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La tête de l'emploi

Port des sabots interdit

« J’ai eu une maîtrise de biochimie-biologie cellulaire. Puis j’ai passé le concours instit, et suite à ça, j’ai passé le concours interne Professeur des Ecoles. J’exerce depuis 1993 auprès des enfants de six à douze ans. J’aime me poster devant la porte d’entrée, le matin. On les voit tous arriver ; on a toute la mode qui défile à l’école. » Sandra Debû, 41 ans, directrice de l’école primaire François Moisson à Marseille depuis six ans. Chapeau pointu.


Port des sabots interdit
 Port des sabots interdit

Koinai : Existe-t-il des codes vestimentaires propres à la profession ?
Je ne me suis jamais fait la remarque et je n’ai pas vraiment l’impression. On est douze, treize avec moi, puisque j’ai une demi décharge. Il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes dans ce métier... On ne verra pas beaucoup d’enseignants en tailleur, que ce soit fille ou homme car, parmi les disciplines, il y a le sport ; c’est assez régulier dans la semaine. Donc il faut des tenues adéquates avec ce qu’on va faire, avec l’art plastique et cætera. Donc, on n’a pas vraiment de possibilité. Et puis, on ne va pas rester en talons aiguilles, monter, descendre les escaliers, courir après les gosses dans la cour... On est correct, pour moi c’est fondamental. Mais, il faut quand même qu’on soit à l’aise.

K : Pouvez-vous décrire votre tenue vestimentaire ?
Je porte des mules, avec un pantashort, un tee-shirt et un gilet.

K : Et quels textiles préférez-vous ?
Il y a une différence entre ce que j’aime et ce que je peux acheter. Je mets surtout du coton, parce que c’est très confortable. J’achète plutôt des tissus, des textiles que je peux entretenir moi-même.

K : Quel est votre budget ?
Il est variable. Je ne vais pas souvent faire les magasins ; je n’aime pas ça et je n’ai pas le temps. Donc si quelque chose me plaît, je l’achète. C’est selon l’envie, selon les occasions.

K : Quel temps consacrez-vous chaque matin pour vous habiller ?
C’est variable. Mais ce n’est jamais très long car je prépare la veille. Je suis très indécise et il m’arrive d’essayer trois choses avant de décider de ce que je vais mettre... Je préfère passer ce temps-là le soir.

K : Regrettez-vous la blouse ?
Non, pas du tout. Je ne l’ai pas connue en tant qu’enseignante, mais en tant qu’élève, oui, quand j’étais gamine. Et je suis allée en Irlande pendant les vacances, et c’est vrai que ça fait un drôle d’effet de voir tous ces gamins habillés de la même façon. Je crois que ce n’est pas négatif d’avoir une tenue uniforme, effectivement, car ça permet d’éviter les comparaisons sur le plan social entre les familles. Ça, c’est positif. Maintenant, il faut savoir quel est le coût de la tenue. Nous sommes en ZEP (ndlr Zones d’Education Prioritaires), avec énormément de familles nouvellement arrivées, non francophones, avec beaucoup de familles sans papiers qui sont en squat. On a beaucoup de difficultés à ce niveau-là, beaucoup de demandes d’asile territorial et d’asile politique, et ces familles-là n’ont pas les moyens d’investir dans une tenue.

K : L’autorité a-t-elle une apparence ?
J’ai un frère qui est cadre supérieur dans une grosse boîte. C’est un gros gros poste. Il s’habille très bien. Et je pense que ça passe. C’est très agréable de voir quelqu’un de bien habillé. En tout cas, moi j’apprécie personnellement. Je pense que ça pose quelqu’un, oui. Ça lui donne un statut. Les élèves sont très critiques par rapport à ce qu’on peut porter. Ils vont vous dire le matin si vous êtes belle, si on a ceci, cela, si on a changé la couleur des lunettes. Quand j’ai mis les bagues à mes dents, ah, tout de suite ça a été une tonne de questions ! Donc on s’en est débarrassé. Oui, ils sont très à l’affût de tous les changements. Sur le plan vestimentaire aussi, ils regardent tout.

K : Que pensez-vous de l’apparence vestimentaire de vos élèves ?
C’est très varié. Ça va des gamins qui ont tous les jours une tenue différente à ceux qui ont des vêtements qu’ils ont porté depuis trois, quatre jours, qui sont déjà un peu sales, à ceux qui portent un pyjama en dessous parce que les parents ne s’en occupent pas trop. Donc, c’est très varié.

K : Votre règlement interdit-il aux élèves le port de certaines choses ?
Oui, le port de sabots ; toutes chaussures qui ne tiennent pas aux talons, pour éviter les entorses. Le port de lunettes de soleil pour éviter les bris dans la cours de récréation. Les lunettes de vue, on leur demande de les laisser sur le bureau, dans la classe. Parce que... ça bouge, hein ! Ils ne portent pas de chapeau ou de casquette en classe ; à l’extérieur s’ils le veulent. On leur conseille aussi de ne pas porter de bijoux pendant le sport... Bon... de toute façon les chaussures et les lunettes de soleil sont instituées. De même on dit que s’ils perdent leurs bijoux ou autres objets décoratifs, tant pis pour eux, quoi ! C’est de leur responsabilité. Et ça arrive assez souvent qu’ils en perdent. On a été obligé d’en parler au conseil d’école et ça a été voté. Et quand c’est voté, c’est voté. Une fois en début d’année quand le règlement intérieur est voté par le conseil de l’école, je revois le règlement avec eux, mais on a déjà un règlement de classe qui est établi.

K : Existe-t-il aussi un règlement vestimentaire pour les instituteurs ?
Non, jamais entendu parler. Mais je sais que de temps en temps... L’an dernier un inspecteur avait fait une remarque à une enseignante qui était en stage, alors qu’elle était habillée pour plus de 1000 balles sur elle, quoi ! Il n’avait peut-être pas compris son style. Et je sais qu’à la réunion d’entrée pour les nouveaux arrivants, il a parlé aussi d’une tenue vestimentaire correcte. Ça paraît logique ! Je ne sais pas si on a besoin de le préciser, quoi ! On prend peut-être les gens pour des enfants...

K : Les familles recourent-elle à l’aide vestimentaire ?
Pour l’aide, moi j’apporte beaucoup d’habits à l’école, pour les gamins. C’est venu comme ça. De toute façon, on sait à qui donner les vêtements. On fait ça de manière assez discrète pour éviter de mettre les familles mal à l’aise. Je n’en ai pas parlé. Donc, ça se fait... Les familles font ça directement. Là, j’ai encore trois sacs dans la voiture de vêtements que je récupère à droite à gauche. Je sais que ce sera toujours utile. Moi, je le fais comme ça. Pas que des vêtements, d’ailleurs. Là nous avons des familles du squat de la Maison de l’Étranger - Vous en avez entendu parler ? - donc on amène des édredons, des serviettes...

K : Diriez-vous que l’habit fait le moine ?
Pour certaines personnes oui, pour d’autre pas. Pour certains, on peut se rendre compte de leur caractère par rapport à ça, pour d’autres, absolument pas, parce que ça ne fait pas du tout partie de leurs prérogatives ; ils s’habillent comme ils veulent. Non, je ne peux pas répondre par oui ou non brutalement.

K : Quels vêtements aimez-vous porter en dehors du travail ?
Comme j’aime beaucoup aller à la piscine, j’aime beaucoup être en maillot. Sinon à la mer. Sinon, quand je sors, je m’habille un peu plus jolie, quoi ! J’aime bien les chaussures.

Propos recueillis le 04/05/06 par Christophe Péridier ; rédaction : Patricia Rouillard.

2 Messages

  • Port des sabots interdit 10 juillet 2006 12:03

    On ne peut plus dire "l’habit" fait ou ne fait pas le moine.
    Société de conso oblige, hélas, donc tout est "money" oblige. Dji.Thomas

    • Port des sabots interdit 3 octobre 2012 10:21

      Le design du site web et franchement sympatique`. Vous l’avez developper seul ou par une agence web ?

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