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Paroles de commerçants

Les gens rentrent avec les chaussures et tout...

Au n°36

Monique Jean occupe depuis cinq années le poste de responsable-adjointe, dans une supérette sise rue de la République. Depuis plus d’un an, les baraquements du grand chantier, montés sur trois niveaux, obstruent la vue. Elle fait part des changements qui ont atteint son activité depuis le démarrage du forage pour la construction du parking souterrain.


Mme Schlecker
 Mme Schlecker

Koinai : La rue de la République, vous la connaissez ?
Je suis née rue Sainte Barbe, il y a cinquante et un ans. J’ai grandi dans le quartier. J’habite juste derrière, à la rue Colbert. Je suis fidèle en tout, moi. Avant de rentrer ici comme employée, j’étais cliente.

K : Connaissez-vous la clientèle ?
Oui, « Bonjour, bonsoir ». La majorité ce sont des gens du quartier ou qui viennent d’un peu plus loin, comme la dame de la pharmacie de la Joliette qui vient et qui me fait des gros achats. Elle ne peut plus se garer, elle est avec un caddie, c’est vraiment embêtant.

K : Avez-vous noté un changement depuis les travaux ?
Le gros changement, c’est la baisse de clients. On a fait cinquante pour cent du chiffre d’affaire en moins. Ça fait deux ans que ça dure. Les gens du chantier viennent chercher des bouteilles d’eau, tout ça, mais bon, c’est pas avec eux qu’on fait le chiffre. Je veux dire : c’est pas ça... Tous les gens qui ont quitté le quartier, je ne les ai plus.

K : Et justement, les gens du quartier ont-ils beaucoup changé ?
Beaucoup de personnes sont parties d’elles-mêmes. Elles ont quitté Marseille et tout, par rapport à l’insécurité. On se fait agresser, c’est devenu un vrai coupe-gorge en plus. Le quartier est plus dangereux : les gars, les petits jeunes rentrent à quatre ou cinq, il faut surveiller. C’est vite fait, les gens font ça, c’est très très rapide. Avant ça ne se faisait pas ! C’est devenu malsain. Je veux dire : vous passez, vous vous faites arracher le sac, là, juste devant. Moi, j’ai été braquée. Je me suis remise en caisse de suite. Ça va, je suis assez courageuse .

K : Est-ce que les clients se plaignent ?
Oui, les clients me disent qu’ils ne peuvent pas venir justement à cause des travaux. Ils ne peuvent pas se déplacer. Ils se languissent aussi que ça s’arrête ; ils ne peuvent plus se garer, ni traverser, voilà !

K : Depuis quand cette activité vous touche-t-elle ?
Quand ils ont commencé à nous dresser les barres qui sont là devant. Après, ils nous ont dressé les bungalows, puis ils nous ont mis les machines, le bruit et tout. Les gens ne peuvent plus se garer. Ceux d’un certain âge traversaient la rue, c’était pratique ; ils n’ont pas le temps de faire le tour.

K : Avez-vous vécu des désagréments ?
Vous voulez voir la poussière ? C’est affreux, ça vient jusqu’au fond du magasin. Les gens rentrent avec les chaussures et tout... C’est propre parce qu’on passe des coups tous les jours, on nettoie deux fois plus qu’avant, et on est obligé : on a des contrôles sans arrêt, on a des supérieurs ! Vous allez pas acheter un produit qui est plein de poussière ? Moi, je suis très fatiguée. Mais bon, j’aime ce que je fais. Je suis récompensée par les clients.

K : Allez-vous être dédommagés ?
Ça, je ne sais pas, ça ne me concerne pas, ça, c’est le siège. Moi, je m’occupe de tout ce qui est magasin, ventes, commandes, caisses, mais pas de tout de ce qui est au-dessus.

K : Quand les travaux finiront-ils ?
Ils sont venus nous voir dans le magasin, il y avait une secrétaire de direction qui m’a dit que normalement, les travaux allaient se terminer début novembre. C’est pas fait : on est début décembre, ils devaient tout nous enlever, les bungalows... Ils ont évacué les buildings, effectivement. Ils sont en face et ils sont en train d’enlever la pelleteuse et tout ce qui est devant.

K : Que construit-on ?
Je sais qu’il va y avoir un parking, l’entrée sera un peu plus haut. Il y aura aussi le tramway. Maintenant, le reste, je vous dis, j’ai tellement à faire dans le magasin que je me préoccupe très peu de ce qui se passe dehors.

K : Que pensez-vous de ces travaux ?
Ben, si c’est dans le bon sens... Là, ils sont en train de le réhabiliter, ça sera joli, quoi ! Moi, je l’ai connu beau, le quartier. J’étais gamine. Avant, il n’y avait pas les façades blanches comme maintenant mais c’était animé et convivial. Puis, je l’ai vu... autre que décliner ! Je pense que là, bon, il va être bien réalisé. Ça va être tout beau, quoi !

K : Qu’est ce que vous aimeriez comme aménagements ?
Peut-être, ils pourraient nous mettre quelques arbres. Non, honnêtement je ne sais pas si c’est prévu. J’ai vu les maquettes, mais ils mettent toujours un peu de verdure pour égayer. Maintenant, on verra le résultat. J’espère que je le verrai, il n’ y a pas de raison.

Propos recueillis le 28 novembre 2005 par Patricia Rouillard.

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