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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

Une liberté au-delà des frontières

Rencontre avec Zéliana, une jeune femme croate de trente ans, installée en France depuis deux ans. Elle a bien voulu dépasser sa timidité et défendre en français l’idée selon laquelle les hommes et les femmes ont les mêmes aspirations. Zéliana n’a pas de freins dans sa réflexion sur les gens. Elle considère que la femme a les mêmes droits et besoins fondamentaux que l’homme et qu’il est temps que les mentalités évoluent dans ce sens. Avec elle, nous pouvons tous espérer que nos enfants hériteront d’une civilisation plus engagée en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.


Koinai : Viviez-vous en ville ou dans un village, avant de venir en France ?
J’ai vécu à Split, une ville au bord de la mer Méditerranée. L’atmosphère dans laquelle je vivais, je l’ai un peu retrouvée ici, à Marseille. Là-bas, la vie se déroule plutôt dehors, dans les cafés, etc. Les gens communiquent beaucoup, se croisent, sont assez ouverts. Je faisais des études de droit. Je suis venue en France parce que j’ai rejoint mon copain, que j’ai rencontré au Club Med en Croatie. On a travaillé là-bas pendant quelque temps tous les deux. Puis, durant deux ans, il venait me rendre visite tous les mois parce qu’il était prof et avait beaucoup de vacances. Après ces deux ans, nous avons décidé de nous installer en France et de vivre ensemble. Quand je suis arrivée ici, la première année, je me suis inscrite dans un institut à Aix-en-Provence, pour les étudiants étrangers qui souhaitent apprendre le français. La deuxième année, j’ai fait un troisième cycle en droit, jusqu’à la spécialisation qui s’est terminée en octobre. Depuis quelques semaines, j’ai un emploi provisoire, en attendant de trouver mieux.

K : Aujourd’hui, vous sentez vous plutôt Croate, Française ou Européenne ?
Je ne sais pas. Quand j’étais en Croatie, je ne me sentais pas spécialement Croate. En fait, je n’avais pas spécialement pensé à ça. C’est quand j’ai quitté mon pays que j’ai commencé à sentir ce lien avec ma nationalité. Est-ce que je me sentirai comme ça dans dix ans ? Je ne sais pas. Peut-être que je me sentirai plus Française mais pour l’instant, j’ai encore du mal à me séparer de mon pays... J’en suis encore un petit peu nostalgique.

K : Préférez-vous l’ambiance croate ou l’ambiance marseillaise ?
Il me semble que les gens sont plus ou moins pareils, et que ça dépend de la personne, et de soi-même. Je me sens plus détendue en Croatie, car là-bas, je suis chez moi. Cela ne fait que deux ans que je vis en France. J’ai vécu trente ans à Split, j’y ai également fait mes études. Aujourd’hui, c’est la première fois que je suis séparée de ma famille et de mes amies.

K : Sur aucun plan ? Professionnellement, socialement, dans les rapports de couple ?
Au niveau du couple, par rapport à mes ex-copains, il n’y a pas de différence. Au niveau du travail, j’ai fait un stage dans un cabinet d’avocat et deux autres stages très courts, donc je n’ai pas beaucoup d’expérience. Pour l’instant, il me semble que c’est pareil. En général, ce sont les femmes qui assurent les tâches domestiques. Les comportements n’ont pas beaucoup changé.

K : L’éducation que vous ont donnée vos parents vous satisfait-elle ?
Oui, mon éducation m’a ouvert l’esprit. Elle m’a permis d’avoir plus de liberté, aussi bien psychologique que matérielle. Une bonne formation permet également de trouver un travail plus facilement et d’avoir, après, un plus gros salaire, donc plus d’indépendance.

K : Quelles sont vos ambitions en tant que femme et souhaitez-vous avoir des enfants ?
Mes ambitions ne sont pas différentes de celles de mon copain. Quant aux enfants, pour l’instant, je n’en ai pas, mais je pense que j’en aurai un jour. Aujourd’hui, avoir des enfants n’est pas la condition "sine qua none" pour se sentir femme. Non, il faut arrêter avec cette opinion que le rôle de la femme est d’avoir des enfants. La civilisation est aujourd’hui assez développée pour que les rôles primaires qui existaient pendant la préhistoire aient changé. Mon ami voit les choses de la même manière, c’est pour ça que je suis avec lui (rires). Mais je trouve qu’il n’est pas très représentatif des autres hommes. Quand je dis "Il n’est pas représentatif", je ne pensais pas qu’à la France mais aussi à la Croatie. Partout, les mentalités sont restées traditionnelles. Par exemple, le rôle de la femme est d’avoir des enfants. J’ai noté aussi que les hommes n’étaient pas très favorables à l’homosexualité.

K : À ce sujet, quelle est votre position sur l’homosexualité ?
Je suis tout à fait pour. D’ailleurs, l’homosexualité existe depuis toujours et il faut l’accepter.

K : Actuellement, comment se passent vos démarches professionnelles ?
Je cherche du travail dans le domaine du droit. J’en suis vraiment au début : j’ai envoyé des CV il y a deux jours. Pour l’instant, je travaille à mi-temps dans un bureau d’avocat, comme secrétaire, mais c’est en attendant de trouver mieux.

K : Une étude sociologique a mis en parallèle le comportement des hommes et des femmes face à l’angoisse. Elle affirme que dans cette situation, les femmes auraient tendance à pleurer et les hommes, à se mettre en colère. Qu’en pensez-vous ?
Que la femme pleure plus facilement, je pense que c’est vrai. Mais je ne sais pas pourquoi. C’est peut-être une différence biologique ou sociologique. Il me semble que les femmes analysent plus et qu’elles montrent plus leurs sentiments. Mais, parfois, les femmes compliquent trop les choses. Elles voient les problèmes où ils ne sont pas, alors qu’il faudrait regarder les choses de manière plus simple.

K : Comment jugez-vous les femmes qui acceptent de se soumettre à leur compagnon ?
Sincèrement je ne les juge pas, mais je ne peux pas m’empêcher de déplorer ce comportement.

K : Quand vous aurez des enfants, quelles seront les valeurs que vous tiendrez à leur transmettre ?
Si c’est une fille, j’essaierai de lui faire comprendre que la femme est l’égale de l’homme, pour qu’elle ne devienne pas soumise (rires) ; je ferai pareil si c’est un garçon.

K : Avez-vous parlé de l’éducation de vos futurs enfants avec votre copain ?
Nous n’avons pas spécialement parlé d’éducation. Nous n’envisageons pas tout de suite d’avoir des enfants mais je pense que nous serons d’accord.

K : André Malraux a dit : "Un couple réussi est une œuvre d’art et il n’y en a que cinq par siècle." En faites-vous partie ?
(Rires). Je ne sais pas, ce n’est pas exagéré ? Je ne pense pas que nous soyons vraiment une œuvre d’art.

K : Vous disiez à l’instant qu’une femme pouvait être heureuse sans avoir d’enfant. Une femme peut-elle être heureuse sans avoir de vie de couple ?
Je voudrais penser que oui, mais je connais des femmes qui sont seules et qui ne sont pas tout à fait heureuses de ce fait.

K : Une femme peut-elle être heureuse sans activité professionnelle ?
Là encore, je ne distingue pas les femmes des hommes. Je pense qu’il est mieux pour chacun de nous d’avoir une activité professionnelle. Le travail apporte l’indépendance. L’activité nous éloigne de la maison et nous permet de nous ouvrir l’esprit, de rencontrer des gens, etc.

K : Que pensez-vous de la fidélité et de l’infidélité ?
Est-ce que la fidélité et l’infidélité sont sexuelles ? Je crois que la fidélité ne doit pas être forcément sexuelle.

K : Lorsque vous aurez des enfants, souhaiterez-vous les élever en France ou en Croatie ?
Ce sera selon notre situation du moment, parce que nous envisageons peut-être la possibilité d’aller vivre en Croatie. Si nous restons en France, ils seront élevés ici.

K : Comment voyez-vous les autres femmes ?
Quand je vois les souffrances des femmes à la télé, j’y suis plus sensible que quand je vois un homme.

K : Les "self made women" ne vous font-elles pas peur ?
Non, elles ne me font pas peur du tout. Je sais que les hommes en ont peut-être un peu peur, qu’ils les associent immédiatement aux féministes. Les femmes ne sont pas encore totalement égales aux hommes, c’est peut-être pour ça qu’elles doivent s’exprimer d’une manière un peu plus extrême.

K : Avez-vous des amies avec lesquelles vous ressentez le besoin de vous retrouver pour parler de sujets féminins ?
Je n’en ai pas vraiment besoin, mais c’est vrai que j’aime bien parler de féminité avec les femmes, car je ne peux pas en parler avec les hommes, qui ne sont pas intéressés par ce sujet. Mais j’aime bien aussi discuter avec les hommes. Je crois que l’amitié ne peut exister sans certaines confidences.

K : Pouvez-vous comparer une amitié forte entre deux femmes et une amitié forte entre deux hommes ?
Il y a certainement des différences, mais je pense que la base de l’amitié est toujours pareille entre les êtres humains. La différence est peut-être dans le degré de la confidence.

K : Qu’est-ce qui, dans l’éducation que vous ont donnée vos parents, vous a le plus rendu service et que vous tenez à transmettre à votre tour ?
Mes parents étaient assez libéraux... Ils m’ont toujours laissé la possibilité de choisir, ils n’ont jamais tenté de me faire faire quelque chose que je ne voulais pas, par rapport à l’école, à la langue que je voulais apprendre, au sport, au choix de mes ami(e)s, etc. J’ai toujours eu le choix, donc je pense que c’est cette valeur que je vais essayer de transmettre à mes enfants.

K : Vos parents ont-ils facilement accepté que vous partiez vivre en France ?
Ils l’ont accepté en me disant : "Si tu aimes bien ton copain, s’il est bien, s’il est d’accord." (rires)

K : Quelle est votre vision par rapport à ces femmes qui travaillent et qui élèvent leurs enfants seules ?
Je pense que c’est très difficile pour elles et qu’il faudrait une loi pour changer les choses. En cas de divorce, le tribunal donne toujours la garde des enfants à la mère plutôt qu’au père, surtout si les enfants sont petits.

K : Pensez-vous que le père puisse prendre en charge l’éducation de l’enfant ?
Ça dépend des personnes, de l’âge de l’enfant (parce que s’il est plus grand, on peut lui demander ce qu’il veut), de la situation des parents, de la situation professionnelle, etc. Ça dépend donc de plusieurs éléments, mais je ne pense pas que ce soit forcément nécessaire que l’enfant reste avec la mère.

K : Pensez-vous qu’une femme peut diriger un pays ?
Oui. Les exemples qu’on a eu étaient tous très bons, comme celui de Margaret Thatcher (rires). Je n’acceptais pas sa politique, je ne sais pas si c’était démocratique, mais si on la compare aux hommes, on voit qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait... En Croatie, au cours des élections présidentielles, une femme s’est portée candidate. Il me semble que politiquement, la France est un pays traditionaliste. Par exemple, je sais que les femmes ont eu le droit de voter dans les années cinquante. Dans les ex-pays communistes, les femmes avaient les mêmes droits que les hommes ; elles ont eu le droit de vote bien avant les Françaises.

K : Dans les anciens pays communistes, y avait-il réellement une égalité entre l’homme et la femme à la maison ?
Les femmes pouvaient avoir n’importe quel travail, mais je sais qu’à la maison, il n’y avait pas vraiment d’égalité entre les femmes et les hommes. Je pense même qu’après la deuxième guerre mondiale, on est retourné un petit peu en arrière.

K : Le trafic des femmes en vue de la prostitution était particulièrement important en temps de guerre dans les zones géographiques concernées. Qu’en savez-vous ?
Dans la région où j’habitais, il n’y avait pas de guerre, donc personne dans ma famille n’a été tué. Les prostituées viennent des pays de l’Est, ce sont des pays très pauvres... Je pense à la Roumanie surtout, et à la Bulgarie.

K : Souhaiteriez-vous ajouter quelque chose ?
Il y a encore des choses à combattre en Occident. Ce qu’il faut changer maintenant, c’est la mentalité des hommes, mais aussi celle des femmes. Dans le reste du monde, même si les lois ont changé, les femmes n’ont pas partout le droit de voter. Je pense que ça va changer lentement...

Propos recueillis par Xavier Gostanian, mars 2005

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