plan Vigipirate. De même pour la semoulerie de Bellevue. Des pâtes, on en consomme depuis des siècles dans la région, mais la production était artisanale. L’industrialisation concerne d’abord la transformation du blé dur en semoule, vers 1850. (...)
Nous avons visité quelques ateliers et autres boutiques de santonniers à Marseille. La liste est loin d'être exhaustive, certes, mais elle vous donnera néanmoins une petite idée de l'art et la manière de créer ces figurines si spécifiquement provençales et qui n'en connaissent pas moins un succès croissant par-delà les frontières.
Les santons Arterra Cette boutique artisanale existe depuis neuf ans. Elle emploie quinze personnes. Onze travaillent en atelier et quatre en magasin. L’accueil y est très chaleureux. Pour assister à la fabrication des santons, il faut prendre rendez-vous par téléphone quelques jours à l’avance, en précisant que vous voulez visiter l’atelier. La visite dure alors environ un quart d’heure. Les (...)
Bien que la Savonnerie de la Licorne n'ait pas été conçue pour recevoir des visiteurs, c'est avec beaucoup de générosité qu'elle vous ouvre ses portes...
Cette savonnerie artisanale est de taille réduite. Ce sont la ville de Marseille et l’Office de tourisme qui ont convaincu les propriétaires d’organiser une visite. Bien qu’il s’agisse de machines centenaires, la visite ne comporte pas de risques grâce à quelques aménagements (moteurs grillagés ou protections en bois). La visite s’effectue en trois parties : la boutique, la savonnerie et le musée de (...)
Une partie de l'histoire hors du commun pour la ville de Marseille commence à l'aube du XIXème siècle et s'éteint à l'heure sombre de la Seconde Guerre Mondiale. Elle se nomme "La Période dorée".
À la veille de la Seconde Révolution Industrielle, Napoléon III comprend l’importance de développer la cité phocéenne, dont la position face à un continent que l’on a commencé à coloniser est stratégique. En témoigne l’arrivée massive d’entrepreneurs dans la ville portuaire pour réaliser des économies de transport. Avec la construction de la ligne chemin de fer entre Paris et Marseille en 1848, le trafic (...)
Produit emblématique de la ville de Marseille et de son histoire industrielle, le savon connaît actuellement un regain d'intérêt. Besoin d'authenticité ou effet de mode... Cinq ans après s'être lancé dans cette activité, le couple Brunat n'a pas le temps de se poser la question. Leur savonnerie, la Licorne, ne cesse d'augmenter ses ventes et de s'ouvrir de nouveaux marchés.
"Mon mari pensait déjà à l’export. Moi, je trouvais cette idée idiote, lance Laurence Brunat tout sourire. Avec un père et un grand-père qui étaient du sérail, son conjoint Serge Brunat sortait d’un moule à savon. Lui-même commercial dans les huiles, il n’a pas eu de mal, en 1999, à convaincre sa femme de se lancer dans l’aventure. "Il m’a fait écumé toute la région PACA avec ma mallette, révèle la jeune (...)