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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

Je ne céderai jamais

« Aujourd’hui être une femme c’est quand même se battre. Faut essayer de trouver sa place. Moi, j’vis pas en couple, j’n’ai pas d’enfant, mais c’est quand même difficile. Moi je suis opératrice mais on fait de plus en plus de manutention. Ouais, c’est difficile. Si j’ai une faiblesse sur mon poste de travail, on va m’dire : "Vous les femmes, vous voulez l’égalité…" Mais j’ai jamais dit ça, simplement je veux qu’on me laisse travailler, m’exprimer et ça on me laisse pas. » Yamina, 43 ans, technicienne administrative.


Les choses de ma vie
 Les choses de ma vie

Koinai : À quel âge êtes-vous entrée dans votre peau de femme ?
Quand j’ai commencé un p’tit peu à travailler et quand j’ai commencé à vivre seule.

K : Quel type de femme êtes-vous ?
Ben, moi je suis une femme de la vie de tous les jours. J’essaye en fait d’être une femme un peu libre, c’est-à-dire faire c’que j’ai envie quand j’ai envie, mais au travail c’est un peu difficile. J’essaie de trouver ma place mais j’ai quand même du mal.

K : Quels sont vos critères de beauté ?
Chuis pas trop mode. La beauté c’est pas tout c’qui est trafiqué - c’est pas le maquillage qui rend beau - la beauté c’est… moi j’dirais : "naturelle, être naturelle." Des fois j’vois des femmes, j’dis : "Bon, celle-là elle est belle, elle a un certain âge et elle est belle." Mais il n’y a que moi qui le perçois.

K : Vous sentez-vous féministe ?
Moi chuis pas féministe. Je veux qu’les femmes aient leur place et qu’on leur mette pas les bâtons dans les roues, mais chuis pas féministe parce que j’trouve que l’homme doit avoir aussi sa place. Par exemple - moi je ramène tout ça au travail - les problèmes que j’ai, c’est surtout au travail : si par exemple j’ai des idées, eh bien on me met des bâtons dans les roues. On sait que chuis compétente mais on me laisse pas travailler, je sens que c’est un peu difficile, quoi. Je sais pas comment vous expliquer ça, c’est un peu… Par exemple on me réduit l’équipe, je sais que moi je suis en lutte, toujours sous tension, et caetera. On me met la pression.

K : Savez-vous si, à poste égal, un homme touche le même salaire ?
Non. Je pense qu’on est tous payé pareil. Mais ça, il faut aller le vérifier.

K : Vous vous sentez indépendante financièrement ?
Ah oui, j’ai toujours recherché ça, j’aime bien. En fait je fais c’que je veux avec mon argent, oui, je suis libre. Indépendante, pour moi ça veut dire que je décide de c’que j’ai envie quand j’en ai envie et personne n’me dit c’que j’ai à faire, même si parfois j’ai des problèmes, je suis indépendante, je fais ce que je veux, je fais c’que je veux tous les jours. Voilà, c’est ça mon indépendance, au niveau financier et puis au niveau d’ma vie d’tous les jours, quoi.

K : Quel rôle ont joué vos études dans votre parcours ?
Pas grand chose. Chuis pas hyper diplômée hein, j’ai un baccalauréat, j’ai fait deux ans de droit mais j’ai pas mené un cycle complet parce que j’ai eu des problèmes financiers. À l’époque c’était pas aussi facile que maintenant, y’avait pas de bourse, j’ai pas eu la possibilité d’avoir une bourse, donc j’ai dû interrompre mes études. Au niveau du travail, je trouve que ça m’a pas aidée parce que moi chuis quelqu’un déjà, j’veux dire d’assez… Ça paraît un peu présomptueux mais j’me sens compétente, j’m’adapte à tous les postes facilement, je comprends assez facilement les choses et pis après chuis indépendante au niveau du poste. Une fois que j’connais bien mon travail, c’est pas la peine de venir me… J’connais mon travail, quoi !

K : Qu’est-ce que la réussite, pour vous ?
J’ai toujours voulu réussir, en fait, mais j’ai été un p’tit peu contrariée dans mon parcours professionnel, surtout ces dernières années, parce qu’en fait je me suis donnée à fond, j’voulais pas être directrice ou à un poste très très important, mais j’voulais quand même évoluer. Dans chaque société j’me suis beaucoup donnée et j’ai eu un blocage, j’ai jamais eu de promotion. C’est-à-dire qu’on me donne des postes à responsabilité, je forme des aut’ gens mais les gens qui sont formés par moi, justement eux ont la promotion et moi je n’l’ai pas. Et ça, j’ai jamais pu élucider ce problème-là. Je reste employée, j’ai pas évolué, je suis toujours employée et je régresse au niveau salaire. Donc c’est un échec ! Chuis pas motivée comme avant, j’ai perdu ma motivation.

K : Avez-vous un idéal féminin ?
Un idéal féminin ?… Ben… y’a une chanteuse, c’est Madonna. Elle est un peu provocante, mais j’trouve elle a fait les choses, donc elle s’est libérée de pas mal de choses… Ce côté-là : au niveau artistique elle a fait des choses. J’irais pas jusqu’à faire de la provocation comme elle mais elle s’est permis des choses, elle a fait des choses ; ce genre de femme qui arrive à aller jusqu’au bout, pour moi c’est ça. Elle a p’t-être ouvert des choses. Y’a d’autres femmes aussi que j’admire plus, quand même : Mère Thérésa, ça c’est une femme que j’admire le plus parce que c’est une femme qui s’est donnée pour les autres. Ça chais pas si c’est quelque chose que j’aurais pu faire. Ma mère est un p’tit peu comme ça.

K : Quel est votre type d’homme ?
Moi j’aime bien les hommes virils. Ça commence à disparaître un p’tit peu. Les hommes sont maintenant un peu trop efféminés. Moi j’préfère les hommes virils qui savent bricoler à la maison, qui passent pas des heures dans la salle de bain, à être coquets on va dire, j’aime pas trop ça.

K : Et le couple idéal ?
Que l’homme respecte la femme, qu’il la laisse libre dans ses choix. Je dis ça parce que y’a des couples qui se forment, donc au départ l’homme il l’accepte et après petit à p’tit il impose son statut d’homme, il commence à interdire. Moi j’ai une amie qu’j’ai rencontrée quand j’étais plus jeune et qui au début était libre, et maintenant son mari commence à lui imposer des trucs ; ça, elle a du mal a l’accepter. Moi je ne céderai jamais, je suis quelqu’un qui ne cède pas.

K : Quelle relation avez-vous avec votre mère ?
Ma relation avec ma mère, elle est très fusionnelle. On est très très liées. J’ai du mal à mett’dans l’idée qu’un jour elle sera plus là, quoi. Et ces dernières années j’étais très… oui oui, très liée. Quand il y a un problème, ça me perturbe. On a toujours été très liées tout l’temps. Elle habite ici, chuis à Paris, je l’appelle tous les jours. Je dépense énormément d’argent au téléphone, des fois je l’appelle trois fois. Oui, je sais, c’est trop ! Des fois ça arrive que j’l’appelle pas, donc elle me dit : "T’as pas appelé, j’me suis inquiétée."

K : Que vous a transmis votre mère ?
Respect, le respect des autres, l’honnêteté, ne pas faire de mal aux autres… Ma mère elle est très gentille mais moi j’ai un caractère un peu particulier, d’abord chuis un peu rancunière alors que ma mère ce serait du genre il-faut-laisser-passer-les-choses-si-on-nous-a-fait-du-mal. En général je fais pas du mal aux gens, p’t-êt’ que chuis pas très généreuse mais bon… J’me sens pas généreuse comme ma mère, j’aimerais bien être un peu plus… J’aurais p’t-êt’ réussi si j’avais été moins… Au niveau du travail par exemple, moi je forme les gens, j’ai pas peur qu’ils m’prennent ma place… J’veux dire : des fois j’donne trop parce que moi j’me rends compte, y’a des gens qui transmettent pas leur savoir, ils ont peur qu’on prenne leur place tandis que moi j’ai pas peur du tout.

K : Quelle vision avez-vous de la famille ?
Moi j’aime bien la famille, j’aime pas les familles trop nombreuses, trop nombreuses, non. J’aime bien les enfants, ma mère elle aime beaucoup se retrouver avec toute la famille mais moi je trouve que tout ensemble ça fait un peu trop, quoi. Si j’ai des enfants, ce serait deux, deux maximum. Plus que deux, à notre époque, c’est pas possible, c’est beaucoup d’travail. C’est important, c’est vrai que moi j’aurais bien aimé avoir des enfants mais bon… j’ai toujours du mal à passer l’cap. Même moi chuis restée un grand enfant donc heu… Au départ j’disais : "J’aurai un enfant à 40 ans" et puis après j’ai dépassé et j’me suis dit : "C’est un p’tit peu trop tard". Je voulais quelque chose d’idéal dans la famille et tous ces problèmes-là… de violence… J’ai toujours eu peur.

K : Vos amies vous ressemblent ?
J’ai pas d’amie à Marseille, je viens que très rarement et j’reste pas très longtemps sauf l’été. Sinon j’ai des amies d’enfance, trois bonnes amies que je vois régulièrement. Elles sont très indépendantes, y’en a une c’est un garçon manqué. On a tous le même… Y’en a une qui a voulu un enfant sans avoir le compagnon. Y’en a une qui vit avec un compagnon et qui n’a pas d’enfant, elle en veut pas.

K : Quels sont vos loisirs ?
J’vais au cinéma, j’aime bien me promener, faire des p’tites excursions. À la maison, moi j’lis pas beaucoup malheureusement, j’aime pas trop lire. Ces dernières années, je côtoie pas beaucoup les gens.

K : Quels sont vos projets ?
Mes projets ? Je voudrais trouver un bel appartement que j’cherche depuis longtemps et j’voudrais pour continuer à travailler avoir un poste plus adéquat avec mes compétences, voilà.

Propos recueillis le 26/07/06 par Éric Larousse et Djida Thomas ; rédaction : Patricia Rouillard ; image : Christian Coursaget.

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