La revue du témoignage urbain
#TITRE

La république en chantier

" Si le pluriel s’impose s’agissant des destins de la rue de la République à Marseille, c’est d’abord en songeant aux deux grandes transformations urbaines qui bornent l’histoire de la rue : son percement initial sous le second empire à travers la ville médiévale pour relier ancien et nouveau ports, et son inscription aujourd’hui dans le périmètre de l’opération d’aménagement Euroméditerranée qui accompagne la mutation de l’activité économique, au cœur des nouvelles ambitions de la métropole méridionale. Cette longue rue hausmannienne aux façades rectilignes intrigue également par son peuplement manifestement populaire, décalé par rapport à un bâti monumental d’allure bourgeoise, par ses 2000 logements homogènes avec un bailleur unique sur plus d’un siècle, qui en font une sorte de grand ensemble en centre-ville. Dès lors, parler au pluriel des destins de cette rue s’impose aussi pour rendre compte des trajectoires des individus qui s’y succèdent, que ce soit au titre de résidents, de travailleurs ou de chalands." À la suite des auteurs de Marseille, entre ville et ports*, la Rédaction s’est penchée, micro en avant, sur les destins de ces individus.

*Marseille, entre ville et ports, sous la direction de Pierre Fournier et Sylvie Mazzella, coll. "Recherches", Editions la Découverte, Paris 2004.


Paroles de commerçants

Palace en terrasse

Au n°35

Palace en terrasse
« Je connais le patron du bar : il est corse. Les Corses c'est les patrons. La patronne elle a eu le bail longtemps en arrière : elle est partie, elle est revenue… ça fait quarante ans qu'elle est dans le quartier. Avant c'était le père, c'était le fils : c'était jamais abandonné. On est tous napoléoniens ici. Mon nom c'est "Loca", c'est un nom de là-bas _ C'est ma mère qu'est corse. Je suis arrivé à peu près… C'est ça : au début des travaux. Ça fait deux ans qu'y a des travaux, c'est pour ça qu'on est emmerdés… Il paraît que y a des Anglais qui font partie de l'association Eurazéo… » Jean-Claude Loca, maître du Paris Palace du lundi au vendredi.

Paroles de commerçants

"On est des pauvres commerçants"

Au n° 26

On est des pauvres commerçants
« Chez moi, c'est du prêt à porter féminin classique, environ trente ans jusqu'à cinquante-soixante ans. J'attends les clients, quand on a un commerce c'est que les clients qui comptent ! On peut avoir de l'or, des diamants, si y a personne qui passe, ça sert à rien. De toutes façons cette rue elle était toujours en déficit au départ. C'est pas une rue commerçante. On gagnait notre vie pour pas se plaindre, sans plus. On pouvait payer. Mais avec ces travaux c'est la folie quoi ! » Eliahou Assouline, patron d'Angie boutique depuis bientôt dix ans.

Paroles de commerçants

"S’adapter à la circulation, tout est là"

Au n°3

S'adapter à la circulation, tout est là
« Moi, c'est Maurice Alcalay. Je ne suis pas de Marseille. Moi je suis né à Clermond-Ferrand, je suis auvergnat de nature. Je me suis installé rue de la République en 1963. C'est mon père, Daniel Alcalay, qui a financé l'affaire. - Qu'est-ce que je compte faire ? Mais continuer nos activités. Mon fils, Éric Alcalay a pris ma succession. Il est PDG, c'est l'associé principal et moi je suis un actionnaire. Je suis son père qui va passer la main, si vous voulez. »

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    Paroles de commerçants

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