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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

Égalité des sexes : l’avenir à reculons

Sabine, âgée de 52 ans, est mère d’un fils de 28 ans. Elle dirige le Centre d’Orientation, de Documentation et d’Information des Femmes (le CODIF), une association qui aide et protège les femmes. Son expérience professionnelle nourrit au quotidien sa réflexion sur le statut de la femme.


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Thermocouple
 Thermocouple

Koinai : Que représente pour vous la femme ?
Moi-même, déjà, puisque j’appartiens à ce sexe biologique. Actuellement, par le biais de mon travail, j’entends et vois une personne qui prend en charge beaucoup de choses tant dans les pays développés que dans ceux qu’on appelle sous-développés. Je pense que les femmes portent en elles l’évolution et le maintien de la société. Ce sont elles qui, malheureusement, sont éduquées depuis toutes petites pour devenir de bonnes épouses, de bonnes mères de famille et pour accepter un tas de choses, notamment de la part des hommes. Elles doivent se dépatouiller, faire le mieux possible pour elles, les enfants, leurs conjoints et la société. Je pense, comme Aragon, que "La femme est vraiment l’avenir de l’homme." Elle joue un rôle clé en dehors et au-dedans de la maison, c’est elle qui fait tourner la machine. Nous le constatons en permanence juridique.

K : Pensez-vous qu’il y ait des inégalités entre les deux sexes ?
Malheureusement oui. Par exemple, en Occident, les hommes, en vingt ans, n’ont donné que dix minutes de plus sur leur temps dans le partage des tâches domestiques. Les directives européennes ou mondiales en faveur des femmes témoignent de la lutte pour un monde plus égalitaire, plus juste. Globalement, nous sommes quand même dans une société patriarcale. En fait, ça saute aux yeux en Orient, en Afrique. Parfois on a remédié à tout cela, mais les inégalités perdurent : la femme adulte demeure une mère, et n’est pas considérée comme une personne autonome et indépendante. Cela commence dès le berceau. D’ailleurs il existe des familles comptant un grand nombre de filles, car tant que la naissance d’un garçon ne s’est pas produite, la femme continue de faire des enfants ; un garçon reste la plus belle chose qu’une mère puisse donner à un père, parce qu’il ne voit sa descendance que dans son fils.

K : Est-il indispensable d’avoir une vie de couple ?
Indispensable, non. Les femmes que l’on rencontre dans notre métropole veulent pratiquement toutes avoir une vie professionnelle. Il y a cinquante ou cent ans en arrière, le mari était, en théorie, chargé de ramener le salaire pour vivre à la maison. Mais, actuellement, ce n’est plus le cas. Par contre, sur le plan affectif, tout le monde a besoin de vivre en couple. Seulement les gens se marient après avoir fait des enfants.

K : Est-ce important d’avoir des enfants ?
Ça l’a été pour moi. J’en ai fait qu’un seul parce que je n’aurais pas pu travailler à temps complet et en élever plusieurs. Je trouve qu’un enfant, c’est difficile et merveilleux, c’est une très belle aventure. C’est pour la vie entière : on n’est pas mère que jusqu’à ce qu’il soit autonome. En vieillissant, j’ai plus peur encore.

K : Êtes-vous sensible aux regards des hommes ?
Ça dépend de quel regard, je veux dire libidineux ou du genre gros beaufs, genre "Je vais te sauter dessus", ça ne me laisse pas indifférente, car ça m’est insupportable. Quand j’étais jeune, j’étais assez virulente à ce niveau-là. C’est en travaillant dans cette association féministe que je me suis rendue compte qu’on était un tas de chair à la disposition des hommes. Je ne suis pas dans la séduction. Personnellement ça ne m’interpelle pas.

K : Avez-vous un avis sur la séduction ?
L’image que véhiculent les médias montre que les filles doivent tout faire, avoir une bonne attitude pour attirer le mâle qui est en face. D’ailleurs, la mode, depuis vingt ans, redevient un peu pétasse. Elle est faite par des hommes qui n’aiment pas les femmes. Les trois-quart des couturiers sont homosexuels. Ils voient le corps de la femme comme celui d’une poupée Barbie. Qu’on en voie le nombril, je ne suis pas contre ; qu’elles montrent certaines parties, je ne suis pas prude... mais quand ça devient une espèce de diktat, ça la fait régresser. Je préfère que les rapports de séduction homme-femme soient de l’ordre du langage des signes. Comme dans toute société, il y a des règles. Je déteste que l’on fasse croire qu’il y a dans chaque femme une sorcière hyper allumeuse. Je préfère les paroles, l’échange. C’est primordial, non ? Il y a tellement de formes de séduction. D’ailleurs si on reprend l’Histoire, les plus grandes séductrices avaient un physique qui ne cassait pas trois pattes à un canard. Elles séduisaient par leur façon d’être, de penser, d’aborder les choses.

K : Un couple peut-il vivre séparément ?
La question qui tue ! Si c’est pour des raisons professionnelles, oui. Par contre, la vie de couple séparé me rappelle le célibat d’autrefois. Enfin, je fais partie de la vieille génération : les couples vivaient ensemble. Mais c’est partout pareil, il y a des modes, comme cette tendance à n’accepter que les côtés positifs de chaque situation. Il suffit que les sociologues et les psychologues s’emparent du sujet, pour que ce soit la panacée : "Pour que votre couple soit heureux, il faut que vous viviez séparés". Je veux bien, si c’est un choix.

K : Que pensez-vous de l’infidélité ?
Je suis pour la fidélité. Quand on est bien ensemble, pourquoi on aurait des aventures extra-conjugales ? Ça part de là. Certains hommes ont des pulsions irrépressibles. Quand ils se justifient, c’est toujours parce que leur compagne n’accepte pas certaines choses de leur part ou n’ont plus envie. Actuellement, les nouvelles sexualités se passent dans les clubs échangistes, les couples séparés, les couples libres. Franchement, je ne sais pas ce que ça apporte comme épanouissement. Je crois que c’est Nietzsche qui disait : "Après l’acte, la chair est triste". De toute façon c’est un problème qui agite notre société. J’ai vu dans un magazine, justement, l’histoire du couple Adjani-Jarre. Elle a tout déballé dans la presse : qu’il la trompait depuis x temps, que c’est pour ça que leur relation s’est arrêtée.... Le couple ne se fait plus sur des bases d’amour.

K : Quelles sont les différences entre les hommes et les femmes ?
Biologiquement, on est fait de façon complémentaire pour pouvoir assurer la descendance de l’être humain, mais après, c’est en fonction du sexe qu’on a déterminé le rôle de chacun. Les différences sont sociales et culturelles. Mais on est tous des êtres humains capables d’avoir les mêmes valeurs. Des regroupements et des associations pour les femmes luttent pour défendre les droits à l’égalité. C’est très bien, de remonter ce handicap. Historiquement, ce sont des hommes qui ont eu le pouvoir. En 1789 la Révolution française a instauré la République, les sujets du roi sont alors devenus des citoyens. Mais les révolutionnaires ont complètement oublié les femmes. Seules celles des classes sociales aisées recevaient une certaine formation, on en faisait des courtoises éclairées. Olympe de Gouges a rédigé "La Déclaration des Droits de la Femme". Elle est morte sur l’échafaud pour ça.

K : Que pensez-vous de la femme dans la politique ?
Elle est entrée dans un monde d’hommes. Elle fait comme eux. Finalement, elle emploie les armes de ses ennemis. C’est un milieu où il faut se battre pour les places. J’en ai pris conscience lorsque je suis arrivée au CODIF : la discrimination continue d’exister. Les Suédois travaillent depuis beaucoup plus longtemps que nous sur l’égalité homme-femme, dans les deux sens. Par exemple, le congé parental d’éducation est de même longueur pour chaque parent. Les mentalités doivent évoluer. Les lois pour l’égalité aussi. Sur les catalogues de jouets pour les fêtes de Noël, les petites filles sont toujours en fond rose pour faire la différence avec les garçons. Vous avez toujours une fille prise en photo avec l’aspirateur ou le balai ; j’ai vu avec stupéfaction que la panoplie de la petite ménagère existe encore. Pour les garçons, c’est des grosses voitures, des jeux informatiques. Là, le retour en arrière est assuré dès le départ, par des jouets sexistes.

Propos recueillis en mars 2005 par Amina Hamadi et Kheira Baizid ; rédaction : Patricia Rouillard.

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