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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

Jouer, dit-elle

Dans le regard de l’Homme

Sophie Gence, 50 ans, s’est d’abord sentie femme lorqu’un homme l’a aimée vraiment, comblant ainsi son manque d’assurance et surtout, ensuite, au travers de sa maternité. Côté jardin et côté cour, le rôle tenu sur les planches de la vie d’une qui rêvait d’être sur scène, côté cour, côté jardin.


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 Jouer dit elle - Photo : Josefa Lopez

Koinai : Comment définis-tu ta féminité ?
Je crois que je suis une femme toujours par le plaisir d’un regard sur moi, d’un homme, de la possibilité de… Un peu la coquetterie, le charme, quand on joue de tout ça. C’est toujours par rapport aux hommes que je me sens femme, forcément, et c’est seulement quand un homme m’aime que… C’est comme ça que je vois ma féminité, quoi, lui rendre la féminité quand lui attend ça d’une femme.

K : As-tu une référence féminine ?
Eh ben voilà, c’est là où - pas là où le bas blesse… Ma référence féminine, ça peut être Audrey Hepburn qui était androgyne et le summum de la femme, avec ses faiblesses, ses forces et à côté de ça, c’est une femme qui s’est battue pour que les femmes votent dans un pays développé comme la France ; voilà, c’est plutôt ça.

K : Quelle est ta formation ?
Ma formation, c’était quand même le conservatoire d’art dramatique et ensuite ç’a été sur le tas, dans le sens où j’ai arrêté le métier d’acteur et j’ai travaillé dans les théâtres : j’ai tout fait, jusqu’à être secrétaire générale.

K : Et là, qu’est-ce que tu fais comme travail ?
Eh ben maintenant, j’ai un magasin d’accessoires de mode, d’objets, avec une amie, et c’est surtout le plaisir de découvrir de très beaux objets, des choses plus rares ou plus originales, et d’avoir surtout un vrai rapport avec des clients qu’on connait bien. C’est quelque chose que je fais avec plaisir mais que je pourrais arrêter demain.

K : Pourquoi tu n’es pas restée dans le domaine culturel ?
Parce que c’était pas une passion, et je n’aime pas m’engager complètement parce que je ne me fais pas toujours confiance, et j’ai peur de m’en lasser. Si c’est un poste à responsabilités, je ne peux pas me permettre de dire : " J’y vais " et après, en avoir marre et dire : " Je m’en vais. " J’ai toujours fait plutôt ça et plus jeune, ça va, mais quand tu arrives à un certain âge, y’a des choses que tu comprends, y’a un respect pour les autres.

K : Que t’apporte ton travail ?
D’abord la sociabilité, et puis m’obliger à faire attention à l’image que je peux donner, c’est-à-dire que si j’ai pas le moral, je ne peux pas y aller cheveux sales, fatiguée et les vêtements tachés, évidemment. On est un peu en représentation quand même. C’est pas désagréable, c’est même plutôt agréable. J’y vais toujours joyeuse et contente.

K : Quelle est ta situation familiale ?
Ma situation familiale, c’est séparée. J’ai un garçon de quinze ans et une fille de douze. C’est moi qui élève les enfants - enfin, mon mari aussi, il s’en occupe beaucoup… On a de très bons rapports donc, dès qu’il y a un petit problème on se téléphone. Mais en attendant, je suis quand même seule à être là pour la petite crise, le petit caprice éventuel et voilà, quoi.

K : Comment concilies-tu travail et famille ?
C’est-à-dire que le travail que je fais c’est pas un plein temps et ça, c’était un accord tout de suite avec mon associée parce qu’il était indispensable que je puisse être présente pour les enfants qui sont en âge d’adolescence, il faut une attention.

K : Comment as-tu vécu ta maternité ?
Ma première grossesse, j’étais littéralement folle de joie d’être enceinte. Je pensais déjà - parce que j’ai été enceinte à trente-quatre ans - que je n’aurais pas d’enfant parce que je ne trouverais pas l’homme avec qui j’avais envie d’avoir des enfants. C’est lorsque j’ai rencontré le papa des enfants que j’ai dit : "J’aimerais vraiment qu’ils aient un père comme ça." Alors, je ne me suis pas sentie particulièrement séduisante enceinte, sauf les trois-quatre premiers mois. Y’avait que mon mari qui existait jusqu’à ce que j’accouche mais, du moment où on m’a mis mon fils dans les bras, j’ai pas touché le sol pendant plusieurs mois, de joie vraiment, de bonheur, comme je n’en avais jamais eu et que je n’aurais sûrement plus, ça c’est évident, et j’avais du mal à croire que c’était moi qui étais arrivée à faire ça. En revanche, la seconde grossesse ne s’est pas très bien passée : j’étais pas bien du tout, et physiquement, et moralement, j’avais un peu des idées noires et la césarienne pour ma fille a été très douloureuse. Ça s’est pas passé du tout de la même manière, j’ai mis du temps à accepter et à récupérer ma fille. On m’a dit - avec la grosse culpabilité que j’avais - que ses enfants c’est des inconnus, on les connaît pas, on n’est pas obligée dans la seconde d’aimer. Ça s’est passé pour mon fils, pas pour ma fille, mais maintenant le problème ne se pose plus.

K : La maternité, c’est nécessaire à l’épanouissement ?
En tout cas pour moi, parce qu’il y a des personnes qui sont très précoces, qui arrivent à comprendre des tas de choses et surtout qui ont des vies très remplies, des passions, et caetera. Les enfants ça permet de faire un peu la paix avec soi, de s’oublier un peu et surtout, c’est un tel développement qui se passe devant nos yeux, tout leur apprentissage, ça nous aide à grandir nous-même, ça nous donne de vraies leçons : on éduque les enfants mais eux aussi s’en chargent, vraiment… et ça c’est intéressant.

K : Tu t’es tournée vers quelqu’un quand tu as été mère ?
Du tout, mais du tout ! J’étais dans un cocon avec mon enfant, c’est venu comme si j’avais toujours fait ça, avec naturel, aisance et facilité, et j’étais extrêmement zen, tout s’est passé vraiment de manière très agréable. Mais peut-être que j’étais pas dans mon état normal… Après, je suis redescendue sur terre.

K : Cela a-t-il changé tes relations avec ta mère ?
Oui… La relation avec ma mère a toujours été parfois un peu passionnelle mais ma mère a joué beaucoup sur le chantage affectif et ça m’a déstabilisée longtemps : je voulais faire d’autres choses, j’aurais aimé partir et le chantage affectif a vraiment fait quelques dégâts. Et même si elle n’était pas jeune, papa avait la maladie d’Alzheimer, elle avait déjà eu plein d’enfants, des petits-enfants et elle a complètement craqué sur les miens… La seule chose c’est qu’elle était sûre de faire bien et elle se plantait souvent, mais il n’y a pas de grosses choses que je peux lui reprocher. Maintenant elle est née en 1921, donc c’est quand même la fin du XIXème, hein… Voilà, on s’est toujours très bien entendues, depuis que j’ai mes enfants ça c’est sûr, même si à des moments on s’est accrochées, si elle m’a énervée ou si je l’ai énervée, si parfois j’ai été un peu dure avec elle mais oui, ça nous a bien rapprochées. Maintenant, c’est une vieille dame qui a pratiquement plus de possibilité de marcher longtemps, d’être complètement indépendante, et qui souffre de la vieillesse et qui regrette terriblement sa jeunesse. J’ai de très bons rapports avec elle parce que j’essaye, en tout cas, d’adoucir sa fin de vie. Bon, on n’est pas toujours d’accord, on s’engueule souvent mais comme on peut rire très fort, s’amuser ; comme elle a de l’humour, ça arrange beaucoup de choses.

K : Quelles valeurs t’a-t-elle transmises ?
Alors, en dehors des valeurs d’éducation : être correct, bien élevé on va dire, ça, ce sont des valeurs qui restent mais que j’avais reçues petite. Après, toute mon adolescence et plus tard, je les ai bien envoyées balader, toutes ces valeurs, et puis j’y suis revenue, forcément. La seule chose qui a sauvé la relation que j’ai avec ma mère et la vie qu’on a eue - y’a eu beaucoup de malheurs dans la famille - c’était l’humour et le côté très accueillant de la maison qu’on avait : vraiment une maison avec pleins d’amis, et maman faisait toujours à bouffer pour toutes ces personnes, avec toujours le sourire, toujours joyeuse et on ne peut pas l’oublier, ça, du tout, et je crois que c’est un peu comme ça chez moi.

K : Que souhaites-tu transmettre à tes enfants ?
Ben, déjà, les valeurs d’éducation, plus d’autres… J’aimerais que ce soit des gens bien, et toujours pareil - enfin, ils l’ont, hein - c’est le sens de l’humour, c’est très important parce que si on tourne pas un peu les choses à la dérision parfois, on peut pas être dans la lucidité la plus totale de la vie. Donc pour moi, les deux choses principales dans la vie, c’est l’amour et l’humour. Et c’est le respect qu’ils doivent avoir envers les gens et qu’ils se fassent respecter. Après - c’est là où on n’est pas toujours d’accord - je veux qu’ils soient avec des gens bien, peu importe ce qu’ils sont, et qu’on tombe surtout pas non plus dans les excès. Je veux pas qu’ils se disent : "Oh ! il faut pas être raciste, alors du coup, on aime tout le monde" et tout va de travers, ou "Je veux rester, que ce soit un bon milieu", pensant que tout se passe mieux et c’est pas vrai. La culture et l’enrichissement ; j’adorerais que mes enfants voyagent énormément, qu’ils soient curieux, que tout ne tourne pas autour de leur nombril mais ça, c’est toujours difficile parce qu’on peut se tromper quand on élève des enfants. On veut essayer de pas faire les choses que les parents ont fait et nous ont déplu. Il faut pas passer d’un extrême à l’autre, quoi, il faut arriver à temporiser. Il faut être honnête parce qu’on passe notre temps à se mentir à nous-même, parce que y’a tellement de choses qui sont insupportables à savoir sur soi-même, quand on fait une psychothérapie on découvre des choses sur soi et parfois elles sont bien, parfois elles sont moins bien et ça nous déçoit. Mais quelle importance ? Il faut vivre avec, ne pas se mentir à soi-même et faire passer ça aux enfants. Et le problème, c’est qu’on a toujours tendance à dire d’un enfant : "Oh ! ben il est capricieux", parce qu’il a pu avoir une crise de larmes. Non, il peut y avoir un caprice, c’est normal. Le plus dur c’est de temporiser, d’arriver à trouver un équilibre à peu près correct.

K : Eduques-tu différemment ton garçon et ta fille ?
Oui, parce que je n’ai pas les mêmes rapports d’abord… C’est une question de caractère et de rapports que j’ai avec eux. C’est-à-dire que la mère avec son fils, c’est complètement… on se l’admire, on est un peu amoureuse de son fils. D’autant plus qu’avec mon fils j’ai énormément d’échanges, de complicité, un humour, on se comprend vite, il est très gentil avec moi. D’abord, c’est très difficile de les élever pareil parce qu’en trois ans, y’a des choses qui changent et un garçon et une fille, tu donnes les mêmes valeurs fondamentales aux deux - ils vivent dans la même maison, y’a les mêmes règles - mais tu peux pas donner les mêmes valeurs : je tiens absolument à ce que mon fils soit courtois et élégant avec une femme et ma fille pareil, mais en tant que femme, quoi, donc c’est important.

K : Que recherchais-tu dans le couple ?
En fait je crois que j’ai toujours fait les choses sans y réfléchir. Je me suis pas mariée pour avoir un couple, c’était lui et puis voilà. Après, ce que je cherchais, c’était que l’un et l’autre ait sa plage à lui, mais que c’était le bonheur de l’autre… être là pour l’autre, toujours, sauf dans le cas où de toute façon, quand il arrive quelque chose à une personne, il n’y a qu’elle qui peut s’en sortir. C’est plus agréable de savoir qu’il y a quelqu’un près de toi mais, si tu as un problème, tu seras la seule personne à pouvoir le régler, parce que c’est au fin fond de toi. En revanche, c’est la présence et le respect de l’espace vital de l’autre. Un mariage, c’est deux personnes qui sont ensemble ; même si à des moments c’est fusionnel, on ne devient pas qu’un, jamais. Y’a des sentiments, parce que y’a des désirs de faire des choses à deux, et caetera. C’est pour ça que j’ai énormément souffert de la séparation de mon mari, parce qu’on était comme ça et qu’il a eu une crise d’adolescence de quarante ans, et je peux pas lui reprocher parce qu’il a pas une grande maturité à ce niveau-là.

K : L’homme idéal existe-t-il ?
Si on en met trois, oui ! Ca n’existe pas et la femme non plus, hein. Ton homme idéal ? Oui, celui qui se rapprochera le plus. Il faut faire un impair sur quelque chose, forcément. Il faut surtout savoir ce qu’on ne veut pas. D’abord chez chaque femme y’a un côté masculin et chez les hommes un côté féminin, plus ou moins développé, donc moi je suis très féminine et à côté de ça, mon côté masculin est très fort, très présent. Les femmes sont différentes des hommes, oui, vraiment… C’est les femmes qui élèvent les garçons, donc c’est nous qui en faisons ce qu’ils sont très souvent, et il n’y a pas de quoi être fières, parfois. Un garçon a besoin de montrer qu’il est viril, il ne faut jamais le castrer. Un mec c’est un mec. Alors j’ai jamais été féministe à fond. C’est vrai qu’en gros, les hommes sont couillons et les filles sont garces, chipies. D’abord, les garçons se font souvent avoir et en même temps ils veulent faire l’effort, montrer un peu leurs muscles, et c’est au-dessous de la ceinture que ça se passe. Mais le sexe, ç’a toujours été ça qui menait le monde, on le sait, mais les femmes sont très fortes là-dedans. Et je me suis rendue compte que j’aimais bien les hommes genre : "On se pose pas de questions, on est à égalité", et ça c’est l’erreur totale : on n’est pas égales du tout avec l’autre. L’homme a besoin d’être un peu macho et une femme normalement a besoin d’un mec, qui tape sur la table quand les enfants déconnent, qui protège un peu, même si on sait bricoler et qu’on peut vivre seule, évidemment. Mais à partir du moment où on est ensemble, il faut laisser la place aux hommes et la place aux femmes. Si y’a plein de choses qui déconnent maintenant, c’est que comme toute révolution, la révolution féminine a fait d’énormes victimes chez les femmes et chez les hommes. On n’est pas sous la coupe de quelqu’un mais ni l’un, ni l’autre. Un homme ne doit pas être violent mais une femme non plus, voilà : il faut savoir se faire respecter mais d’un côté comme de l’autre.

K : Quel rôle jouent tes amies femmes ?
Oh la la ! Elles ont pas un rôle qui me convient. J’ai deux amies femmes, après c’est des très bonnes relations, des copines. Une, c’est la femme de ma vie et elle peut avoir tort, faire des conneries, dire des conneries, je m’en fous. C’est une présence, on s’aime profondément. On se connait depuis quarante-sept ans, y’a eu des hauts et des bas, des non-dits mais… Elle a pas la même attitude tellement envers les hommes que moi mais on est proches quand même. En revanche mon autre amie, c’est plutôt : " Les femmes on s’aide, on est copines ", moi ça m’énerve dans le sens où elle a trop morflé ou elle déteste trop les hommes je pense, alors elle ne peut pas s’en passer, et moi ça m’énerve.

K : Existe-t-il une solidarité féminine ?
Oui bien sûr, mais c’est souvent par rapport aux hommes, parce que la femme a été abandonnée ou maltraitée ; là, on va l’aider. Si c’est pour tout autre chose, féminine ou pas, y’aura une aide, à partir du moment où on a des amis. Moi, j’ai beaucoup d’amis hommes, c’est exactement pareil que les autres : on a besoin de moi, je suis là, et pareil pour eux. Donc, non, la solidarité féminine, ça me gonfle un peu ça.

K : Es-tu indépendante ?
Oui, euh… on n’est jamais complètement indépendant, on se rend même parfois dépendant des gens. Oui, je suis indépendante, c’est-à-dire il faudra pas m’énerver, me contredire tout le temps ou m’empêcher de faire ce que j’ai envie de faire. Si c’est ça être indépendant, se débrouiller pour gagner de l’argent, oui, bien que cela ne m’arrange pas du tout, oui, bien sûr.

K : Quelle évolution notes-tu par rapport à ta mère, à ta grand-mère ?
Ben, pas énorme, si ce n’est que la révolution féminine a fait que les femmes disent ce qu’elles ont envie de dire. Pour certaines, hein ; y’en a encore des tonnes qui sont restées bien avant mai 68, bien avant la guerre, quoi. L’évolution ? Les femmes travaillent de toute façon maintenant, alors qu’elles ne travaillaient pas autant. Les femmes parlent, heureusement aussi ça, y’a pas de raisons qu’elles n’aient pas leur mot à dire dans la politique, dans la société. Bon, ça fait quand même quelque temps que beaucoup de femmes ont fait des grands exemples. Voilà, c’est la seule évolution que je peux voir, parce qu’il y a toujours des femmes battues, des gens qui se taisent. Ils restent ces espèces d’éducations judéo-chrétiennes quand même, elles traînent beaucoup en longueur, quoi. Mais quand même il y a un changement.

K : As-tu ressenti le mouvement de libération féminine ?
Alors j’étais petite, mais je l’ai ressenti parce que quand même j’ai vu ma mère qui était… Ce qu’y a, c’est que j’étais très proche d’elle, en tout cas affectivement, pour la bonne raison que papa était inexistant : il n’avait jamais de regard sur moi ni sur mes soeurs - enfin un peu plus sur mes soeurs, en tout cas l’une d’elle, parce qu’elle était rentrée dans le droit chemin du mariage à l’église, avec les enfants baptisés, et cetera. Moi il ne pouvait pas me supporter, j’étais la petite révolutionnaire de la maison et pas une image. Mais j’ai vu maman découvrir mai 68 et après, elle avait des propos féministes. C’est très marrant parce qu’étant ado - pourtant, plus jeune, les hommes m’ont souvent malmenée - je disais : "Mais non, y’a des hommes merveilleux, il faut les aimer, ils ont leurs faiblesses, ils ont besoin de nous." J’avais l’impression d’être plus forte qu’eux pour la tendresse. J’ai toujours eu ce côté maternel par rapport aux hommes, en fait, heureusement ça m’a un peu passé mais je pense que si mon mari est parti c’était à cause de ça, parce que je l’ai materné. C’est pour ça qu’on a toujours de bons rapports : quand il a un problème il vient toujours voir maman, quoi. Ça c’est ma faute mais bon, les erreurs on les fait et on les voit après… Voilà, ça a sûrement fait du bien pour certaines, il fallait le faire mais ça n’a pas fait que du bien.

K : Quels sont tes divertissements ?
Alors moi c’est lecture, musique, cinéma et sorties éventuelles, danser dans des boîtes, juste pour danser, voilà, je danse une heure ou deux et je rentre.

K : Soignes-tu ton apparence ?
Oui, beaucoup… C’est marrant parce que jusqu’à un certain âge, je me disais : "Ça va, pas maquillée, pas arrangée, y’a pas de problème." On a toujours l’impression que c’est bien, mais… Je soigne mon apparence parce que j’aime ça et puis c’est bien, une femme de cinquante ans qui fait pas vieille, mais qui s’arrange.

K : Joues-tu de ta féminité ?
Beaucoup, oui. J’ai toujours adoré séduire. Y’a mon côté masculin parfois qui ressort, il m’arrive de dire des choses un peu de mec genre : "Ça va là, on me touche pas, on m’agace pas" mais je joue beaucoup de ma féminité, bien sûr. Et quand on a des atouts il faut les montrer, s’en servir. Moi j’ai eu des gros complexes pour mon nez que je trouvais trop grand, mes mains que je trouvais horribles, en revanche j’avais de très beaux seins - ma fille m’a fait remarquer qu’il faudrait que je me les fasse refaire, très gentiment. Maintenant je n’ai plus de complexe, je ne plais pas à quelqu’un, je lui plais pas, je m’en fous et c’est ce qui me donne plus d’assurance, donc je suis plus belle, forcément, parce que je ne marche pas à reculons, quoi, alors que j’ai beaucoup marché à reculons. Ma période la plus douloureuse - enfin, en dehors des périodes d’adolescence - a vraiment été entre quarante-cinq et quarante-huit : j’ai passé à peu près trois ans à ne pas supporter de vieillir, c’est-à-dire le temps passe sans que… Tout me filait entre les doigts à la vitesse grand V, je voyais mon corps et mon visage changer et j’avais du mal à l’accepter parce que ma tête ne suivait pas. Ca c’est terrible, et à un moment donné il faut se dire :"On y va tous" donc, on se pose et on cherche nos priorités. Moi c’était mes enfants, le bien-être. Je suis quelqu’un de paresseux même si je fais pas mal de choses, et j’aime traîner, prendre le temps de lire, d’écouter de la musique, de regarder une lumière particulière parce que c’est ce qui me touche le plus dans une ville, et c’est grâce à la lumière que je suis plus ou moins bien d’ailleurs. Mais ma priorité c’était : "Tu vas avoir cinquante ans, ben écoute, c’est bien si tu les vis bien, parce que sinon tu perds encore du temps, quoi." Et c’est vrai que je me sens beaucoup mieux maintenant.

K : As-tu réalisé tes rêves ?
Du tout… pas du tout. Mon seul rêve à trois ans quand je suis rentrée à l’école, on a fait un spectacle en fin d’année et là j’ai découvert ce que c’était que d’être sur les planches et j’ai dit : "Je serai sur les planches", et je l’ai fait quand même jusqu’à vingt ans. Malheureusement j’étais tellement complexée, mal dans ma peau à cause du regard des autres, hein, parce que j’ai été élevée dans un milieu très bourgeois, si on n’était pas dans la norme, avec les mêmes vêtements et caetera, on était rejeté. Et j’avais un physique qui n’était pas du tout dans la norme, et j’en ai énormément souffert parce que je ne plaisais pas comme toutes mes copines - on n’avait pas les mêmes moyens non plus pour avoir les vêtements qu’on voulait - et à cause de ça j’ai pas pu faire de théâtre jusqu’au bout, parce que j’avais trop le trac. Je voulais être sur scène et en même temps je voulais être cachée, quoi. Et j’aimais les textes, jouer la comédie, donner du plaisir aux autres, j’ai eu des moments absolument géniaux de cours de théâtre. Alors j’aurais aimé être aidée, soutenue, j’ai pas été soutenue, parce que personne n’a pris ça au sérieux. Alors j’ai travaillé dans les théâtres où même si mon boulot c’était pas celui-là, j’avais la chance de participer aux répétitions, aux montages, aux lumières, j’étais aux premières, aux filages, c’était jouissif et mes plus grands bonheurs étaient là. Et j’ai mis un temps fou à dire que mon plus grand regret c’était le théâtre. J’osais pas le dire, je disais :"J’ai arrêté parce que j’en avais marre de ce milieu-là" et même, pendant un temps, je ne suis plus allée au théâtre disant que j’en avais marre mais c’est pas vrai, c’est pas que j’en avais marre, c’est qu’à la fin d’un spectacle, je pleurais et je pleure encore chaque fois que j’y vais ; je suis tétanisée, envoûtée et aux applaudissements je pleure d’une émotion intense parce que c’est beau, je les envie, j’ai envie d’être que là et y’a que ça en fait qui m’intéresse vraiment. Alors j’ai eu des amants, des peines, des joies, j’ai voyagé un peu, j’ai eu des enfants, des horreurs de peines, des amours merveilleuses, j’ai vu des levers et des couchers de soleil, j’ai eu des fou-rires. Pour moi, maintenant, tout le reste c’est du plus. Alors évidemment on ne connaîtra jamais rien en entier, c’est pour ça que je me gave pas de choses, je fais juste ce que j’ai envie de faire. Je prends les choses comme ça, le reste on verra bien, quoi. Entre les rencontres, les évènements et ma peur, la vie a fait que je suis là maintenant, mais c’est pas là que je devrais être, ça c’est sûr, hein ; je devrais être sur scène et puis c’est tout, y’a que ça qui me plaît.

K : Et si c’était à refaire ?
Maintenant, avec ce que je sais, ce serait le théâtre. J’aurais peut-être pas mes enfants, je sais pas mais en tout cas, ce serait le théâtre et que le théâtre. Tu répètes, tu répètes mais après, une fois que tu es devant… Plus le contact qu’on a avec le public, c’est extraordinaire, vraiment c’est un souvenir… Voilà, mon plus grand regret c’est ça.

K : Quels sont tes projets d’avenir ?
Mon projet, c’est arriver jusqu’au bout et je sais pas quand sera le bout. Je voudrais pas vivre trop vieille, ça c’est sûr. Mon projet, c’est d’être bien et d’arriver à mettre mes enfants sur le tarmac et qu’ils puissent décoller tranquilles, quoi. Ça, c’est le seul vrai projet, obligatoire en plus parce que je peux pas les laisser tomber, même si parfois ça m’arrangerait. Dans l’absolu, mon rêve c’est d’être avec mon amoureux dans une jolie petite maison au bord de la plage, avec des livres, Internet et que je puisse écrire, lire, me baigner et voyager un peu, et que mes enfants viennent quand ils en ont envie avec des amis. ça c’est un projet qui est tout à fait réalisable d’ailleurs mais, pfff… J’en sais rien, je ne regarde pas demain.

K : Quel message adresses-tu aux femmes ?
Qu’elles ne se soucient pas trop du regard des autres et si elles ont envie que le regard des autres soit positif, qu’elles pensent qu’à leur priorité, au désir, et qu’elles n’hésitent pas, surtout, à tout envoyer chier, à tout faire pour essayer d’arriver à faire quelque chose qu’elles aiment. Mais ne pas rechercher l’amour, la perfection, le poids idéal, c’est pas comme ça qu’on y arrive. On peut pas tout faire et tout avoir donc, il faut juste connaître ses priorités. Et le bonheur n’existant pas parce qu’il n’est que des tous petits moments, ne pas croire que c’est quelque chose de tout le temps, il faut surtout pas s’imaginer ça, quoi, il faut se faire le plus plaisir possible.

Propos recueillis par Barbara Marin le 24/08/07 ; rédaction : Odile Fourmillier.

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