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La revue du témoignage urbain

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Le tramway autrefois

Wattman

À la RTM depuis trente-huit ans, Daniel Areagano fait partie des derniers chauffeurs de l’ancien tram. À deux mois de la retraite, il revient sur son parcours. Huit kilomètres aller-retour.


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Koinai : Quel est votre itinéraire professionnel ?
Je suis rentré le 20 février 68 à la RATVM, la "Régie Autonome des Transports de la Ville de Marseille", au dépôt Saint-Pierre, à l’âge de vingt ans et demi, en qualité de receveur. Le receveur, c’est celui qui vend les billets, des tout petits tickets très fins. On avait une petite boîte, on mettait les tickets à l’intérieur et on oblitérait, parce que les gens dans les bus, à l’époque, passaient par la porte arrière et circulaient par l’avant. À cette époque-là, le tramway Saint-Pierre appartenait au dépôt Saint-Pierre.

Au début, quand je suis entré, je faisais le receveur sur toutes les lignes de bus qui appartiennent au dépôt Saint-Pierre et de temps en temps, on nous envoyait dans les autres dépôts : Catalans, Capelette, Chartreux. Après, comme j’habitais à côté du dépôt, j’ai demandé à faire que le tram. Les nouvelles rames sont arrivées en 1969. On devait faire le wattman - c’est l’appellation du conducteur de tramway - et le receveur. Un an après, ça a été modifié, on n’a plus fait que le wattman. J’ai conduit le tramway à partir 1970, donc avec une interruption quand je suis parti faire agent de station au métro de 81 à 86. En 86, j’ai passé le nouveau permis tramway, étant donné qu’il y a eu des modifications sur le poste de conduite.

K : Combien de temps durait le parcours du tramway ?
Quatre kilomètres aller et quatre kilomètres retour et il durait entre 15 et 18 minutes aller, 18 minutes retour. On avait pas trop le temps, arrivés ici, de faire la bazarette.

K : Y avait-il plusieurs lignes de tramway ?
À l’époque, je me rappelle plus. Le premier tramway à Marseille a été mis en place, je pense, aux alentours de 1900 ! Mais je sais que quand je suis rentré, moi, il y avait des trolleybus et des bus. Ce que je peux vous dire, c’est que le tunnel Noailles, c’est un site classé, et que l’arrivée du métro, il vont la faire à l’ancien terminus du tramway, là où il y a le musée qui va être démoli. Il y avait d’anciens wagons à Noailles, mais ils vont les enlever parce qu’ils vont tout casser pour refaire une nouvelle gare et les wagons, on les a envoyés, je pense, pour le désamiantage et pour les recycler ou pour ceux qui les achètent, pour les musées. Parce qu’ici, quand on a fermé, il y avait une vingtaine de tramways qui ont été mangés par un genre de pelleteuse exprès et il y en a un qui est parti en Angleterre pour le musée. Je ne sais pas comment s’appelle le musée mais je sais que c’est parti.

K : Quel était le prix du ticket ?
Je me rappelle plus. Vous vous rendez compte, vous me parlez trente-huit ans en arrière, je me rappelle plus ! Je ne sais pas, 10 ou 30 centimes.

K : Combien d’heures travailliez-vous par jour ?
Moyenne générale : 6 heures 36 jusqu’à 7 heures 17, 7 heures 20.

K : Comment est-on passé de la RATVM à la RTM ?
En 77, quand le métro a été créé, ils ont commencé à rénover tout le tramway. La ligne était ouverte depuis plus de trente ans, c’est un tramway qui venait de Belgique et je crois qu’on avait beaucoup de mal à trouver les pièces de rechange et puis il fallait sortir un petit peu de ce vieux tramway et faire quelque chose de beau. En 84, il y a eu l’inauguration du nouveau tramway et la fermeture de l’ancien... Le 9 janvier 1984. Ce jour-là, on nous a présenté la maquette du futur tramway qui sera là en 2007. C’est à l’occasion de la nouvelle refonte du tramway qu’on a changé de sigle, c’est devenu : "La Régie des Transports Marseillais“, mais c’est toujours pareil, c’est la même chose, d’ailleurs c’était le personnel du métro qui venait faire le tramway, passer le permis. On a gardé quelques anciens qui venaient du dépôt Saint-Pierre, après ils sont partis à la retraite. Moi je faisais partie des derniers. J’avais le choix : ou je restais au dépôt Saint-Pierre en qualité de chauffeur de bus sur le 68 ou alors j’allais au métro. Et je suis parti sur le métro ligne 2. On est tous partis au métro.

K : Qui conduira le nouveau tramway ?
Les gars qui étaient au tramway et qui sont plus jeunes que moi, ils auront droit à présenter le concours pour aller au nouveau tramway ; le stage de formation débutera probablement à la fin de l’année. Parce qu’ils ont prévu le roulage à blanc du nouveau tramway aux alentours d’octobre-novembre-décembre. Étant donné que l’on va passer à une entreprise à moitié privée qui s’appelle la "Conex", c’est eux qui vont nous tenir. Pour le moment on sait pas comment ça va marcher, encore. Y’a pas encore des appels à candidature, ça va venir.

K : Pensez-vous que le nouveau tram est nécessaire ?
Oui. J’espère qu’ils ne nous le casseront pas, qu’ils ne nous le rayeront pas, mais je pense que ce sera beau : c’est un truc d’avenir, c’est un outil qu’ils n’auraient jamais dû lever. C’est une bonne chose, pourvu qu’il ne soit pas tagué, rayé.

K : Savez-vous si une ligne de tramway passait rue de la République ?
Non. S’il y en avait, c’était très loin, je sais pas, je devais être gosse. Mais celle-là, la ligne 2, elle va passer en 2007. Elle va partir de la gare la Blancarde et elle va passer par Maréchal Foch, descendre la Canebière et monter la rue de la République pour aller jusqu’au terminus Gantès. Ils en ont fait deux, pour le moment. La troisième ligne viendra après, je pense, en 2011-2012. Au départ, il devait y en avoir trois : la ligne 1 c’est les Caillols / Noailles ; la ligne 2, c’était la Blancarde / 4 septembre ; la ligne 3, c’était Castellane / Gantès.

K : Les anciens transports en commun étaient-ils plus conviviaux ?
Les tramways, oui. Mais c’était l’époque. Les gens, ils s’arrêtaient, ils jouaient aux boules au milieu de la rue. C’était il y a longtemps, je n’ai pas connu ça, moi. C’était plus famille ; il y avait beaucoup de banlieues ; on partait en tramway sur les banlieues ; c’était pas pareil... Là, maintenant, ça devient pas comme Paris mais on stresse un peu. C’est... d’un point à un autre et on calcule plus personne. Pas comme à Paris, encore, mais on se bouscule un peu pour aller travailler, quoi. Par contre, ici, on avait une bonne mentalité, sur le 68, c’était beaucoup plus villageois, même quand on a fini, puisque c’était en plein air, les gens, ils pouvaient quand même parler avec nous, on les attendait, c’était différent, ici. Alors que sur un bus, vous pouvez pas le retrouver, même au métro, on peut pas attendre tout le monde, c’est impossible, il faut appuyer sur le bouton et partir. On a un temps limité pour faire le parcours et si on traîne, on met à la bourre tout le monde.

K : Que penseriez-vous d’un retour des receveurs dans les bus et tramways ?
Faut pas rêver. Quand je suis arrivé, on était 5000, il y avait le receveur de partout. il y avait beaucoup moins de fraudes, il y avait une autre clientèle, c’était différent. Avant, il n’y avait pas trop d’agressions. Maintenant je pense que c’est la clientèle qui a évolué : le chômage, les gens désœuvrés... Maintenant personne n’est parfait, il y a peut-être des conducteurs qui ont une façon de faire... Mais moi, j’ai fait les bus de nuit pendant quinze ans, je faisais les quartiers nord et je n’ai jamais été agressé, mais c’était limite. Et pourtant, j’embêtais personne. Voilà, c’est tout. Parce qu’il y a quand même des gens qu’il faut qu’ils embêtent le monde, même que vous embêtez pas vous-même. C’est comme ça, c’est naturel, il faut s’occuper, dans la vie. Ça fait trente-huit ans que j’y suis et je crache pas sur la soupe. Heureux d’y être, parce que quand on a pas de diplôme... C’est avec ça que j’ai élevé mes gosses.

Propos recueillis le 01/03/06 par Fanny Saisset et Jean-Joseph Castello ; rewriting Patricia Rouillard.

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