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	<title>La revue du t&#233;moignage urbain</title>
	<link>http://www.koinai.net/</link>
	<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La revue koinai.net recueille &#224; Marseille des t&#233;moignages urbains, au plus pr&#232;s de l'authenticit&#233; du moment parl&#233;. En perp&#233;tuel mouvement, la revue se structure autour de th&#233;matiques qui, avec le temps, au hasard des rencontres, se pr&#233;cisent, s'organisent, se redoublent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des mutations urbaines &#224; la condition sociale : certains s'interrogent sur l'&#233;cologie ou les transports, d'autres &#233;voquent leur parcours de vie, parlent de leur m&#233;tier ou d&#233;crivent errances et passions.&lt;/p&gt;</description>
	<language>fr</language>
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		<title>La revue du t&#233;moignage urbain</title>
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	<item>
		<title>Le paradoxe de Ca&#239;n</title>
		<link>http://www.koinai.net/article247.html</link>
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		<dc:date>2009-01-05T16:30:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julie Lafaurie</dc:creator>

<category domain="http://www.koinai.net/rubrique44.html">Sur la route</category>

		<dc:subject>Une</dc:subject>
		<dc:subject>Texte</dc:subject>

		<description>Fils d'Italiens &#233;migr&#233;s en France dans les ann&#233;es vingt puis revenus dans leur pays d'origine, Alexandre Tron&#231;on, n&#233; en Italie, a fait partie de la vague d'immigration italienne d'apr&#232;s-guerre. &lt;br /&gt;Koinai : D'o&#249; &#234;tes-vous originaire ? &lt;br /&gt;Je suis originaire de la province de Tr&#233;vise, en V&#233;n&#233;tie. Je suis issu d'un milieu paysan. &lt;br /&gt;K : Vous &#234;tes n&#233; en 1940, en pleine guerre. Comment vivaient vos parents &#224; cette &#233;poque ? &lt;br /&gt;Mes parents &#233;taient des doubles &#233;migr&#233;s. Ils avaient d'abord &#233;migr&#233; en France en 1920, parce (...)


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&lt;a href="http://www.koinai.net/rubrique44.html" rel="directory"&gt;Sur la route&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.koinai.net/mot6.html" rel="tag"&gt;Une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.koinai.net/mot79.html" rel="tag"&gt;Texte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Fils d'Italiens &#233;migr&#233;s en France dans les ann&#233;es vingt puis revenus dans leur pays d'origine, Alexandre Tron&#231;on, n&#233; en Italie, a fait partie de la vague d'immigration italienne d'apr&#232;s-guerre.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Koinai : D'o&#249; &#234;tes-vous originaire ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je suis originaire de la province de Tr&#233;vise, en V&#233;n&#233;tie. Je suis issu d'un milieu paysan.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous &#234;tes n&#233; en 1940, en pleine guerre. Comment vivaient vos parents &#224; cette &#233;poque ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Mes parents &#233;taient des doubles &#233;migr&#233;s. Ils avaient d'abord &#233;migr&#233; en France en 1920, parce que politiquement incorrects, puisque mon grand-p&#232;re maternel &#233;tait socialiste. Poursuivi par Mussolini, il s'est r&#233;fugi&#233; en France. Mon grand-p&#232;re paternel avait quitt&#233; l'Italie parce que les difficult&#233;s &#233;conomiques devenaient trop pesantes pour lui. En effet, il fut priv&#233; de l'h&#233;ritage de sa m&#232;re morte tr&#232;s jeune, au profit de son demi-fr&#232;re. Il s'est donc pratiquement retrouv&#233; &#224; la rue quand mon arri&#232;re-grand-p&#232;re a &#233;pous&#233; sa seconde &#233;pouse et il s'est donc expatri&#233; en France dans les ann&#233;es vingt.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Sont-ils par la suite retourn&#233;s chez eux ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, seuls sont retourn&#233;s mon grand-p&#232;re et mon p&#232;re, qui vivaient &#224; Brian&#231;on, &#224; la fronti&#232;re de la France et de l'Italie. Ils sont rentr&#233;s en Italie parce que mon p&#232;re, qui avait l'&#226;ge du service, pouvait &#234;tre mobilis&#233; et incorpor&#233; en cas de guerre. Avec les &#233;v&#233;nements de 1938 et 1939, beaucoup d'Italiens ont choisi de ne pas rentrer en Italie, comme le demandait Mussolini. Mais en raison des accords pass&#233;s, les autorit&#233;s fran&#231;aises ont continu&#233; de r&#233;exp&#233;dier en Italie les personnes appel&#233;es sous les drapeaux. Et mon p&#232;re, qui aurait pu refuser en demandant simplement un statut de r&#233;fugi&#233; politique, y est quand m&#234;me retourn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Le retour de votre p&#232;re est-il li&#233; &#224; une d&#233;marche volontaire ou a-t-il &#233;t&#233; forc&#233; par les autorit&#233;s fran&#231;aises ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je ne l'ai jamais su. Je serais &#233;tonn&#233; qu'il soit parti de son plein gr&#233;, puisque ses fr&#232;res et s&#339;urs &#233;taient rest&#233;s. Ils n'avaient rien en Italie, je ne comprends pas pourquoi ils seraient rentr&#233;s subitement... mus par je ne sais quel &#233;lan de patriotisme, parce que... un &#233;migr&#233; n'est pas patriote. Il est impossible d'&#234;tre &#224; la fois patriote et &#233;migr&#233;.
Ils sont peut-&#234;tre rentr&#233;s parce qu'il y avait une autre opportunit&#233; : mon grand p&#232;re venait d'acheter en Italie une petite ferme et je pense qu'il a r&#233;ussi &#224; convaincre mon p&#232;re de rentrer avec lui pour l'exploiter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Votre grand-p&#232;re souhaitait-il lui aussi rentrer en Italie ? Car il pouvait &#234;tre mobilis&#233;...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement ! L'achat de la ferme qu'il d&#233;sirait exploiter &#233;tait pour lui une bonne raison de rentrer. Et puis, il voyait bien que les choses commen&#231;aient &#224; aller mal.
Concernant mon p&#232;re, j'ignore la raison de son retour et je n'ai jamais os&#233; le lui demander. J'avais de tr&#232;s bonnes relations avec lui, mais une telle question ne m'a pas effleur&#233; l'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : A-t-il &#233;t&#233; mobilis&#233; par la suite ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ha oui ! Aussit&#244;t arriv&#233;, il a &#233;t&#233; pris et envoy&#233; &#224; la guerre. Je pense qu'il n'avait pas assez r&#233;fl&#233;chi avant de prendre sa d&#233;cision. D'ailleurs, cela a par la suite bris&#233; sa vie, puisqu'en partant, il a tout abandonn&#233;, perdu tout ce qu'il avait d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;, avant d'&#234;tre oblig&#233; de r&#233;&#233;migrer et de tout recommencer &#224; z&#233;ro.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Comment et o&#249; se sont rencontr&#233;s vos parents ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ils se sont rencontr&#233;s d'une dr&#244;le de fa&#231;on ici en France et se sont mari&#233;s au consulat d'Italie &#224; Grenoble. C'est mon grand-p&#232;re qui, lors d'une discussion entre amis, a d&#233;clar&#233; qu'il avait une fille &#224; marier.... C'est comme &#231;a que les choses ont d&#233;marr&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Un arrangement familial, donc ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, puisque cela se faisait &#224; l'&#233;poque. Il est &#233;vident qu'en tant que jeune &#233;migr&#233;, mon p&#232;re aurait eu du mal &#224; trouver tout seul une &#233;pouse. Et puis, c'est plut&#244;t fr&#233;quent dans les communaut&#233;s &#233;migr&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vos parents repartent ensuite en Italie, s'installent en V&#233;n&#233;tie et votre p&#232;re est imm&#233;diatement mobilis&#233;. Vous naissez en janvier 1940, en pleine guerre. Votre p&#232;re a-t-il fait toute la guerre ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui. Il a m&#234;me &#233;t&#233; fait prisonnier par les Anglais et n'est rentr&#233; qu'en 1947.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : En quelle ann&#233;e avez-vous donc quitt&#233; l'Italie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&#192; la fin de l'ann&#233;e 1949, pour rentrer en France. J'avais alors neuf ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pourquoi votre famille est-elle encore une fois partie d'Italie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pour des raisons &#233;conomiques. Parce que le co&#251;t de la vie devenait trop &#233;lev&#233;. M&#234;me si mon grand-p&#232;re avait un peu de terre, cela ne suffisait pas &#224; nourrir une grande famille. Au lendemain de la guerre, le d&#233;sastre &#233;conomique de l'Italie est apparu au grand jour et entre 1946 et 1950, plus d'un million et demi d'Italiens ont quitt&#233; le pays.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : O&#249; vous &#234;tes-vous install&#233;s lors de votre retour en France ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Nous sommes arriv&#233;s dans les Hautes-Alpes o&#249; mon p&#232;re avait un contrat de travail. Nous y sommes rest&#233;s quelques ann&#233;es. C'est d'abord mon p&#232;re qui est revenu, en 1947, d&#232;s sa lib&#233;ration et nous l'avons rejoint plus tard, au bout d'une ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Comment avait-il trouv&#233; ce travail ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;D&#232;s sa lib&#233;ration, il s'est inscrit sur les listes pour les d&#233;parts en France, conform&#233;ment &#224; un accord pass&#233; entre la France et l'Italie : la France donnait du charbon &#224; l'Italie, qui en retour lui fournissait de la main-d'&#339;uvre. Pour cela, il fallait d'abord s'inscrire sur une liste, puis &#234;tre d&#233;clar&#233; apte par les m&#233;decins fran&#231;ais. Mon p&#232;re avait pu donc avoir l'assurance d'un travail ; il a alors pris sa valise et est parti.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Tous ces gens qui ont quitt&#233; leur pays se sont-ils dirig&#233;s vers la France, ou sont-ils all&#233;s aussi vers d'autres pays ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ils ont se sont orient&#233;s vers plusieurs pays. Mon p&#232;re est revenu en France, parce qu'il y avait d&#233;j&#224; v&#233;cu et savait parler fran&#231;ais. Il n'avait aucune raison d'aller aux &#201;tats-Unis, en Argentine ou au Canada comme ses cousins. La famille s'est &#233;clat&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous vous &#234;tes donc install&#233;s pr&#232;s de Chalon-sur-Sa&#244;ne, dans un ancien camp de concentration ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, plut&#244;t un ancien camp de travailleurs. Il s'agit de Monceau-les-Mines, le bassin minier du centre de la France qui, &#224; l'origine, recevait des mineurs. Transform&#233; en camp de prisonniers par le r&#233;gime de Vichy, ces d&#233;tenus ont &#233;t&#233; utilis&#233;s par les Allemands pour exploiter les mines. Il ne s'agissait donc pas d'un camp de concentration. Une fois la guerre finie, ces hommes sont partis et nous sommes arriv&#233;s. Ceux qui restaient n'avaient en g&#233;n&#233;ral pas de papiers, pas de patrie pr&#233;cise. On les appelait les DP : les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;displaceys persons&lt;/i&gt;. Plusieurs venaient des pays de l'Est, quelque fois sans qu'on sache comment ils &#233;taient arriv&#233;s. Il ne restait dans ce camp que des travailleurs &#233;migr&#233;s, venus de plusieurs pays d'Europe, d'Espagne, de Pologne, d'Italie, de Tch&#233;coslovaquie....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Comment se passait la cohabitation entre les diff&#233;rentes populations ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Bien, dans la mesure o&#249; les conditions de vie &#233;taient les m&#234;mes pour tous. On avait donc tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que les choses se passent bien, puisqu'&#224; cette &#233;poque, les lois sur les &#233;migrants &#233;taient tr&#232;s s&#233;v&#232;res. Le premier qui bougeait une oreille &#233;tait imm&#233;diatement reconduit &#224; la fronti&#232;re de son pays d'origine. Il ne fallait pas se battre, pas manifester et surtout pas s'accrocher avec un Fran&#231;ais. Puisque aucun &#233;migr&#233; n'avait l'intention de retourner chez lui, il ne restait plus qu'&#224; raser les murs et &#224; &#233;viter autant que possible les gendarmes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Votre famille avait une carte de r&#233;sident de plusieurs ann&#233;es. Comment cela s'est-il fait ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Nous sommes arriv&#233;s en fraude en France. Nous n'avions pas de papiers. C'est seulement apr&#232;s que nous avons obtenu une carte de visite temporaire. J'ai plus tard obtenu une carte de travail que je conserve encore.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Mais vous ne nous aviez pas dit cela ! Votre p&#232;re avait-il ses papiers ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, mon p&#232;re &#233;tait en r&#232;gle. Voyez-vous, pour des raisons &#233;conomiques, les autorit&#233;s italiennes s'&#233;taient oppos&#233;es &#224; ce que les familles rejoignent les travailleurs. Les accords conclus entre les deux pays pr&#233;voyaient que les travailleurs exp&#233;dient 70 % de leurs revenus &#224; leur famille, ce qui est consid&#233;rable. En rejoignant le travailleur, les familles privaient alors le pays de cette manne financi&#232;re. En effet, une fois convertie en monnaie italienne, l'argent envoy&#233; gagnait en valeur et l'Etat pouvait en pr&#233;lever un certain pourcentage. L'Italie, on peut le dire, s'est reconstruite sur le dos des &#233;migr&#233;s. C'est pour cela qu'on y &#233;tait retenus. Mais mon p&#232;re tenait &#224; ce qu'on le rejoigne et ses fr&#232;res et s&#339;urs install&#233;s &#224; Brian&#231;on ont propos&#233; de nous aider &#224; quitter le territoire. Nous avons emprunt&#233; un autobus qui nous a laiss&#233;s &#224; un kilom&#232;tre environ de la fronti&#232;re, avant de tenter une premi&#232;re fois de traverser la fronti&#232;re avec nos papiers italiens. Ce fut un &#233;chec, nous avons &#233;t&#233; refoul&#233;s. Les douaniers recevaient des consignes diff&#233;rentes selon le pays. Les fran&#231;ais disaient que nous n'&#233;tions en r&#232;gle que vis-&#224;-vis de l'Italie, pas par rapport &#224; la France. Alors, un apr&#232;s-midi, mes deux tantes qui habitaient en France sont arriv&#233;es dans le village frontalier du c&#244;t&#233; italien, dans un h&#244;tel o&#249; nous devions nous rencontrer. Derri&#232;re, s'&#233;tendait une grande prairie. Nous nous y sommes rendus en faisant semblant de ramasser des fleurs, jusqu'&#224; ce qu'&#224; ce que nous passions la fronti&#232;re. Les douaniers Italiens, qui n'&#233;taient pas dupes, savaient tr&#232;s bien ce que nous faisions. Arriv&#233;s au poste, parce que nous &#233;tions avec nos tantes, les douaniers fran&#231;ais ont appos&#233; leur tampons sur nos documents. Nous venions de traverser la fronti&#232;re en fraude. Nous avons par la suite r&#233;ussi &#224; r&#233;gulariser nos papiers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Il n'y avait donc pas de visa &#224; l'&#233;poque ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, il n'y avait pas tout cela. On pouvait circuler dans le pays, d&#232;s lors qu'on avait un passeport tamponn&#233; par les douanes fran&#231;aises. On laissait rentrer ou on ne laissait pas. C'est par la suite que nous avons fait une demande de r&#233;sidence, vu que mon p&#232;re vivait d&#233;j&#224; l&#224;. On a alors obtenu l'autorisation d'&#234;tre des r&#233;sidents temporaires. Cette carte &#233;tait &#233;tablie &#224; l'&#233;poque pour un an environ, je ne m'en souviens plus. C'&#233;tait apr&#232;s trois ans et ensuite dix ans. Au bout de la deuxi&#232;me carte, on devenait alors r&#233;sident privil&#233;gi&#233; pour dix ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Que faisait votre p&#232;re, travaillait-il dans les mines ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, mon p&#232;re travaillait dans le b&#226;timent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Avez vous rencontr&#233; des difficult&#233;s pour vous adapter &#224; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Mes parents n'avaient aucun probl&#232;me, mais pour moi, les choses ont &#233;t&#233; tr&#232;s dures. Le d&#233;part a &#233;t&#233; traumatisant. J'avais mon monde et il &#233;tait sans lien avec celui de mes parents. Ce monde s'est arr&#234;t&#233; le jour o&#249; il a fallu que je parte, m&#234;me si j'&#233;tais content d'arriver en France. Les choses se sont d&#233;roul&#233;es en deux temps : d'abord, je suis parti avec ma m&#232;re, et c'est seulement lorsque notre situation a &#233;t&#233; r&#233;gularis&#233;e que nous sommes retourn&#233;s chercher mes deux fr&#232;res qui &#233;taient rest&#233;s en Italie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous &#233;tiez l'a&#238;n&#233; de la famille ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, je suis le second.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pourquoi votre m&#232;re est-elle partie avec vous en premier ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je ne sais pas, peut-&#234;tre parce que j'&#233;tais le plus silencieux, ou parce que mon fr&#232;re, plus grand, devait rester avec le plus petit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quel &#226;ge aviez-vous, vous et vos fr&#232;res ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;J'avais neuf ans, mon fr&#232;re devait en avoir trois de plus et il pouvait donc s'occuper de mon autre fr&#232;re qui en avait sept. A cet &#226;ge, au pied de l'adolescence, l'&#233;migration est un traumatisme. On ne s'en rel&#232;ve jamais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : &#201;tiez-vous d&#233;j&#224; scolaris&#233; en Italie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, je l'&#233;tais, mais la guerre faisait qu'on ne fr&#233;quentait pas beaucoup l'&#233;cole. J'ai &#233;t&#233; inscrit &#224; l'&#233;cole en France en janvier 1950 et les choses se sont tr&#232;s bien pass&#233;es. J'ai eu la chance de tomber sur des instituteurs qui prenaient de leur temps le soir pour me donner des cours. Il m'a donc fallu peu de temps pour rattraper les autres. J'ai appris le fran&#231;ais assez rapidement. Je n'ai connu aucun probl&#232;me particulier d'adaptation, m&#234;me si on &#233;tait souvent confront&#233;, &#224; l'&#233;cole, &#224; une discrimination sociale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quelle forme prenait cette discrimination ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;La m&#234;me qu'aujourd'hui : on &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un sous-produit, parce qu'on ne parlait pas la langue et qu'on n'avait pas les moyens de s'habiller. On &#233;tait diff&#233;rents, on &#233;tait des sous-prol&#233;taires, parce que nous n'avions m&#234;me pas les moyens d'un prol&#233;taire fran&#231;ais. Le pire, c'est que les enfants n&#233;s en France de parents &#233;migr&#233;s nous discriminaient autant que les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Ressentiez-vous cette discrimination plus chez les adultes ou plus chez vos camarades de classe ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; choqu&#233; d'une telle discrimination de la part de mes camarades de classe, m&#234;me si je ne l'approuvais pas, parce qu'au moins je pouvais me d&#233;fendre. Avec les adultes, c'&#233;tait diff&#233;rent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'&#233;tait des paroles, des mots, des gestes qui vous blessaient ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'&#233;tait surtout le ton employ&#233;. On s'adressait &#224; moi avec le ton et la forme qu'on emploie pour... pour... Je ne ferai pas de comparaisons malheureuses en parlant d'un chien, mais on le faisait comme si on s'adressait &#224; un sous-produit. Il y avait des injures du genre, macaronis, laquais, Mussolini...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Au sein du camp de travail o&#249; il y avait un important m&#233;lange de populations, y avait-il des conflits ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, mais les conflits &#233;taient des conflits ordinaires, du genre : &quot;Pourquoi regardes-tu ma femme, ta musique est trop forte...&quot; Il n'y avait rien de tr&#232;s grave. Mais il faut dire que les musulmans en g&#233;n&#233;ral s'accrochaient avec les r&#233;sidents des pays de l'Est, qui eux mangeaient beaucoup de porc et avaient pour habitude d'acheter l'animal vivant et de le tuer dans la cour. Ce qui &#233;tait contraire aux habitudes des musulmans. Malgr&#233; toutes ces difficult&#233;s, toutes les communaut&#233;s restaient solidaires et soud&#233;es, puisqu'elles vivaient les m&#234;mes r&#233;alit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quels &#233;taient les moments o&#249; les communaut&#233;s pouvaient se rassembler ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Les communaut&#233;s se rassemblaient lorsqu'un probl&#232;me portait atteinte &#224; la dignit&#233;. Les &#233;migr&#233;s n'avaient pas le droit d'avoir une action politique. Certains ont m&#234;me &#233;t&#233; pris &#224; parti parce qu'ils vendaient des journaux communistes. Il y avait aussi des r&#232;glements de compte &#224; coups de fusil entre &#233;migr&#233;s, pour des probl&#232;mes li&#233;s aux querelles entre enfants.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Lors de ces querelles, y avait-il des insultes qui portaient sur l'origine de la personne ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, il y avait des injures pour le Sicilien, d'autres pour l'Italien, l'Espagnol, l'Arabe. Mais la le&#231;on que je retiens est que l'allusion &#224; l'origine &#233;tait faite sans m&#233;chancet&#233;, sans intention r&#233;elle de porter atteinte &#224; la dignit&#233; de la personne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Croyez-vous que les choses aient &#233;t&#233; aussi difficiles pour vos parents ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, pour eux aussi les choses ont &#233;t&#233; difficiles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Y avait-il au sein du camp, des m&#233;langes inter communautaires, par le mariage, par exemple ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, mais pas assez, puisqu'il y avait peu de femmes seules. La plupart &#233;taient venues rejoindre leur &#233;poux. Par contre, il y avait beaucoup de mariages entre des gens qui travaillaient ensemble.
J'ai aussi connu des Italiens qui avaient une s&#339;ur au pays et qui disaient &#224; leur copain de travail : &quot;Tu cherches une femme, eh bien j'ai une s&#339;ur !&quot; &#199;a marchait pour certains, pas pour tous. Mais les Polonais en g&#233;n&#233;ral n'aimaient pas trop que leur s&#339;ur &#233;pouse une femme qui n'est pas polonaise. Il est portant arriv&#233; que des Polonais &#233;pousent des non polonais. Mais ces mariages &#233;taient mal vus et consid&#233;r&#233;s comme source d'emmerdements. Puis apr&#232;s, ils finissaient par &#234;tre accept&#233;s. Les gens, malgr&#233; tout, restaient tr&#232;s pragmatiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Le camp recevait donc des travailleurs autres que ceux qui exer&#231;aient dans les mines, puisque votre p&#232;re, lui, travaillait dans le b&#226;timent ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Le camp n'accueillait que les travailleurs &#233;migr&#233;s. Les fran&#231;ais employ&#233;s dans les mines n'y habitaient pas. Ils se trouvaient dans des maisons particuli&#232;res, &#224; l'ext&#233;rieur. Et les gens du camp construisaient des maisons pour les futurs mineurs. Ceux-ci, en revanche, &#233;taient Fran&#231;ais ou &#233;migr&#233;s. Le camp &#233;tait fait de baraques, avec le minimum vital pour vivre d&#233;cemment, m&#234;me si on pourrait &#234;tre choqu&#233; aujourd'hui que des gens vivent dans de telles conditions. Nous, on n'a pas souffert du froid, ni du manque d'eau.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et vous deviez payer pour cela ? &lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Au d&#233;but, c'&#233;tait une mise &#224; disposition gratuite, puisque c'est l'entreprise qui payait. Puis apr&#232;s, &#231;a a &#233;t&#233; payant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et c'est donc apr&#232;s que ce camp s'est transform&#233; en village ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, puisque des maisons se sont construites au fur et &#224; mesure autour du camp, qui se r&#233;duisait comme une peau de chagrin, puisqu'on le d&#233;molissait progressivement pour faire dispara&#238;tre les baraques. Celles qui &#233;taient conserv&#233;es &#233;taient habill&#233;es d'un parpaing &#224; l'ext&#233;rieur, tandis que le bois &#233;taient conserv&#233; &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Comment se sont par la suite d&#233;velopp&#233;es les infrastructures : commerces, lieux de cultes...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;L'&#233;glise n'existait pas encore. Elle n'a &#233;t&#233; construite que dans les ann&#233;es 56-57. Il n'y avait pas de lieux de culte, mais il y avait deux petits villages pas tr&#232;s loin o&#249; les gens allaient au culte, avec un cur&#233; de l'origine de chaque communaut&#233;, d&#233;l&#233;gu&#233; par les diff&#233;rents consulats.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et comment &#231;a se passait pour les musulmans ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pour les musulmans comme pour les membres des &#233;glises orthodoxes, il n'y avait rien. Il n'y avait que les grandes communaut&#233;s catholiques. D'ailleurs tous les cur&#233;s n'&#233;taient que des b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Comment se sont d&#233;velopp&#233;s les commerces ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;La majorit&#233; des commerces &#233;tait tenue par des gens qui sortaient des camps de concentration ; il y avait m&#234;me deux malheureux juifs qui sortaient des camps d'extermination. Ils avaient, l'un une &#233;picerie, et l'autre une boulangerie. Puis il y a eu un boulanger qui venait lui aussi d'ailleurs. On vivait dans la France profonde et rurale. Le jour o&#249; du charbon a &#233;t&#233; d&#233;couvert dans la r&#233;gion, le village a commenc&#233; &#224; changer de gueule. La prairie a progressivement fait place aux maisons qui ont commenc&#233; &#224; pousser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Il n'y avait pas de paysans dans la r&#233;gion ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, il n'y avait que des ouvriers, c'est-&#224;-dire des gens qui travaillaient soit &#224; la construction du village, soit &#224; la mine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et l'&#233;cole ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Il y avait, pr&#232;s du camp, deux villages qui se trouvaient &#224; distance &#233;gale et dont les limites territoriales passaient au milieu du camp. Le camp &#233;tait donc coup&#233; en deux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Comment s'appelait-il ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Le camp de Rozelay. Il ne disposait pas d'&#233;cole. Il a &#233;t&#233; donc convenu que la moiti&#233; des enfants de chaque partie du camp irait dans le village qui &#233;tait situ&#233; pr&#232;s de ses limites. Il y avait cinq kilom&#232;tres entre le village et l'&#233;cole et les mines avaient mis en place un r&#233;seau de bus. Mais on allait quelques fois &#224; pied &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Est-ce qu'un &#233;cole fut construite apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, mais je ne l'ai pas connue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Combien de familles y avait-il dans le camp ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je n'en ai aucune id&#233;e. Quand on est arriv&#233;, au d&#233;but, il y avait environ deux cents familles, puis la population a vite grimp&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Connaissez-vous l'origine du nom Rozelay ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non et je n'y ai pas pens&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Les familles qui sont arriv&#233;es apr&#232;s vous dans le camp avaient-elles d'autres raisons de s'installer l&#224;, hormis le fait de travailler dans les mines ou le b&#226;timent ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, parce qu'il n'y avait rien d'autre &#224; faire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quelles &#233;taient vos relations avec les habitants des deux villages ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;La ville la plus proche &#233;tait Monceau-les-Mines. Ces deux villages &#233;taient des villages ruraux et les relations &#233;taient tr&#232;s difficiles. Ces villageois &#233;taient d'origine paysanne, ils n'&#233;taient pas m&#233;chants, mais ils nous voyaient quand m&#234;me comme une masse informe de gens qui venaient de quelque part manger leur pain... Mais il faut dire &#224; leur d&#233;charge que les choses ne se sont pas toujours pass&#233;es comme ils l'auraient souhait&#233;. Ils nous voyaient un peu comme des envahisseurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Avant l'ouverture des commerces &#224; Rozelay, je suppose que les familles allaient faire leurs courses dans les deux villages. Comment se passaient donc les choses ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, nous n'allions pas faire les courses. C'&#233;tait plut&#244;t les commer&#231;ants de ces villages qui passaient dans le camp vendre leurs produits avec leurs camions, une ou deux fois par semaine. On avait, soit le jour du boulanger, soit celui du boucher, soit un autre. Avec nous, les enfants, ils avaient quelque fois des r&#233;flexions d&#233;sagr&#233;ables mais il faut dire qu'on n'&#233;tait pas reluisants non plus. Les gens &#233;taient ce qu'ils &#233;taient. On ne peut pas leur en vouloir, parce qu'ils n'aimaient pas ce qu'ils ne comprenaient pas ou ne ma&#238;trisaient pas. On avait souvent des probl&#232;mes avec eux, puisqu'il nous arrivait de leur voler une pomme et cela finissait par tourner au scandale. Qu'on me traite de Macaroni ou autre, je m'en foutais. Le plus dur, c'est quand on jouait avec nos amis et que le p&#232;re sortait et disait : &quot;Rentre, ne joue pas avec eux !&quot; C'&#233;tait des moments tr&#232;s difficiles. On nous disait de partir et on nous disait toutes ces petites choses d&#233;sagr&#233;ables qui vont avec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vos parents avaient-ils des amis fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, pas sur place. Il y en avait peu. Ils n'avaient aucune relation amicale avec les habitants du village voisin. C'&#233;tait impossible, puisqu'il n'y avait pas de moyens de transport. On ne pouvait se d&#233;placer qu'&#224; pied, pour aller &#224; la mairie chercher des papiers pour l'&#233;cole, par exemple. C'&#233;tait tr&#232;s difficile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : De quelle mairie d&#233;pendiez-vous, puisque le camp &#233;tait coup&#233; en deux par les villages ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Chaque partie du camp d&#233;pendait de la mairie du village qui se trouvait sur son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Les habitants du camp vivaient donc repli&#233;s sur eux-m&#234;mes.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, tout se passait entre les trois, quatre magasins. Il y avait aussi deux caf&#233;s et ce qu'on appelait la cantine : l'endroit o&#249; logeaient tous les c&#233;libataires &#233;migr&#233;s qui travaillaient dans les mines. Ils &#233;taient nombreux et avaient chacun un studio. Pour manger, la cantine g&#233;r&#233;e par un des leurs avec son &#233;pouse leur proposait des repas &#224; des prix tr&#232;s int&#233;ressants. Ce syst&#232;me avait &#233;t&#233; institu&#233; par la soci&#233;t&#233; des mines, pour faciliter l'acc&#232;s au travail d'un mineur victime d'un accident de travail, car celui qui g&#233;rait la cantine &#233;tait en g&#233;n&#233;ral un invalide du travail. L&#224;-bas, les &#233;migr&#233;s se sentaient vraiment vivre. C'&#233;tait l'endroit o&#249; ils pouvaient se rencontrer, parler leur langue, jouer leurs jeux, chanter, partager et m&#234;me refaire le monde, ce qui &#233;tait impossible dans les bistrots, avec les Fran&#231;ais, dans la mesure o&#249; il ne fallait pas faire de bruit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Les communaut&#233;s ont donc pu recr&#233;er, r&#233;inventer leurs traditions dans ce camp ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Elles essayaient du moins d'entretenir le peu qui leur restait, parce que, quand on &#233;migre, on laisse tout et on part sans rien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Mais il reste au moins la m&#233;moire !&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, mais la m&#233;moire, c'est pour les &#233;crivains ! La langue, la musique et le reste &#231;a s'appauvrit tr&#232;s tr&#232;s vite. M&#234;me si les &#233;migr&#233;s id&#233;alisent leur pays natal pour combler le vide, en r&#233;alit&#233;, ils perdent tout, de jour en jour, d'heure en heure. Ils communiquent dans le peu de fran&#231;ais qu'ils savent, parce que c'est la langue du pays, celle qui fait foi et qui permet d'entrer en contact avec l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Dans quel langue communiquiez-vous au sein de votre famille ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Mes parents ont toujours communiqu&#233; en fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Entre elles, quelle langue utilisaient les diff&#233;rentes communaut&#233;s ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Fran&#231;ais. Avec les autres Italiens on parlait aussi bien fran&#231;ais qu'italien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Les communaut&#233;s organisaient-elles des f&#234;tes religieuses ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non. Les gens ne se retrouvaient r&#233;guli&#232;rement que pour la messe. Pour les Italiens, c'&#233;tait surtout pour la f&#234;te de P&#226;ques, le seul jour o&#249; mon p&#232;re allait &#224; la messe, d'ailleurs. Les Italiens n'&#233;taient pas de fervents religieux. Ils &#233;taient comme le nomme ce joli mot proven&#231;al &quot;des capelans&quot;, des gens qui estiment ne pas &#234;tre oblig&#233;s de donner des explications sur leur croyance ou leur incroyance. Ils bouffent du cur&#233;, mais ne remettront jamais en cause l'existence de J&#233;sus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Au cours de cette p&#233;riode, vos parents ont-ils gard&#233; des relations avec la famille rest&#233;e en Italie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, il y avait un contact, mais pas comme on serait tent&#233; de le croire. C'&#233;tait juste le strict minimum, l'oxyg&#232;ne n&#233;cessaire pour ne pas mourir : des lettres, pour dire par exemple &quot;J'ai rencontr&#233; un tel du village d'&#224; c&#244;t&#233;, qui a demand&#233; de vos nouvelles&quot;. Entre les fr&#232;res et s&#339;urs de mon p&#232;re install&#233;s ici en France, il y avait une vraie relation mais avec la branche rest&#233;e en Italie, aucune.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Aviez-vous des occasions de repartir en vacances en Italie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Seuls mon p&#232;re et ma m&#232;re y retournaient. Moi je n'y suis reparti que plus tard, longtemps apr&#232;s, &#224; l'&#226;ge de trente-sept ans. &#199;a a &#233;t&#233; un choc. Mes grands-parents &#233;taient d&#233;j&#224; morts. Je ne voulais pas y retourner, parce que c'&#233;tait un peu rouvrir une plaie, ouvrir la porte &#224; des &#233;motions qu'il valait mieux laisser tomber. Il n'est pas &#233;vident de revoir ce que l'on a connu. Vous savez, il existe cette image de l'&#233;migr&#233; dans le train, qui lorsqu'il passe la fronti&#232;re, jette tout ce qu'il poss&#232;de, en se disant : &quot;J'arrive dans un endroit o&#249; tout sera rembours&#233;.&quot; Mais en r&#233;alit&#233;, il d&#233;sire oublier tout ce qu'il a &#233;t&#233;, parce qu'il est difficile de s'adapter en ayant perp&#233;tuellement &#224; l'esprit qu'on est d'ici et d'ailleurs. Tous les &#233;migr&#233;s sont malheureusement confront&#233;s &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne de double identit&#233; : celle du dedans et celle du dehors. Pour moi, ce retour en Italie fut donc une d&#233;ception.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vos parents ont-ils eu l'occasion de retrouver ici en France des gens qu'ils avaient connu en Italie ?&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Oui, mon p&#232;re recevait des gens de son village qui ont &#233;migr&#233;. D'autres venaient de Grenoble pour nous rendre visite ; on a entretenu avec tous ceux qui ont &#233;migr&#233; en France de bonnes relations et gard&#233; de fragiles liens avec ceux qui sont rest&#233;s en Italie. Il doit y avoir une bonne raison. Je pense que mon p&#232;re en a voulu &#224; cette situation &#233;conomique d&#233;sastreuse qui l'a oblig&#233; &#224; partir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vos parents sont-ils retourn&#233;s vivre en Italie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non. Mon p&#232;re a fait d'abord un bref retour pour la mort de mon grand-p&#232;re, avant d'y aller r&#233;guli&#232;rement, &#224; partir de 1965. Il y allait tous les ans et voulait m&#234;me y &#234;tre enterr&#233;. Comme tous les &#233;migr&#233;s, il esp&#233;rait rentrer dans son pays et avait toujours une valise pr&#234;te. Mais il a finalement chang&#233; d'avis. Vers la fin de sa vie, alors que j'&#233;tais en Afrique du Nord, ma femme m'a appel&#233; pour me dire qu'il allait mal. Il avait un cancer du larynx dont il avait &#233;t&#233; op&#233;r&#233; dix ans avant et l&#224;, il &#233;tait en phase terminale. Lorsque je me suis rendu &#224; son chevet, il m'a confi&#233; que ce n'&#233;tait plus possible de le ramener en Italie, parce qu'il voulait &#234;tre enterr&#233; &#224; Brian&#231;on, pr&#232;s de ses fr&#232;res et s&#339;urs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : La famille de votre m&#232;re se trouvait-elle en France ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, le peu de sa famille. J'ai m&#234;me revu mon grand-p&#232;re avant sa mort. Ma m&#232;re avait une s&#339;ur que je n'ai jamais connue et qui se trouvait &#224; Marseille, un cousin et une cousine que je n'ai jamais connus. Ma m&#232;re est arriv&#233;e jeune en France. Elle n'avait pas de famille en Italie, puisque les autres membres avaient aussi &#233;migr&#233;. Contrairement &#224; mon p&#232;re, elle n'avait aucun probl&#232;me de communication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Combien de temps avez-vous pass&#233; dans le camp de Rozelay ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je ne suis pas rest&#233; trop longtemps. &#192; seize ans, j'ai pris la route.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pourquoi ? Pour travailler ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;J'avais commenc&#233; &#224; travailler &#224; quatorze ans dans un laboratoire de TSF, comme apprenti. On travaillait soixante heures environ et le soir, je suivais une ou deux heures de cours &#224; la chambre des m&#233;tiers. &#192; seize ans, je suis parti. Je pense que c'est une maladie que tous les &#233;migr&#233;s ont. On est poursuivi par une esp&#232;ce d'insatisfaction, quelque soit ce qu'on est ou la position qu'on occupe. Cette insatisfaction peut-&#234;tre li&#233;e &#224; la rupture car quand on part si jeune, on a l'impression d'avoir &#233;t&#233; chass&#233; du paradis. On se prend pour Ca&#239;n. Moi, j'&#233;tais bien l&#224;-bas, mon p&#232;re a choisi de partir, pas moi ! J'ai suivi ! En prenant du recul, on se rend compte qu'on a d&#233;velopp&#233; des pathologies terribles, parfois insupportables pour ceux qui vivent avec nous. On ne peut pas &#234;tre en paix avec nous-m&#234;me. Les meilleurs moments de ma vie, je les ai v&#233;cus en Italie. On ne mangeait pas toujours &#224; notre faim, mais on s'en foutait. En partant de la maison, j'avais l'espoir de retrouver le paradis perdu, ou m&#234;me de recr&#233;er ce pass&#233; o&#249; on &#233;tait s&#251;r d'appartenir &#224; un groupe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : O&#249; &#234;tes-vous all&#233; et comment aviez-vous choisi votre destination ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je suis parti dans le Nord de la France. Lorsque je prenais mes cours du soir, j'ai rencontr&#233; un copain Fran&#231;ais dont les parents avaient &#233;t&#233; mut&#233;s. Il m'a dit qu'une nouvelle &#233;cole venait d'&#234;tre cr&#233;&#233;e par le gouvernement dans le Nord, pour les adultes qui n'avaient pas appris un m&#233;tier. Je n'avais aucun dipl&#244;me et le service de la main-d'&#339;uvre, qui par la suite a donn&#233; le minist&#232;re du Travail, puis l'AFPA, m'a admis ; j'&#233;tais l'un des premiers &#224; y entrer. C'&#233;tait dans le d&#233;partement de l'Aube, &#224; Romigny-sur-Seine, dans les locaux d'un ancien camp de prisonniers transform&#233; en centre AFPA, vers la fin de 1955 et le d&#233;but de 1956. Du toit, on voyait le jour se lever... mais on n'avait pas froid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous viviez, &#233;tudiez et travailliez dans ce lieu ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, on vivait dans de grandes chambres, comme les militaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quel m&#233;tier appreniez-vous ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je suis rest&#233; dans le m&#234;me cr&#233;neau professionnel. J'ai appris l'&#233;lectricit&#233;, l'&#233;lectrom&#233;canique pendant six &#224; sept mois, avant de quitter la France pour aller travailler et &#224; partir de l&#224;, je n'ai plus arr&#234;t&#233; de bouger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pouvez-vous nous &#233;num&#233;rer les diff&#233;rents endroits o&#249; vous &#234;tes pass&#233; ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Mon Dieu ! &#199;a va du Nord &#224; l'Est, en passant par le Sud... Il n'y a qu'un seul endroit en France o&#249; je ne suis pas all&#233;. C'est en Bretagne, dans l'Ouest de la France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pouvez-vous retracer ce parcours dans l'ordre chronologique ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;De Paris, je suis parti dans le d&#233;partement de l'Aine, puis dans la S&#226;one, dans les d&#233;partements du Nord, aux Ardennes, en Alsace, en Lorraine, en Savoie...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Dans quel pays vous-&#234;tes vous rendu quand vous avez quitt&#233; la France ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;J'ai commenc&#233; par l'Allemagne, j'ai fait tout le Maghreb, le Moyen Orient, le Pakistan, l'Irak, l'Iran, la Gr&#232;ce, l'Inde...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Combien de temps vos parents sont-ils rest&#233;s dans le camp de Rozelay ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Une dizaine d'ann&#233;es environ, avant d'acheter une petite maison non loin, &#224; dix kilom&#232;tres de Rozelay, o&#249; ils ont v&#233;cu jusqu'&#224; la fin de leur vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Avez-vous des choses &#224; rajouter ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;L'&#233;migration est un sujet difficile &#224; aborder, destructeur du point de vue identitaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous avez toujours continu&#233; &#224; voyager, m&#234;me apr&#232;s avoir eu des enfants ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, car m&#234;me si on fait tout pour ne pas reproduire ce qu'on a v&#233;cu, dans le but de prot&#233;ger nos enfants, on refait les m&#234;me choses sans s'en rendre compte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quand vous partiez, c'&#233;tait pour des raisons &#233;conomiques ou pour autre chose ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'&#233;tait principalement et avant tout pour des raisons &#233;conomiques, puisque je tenais &#224; ce que mes enfants ne manquent de rien, mais aussi pour leur assurer un pied &#224; terre, une base. L'essentiel pour moi &#233;tant qu'ils aient une identit&#233; car c'est bien, de manger, mais c'est mieux d'avoir une identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Voyagiez-vous quelquefois avec vos enfants ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, tr&#232;s souvent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : O&#249; aviez-vous install&#233; votre point de chute, ce pied &#224; terre ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ici, &#224; Marseille. Il y a toujours eu une constance chez un enfant &#233;migr&#233;.... Le pire, c'est de se rendre compte que ses parents n'assument pas leur d&#233;cision d'avoir &#233;migr&#233;. C'est dur, pour un gosse, d'entendre ses parents dire apr&#232;s quelques ann&#233;es : &quot;... Ah ben, ce n'est pas de ma faute si je me suis expatri&#233;&#8230;&quot; Heureusement, je n'ai jamais entendu mon p&#232;re faire de pareilles r&#233;flexions. Lui avait tout supprim&#233;, de fa&#231;on &#224; ce qu'il n'y ait aucun retour possible. Dans tous les cas, on d&#233;clenche des pathologies nerveuses li&#233;es &#224; notre qu&#234;te identitaire.
Avoir une identit&#233; moiti&#233; noire, moiti&#233; blanche, ce n'est rien, mais &#234;tre amput&#233; de son identit&#233;, c'est mortel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Un peu comme les enfants adopt&#233;s, dont le pass&#233; a &#233;t&#233; effac&#233; et qui se retrouvent compl&#232;tement d&#233;structur&#233;s ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'est dur, tr&#232;s dur, surtout lorsque rien n'est fait pour r&#233;tablir cette identit&#233; perdue. Mes parents n'avaient pas le temps. Il fallait vivre. Ils n'ont m&#234;me pas eu le temps de m'apprendre &#224; parler italien. Tout le monde travaillait et il n'y avait de temps pour rien. Mais, il n'y a jamais eu de d&#233;ni de leur part et m&#234;me si je reste perturb&#233; par tout &#231;a, je reconnais qu'ils ont assur&#233;. Moi, je ne me reconnais ni totalement comme Fran&#231;ais, ni totalement comme Italien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quelle nationalit&#233; avez-vous donc ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Toujours la nationalit&#233; italienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous n'avez jamais demand&#233; la nationalit&#233; fran&#231;aise ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je n'en vois pas l'utilit&#233;, puisque je ne me consid&#232;re pas comme Italien. J'ai cette nationalit&#233; parce qu'il faut en avoir une, je n'y attache pas d'importance. J'ai juste conserv&#233; la nationalit&#233; que j'avais au d&#233;part. J'ai certes des affinit&#233;s avec l'Italie, mais j'en ai plus avec le Maghreb, puisque j'y ai travaill&#233; pendant vingt ans. Je connais mieux les Maghr&#233;bins que les Fran&#231;ais et les Italiens. Que vais-je encore r&#233;clamer ? Je ne me sens pas plus d'un c&#244;t&#233; que de l'autre. Je dirais m&#234;me que je suis un Italien de culture fran&#231;aise. Je sais peu de choses de mon pays d'origine. On ne peut pas tout savoir et d'ailleurs on n'a pas le temps. Si j'avais eu le temps et les moyens financiers, peut-&#234;tre aurais-je pu me payer le luxe d'&#234;tre &#224; la fois d'ici et de l&#224;-bas, &#224; cheval entre deux cultures. Mais les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques font qu'on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Et puis, je m'en fous, je n'ai aucun probl&#232;me &#224; ce niveau. Chacun fait ses choix, chacun r&#232;gle ses probl&#232;mes &#224; sa fa&#231;on et selon ses moyens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Propos recueillis par Julie Lafaurie, avril 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Le dernier du 43</title>
		<link>http://www.koinai.net/article585.html</link>
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		<dc:date>2008-12-23T15:01:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabrice Joubert</dc:creator>

<category domain="http://www.koinai.net/rubrique52.html">Les sentences de l'habitant</category>


		<description>A sa fa&#231;on, M. Hedroug est une sorte de Robinson Cruso&#235; de la rue de la R&#233;publique. Seul occupant de son immeuble, il se bat pour maintenir en &#233;tat les lieux, au milieu des squatteurs, et abandonn&#233; par des propri&#233;taires fant&#244;mes. M. Hedroug n'est pas dupe, et cela fait longtemps qu'il ne se berce plus d'illusions. Il veut seulement qu'on l'entende et qu'on le respecte enfin. &lt;br /&gt;Koinai : Bonjour M. Hedroug, vous habitez au 43 rue de la r&#233;publique ? &lt;br /&gt;Exactement, au 43, &#231;a va faire 12 ans. &lt;br /&gt;K : 12 ans que (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;A sa fa&#231;on, M. Hedroug est une sorte de Robinson Cruso&#235; de la rue de la R&#233;publique. Seul occupant de son immeuble, il se bat pour maintenir en &#233;tat les lieux, au milieu des squatteurs, et abandonn&#233; par des propri&#233;taires fant&#244;mes. M. Hedroug n'est pas dupe, et cela fait longtemps qu'il ne se berce plus d'illusions. Il veut seulement qu'on l'entende et qu'on le respecte enfin.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Koinai : Bonjour M. Hedroug, vous habitez au 43 rue de la r&#233;publique ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement, au 43, &#231;a va faire 12 ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : 12 ans que vous &#234;tes ici ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement, dans le m&#234;me appartement. Ca fait 12 ans que je suis l&#224;, depuis 97.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et vous &#234;tes le dernier occupant de l'immeuble ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, l'immeuble qui est au 43. Et il y a un autre monsieur au 45, plus les squatters. Y en a en pagaille des squatters. C'est pas &#231;a qui manque.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et comment &#231;a se fait que vous soyez le dernier ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ben, je suis le dernier locataire parce qu'on ne m'a pas encore relog&#233;. Parce qu'ils devraient me reloger. Donc, on m'a fait des propositions, mais &#231;a m'int&#233;ressait pas. J'ai un appartement qui est immense, qui est propre et tout. J'ai tout refait, j'ai sacrifi&#233; toute ma jeunesse quand je travaillais, quand j'&#233;tais en bonne sant&#233;. Je suis en invalidit&#233; pour l'instant. Je peux pas travailler parce que je suis malade, je fais des d&#233;pressions et j'ai du diab&#232;te. Je porte aussi une plaque. Donc, Je suis reconnu comme travailleur handicap&#233; et je touche une petite pension d'invalidit&#233;. Ca me donne pas les moyens d'aller ailleurs. On m'a propos&#233; des loyers de 700, 800 &#8364;, j'peux pas. L&#224;, je paye que 350 &#8364; par mois. C'est des bas loyers, vous voyez. Et puis j'aimerai bien rester dans le quartier parce que mon fils y est n&#233;. Il a 15 ans, sa scolarit&#233;, son &#233;ducation qui est bien faite. Mon &#233;pouse travaille juste &#224; cot&#233;, elle est &#224; 10 m&#232;tres du boulot. Et puis je suis suivi par des m&#233;decins, les h&#244;pitaux et tout. Sant&#233;. Donc moi, j'peux pas aller ailleurs. On m'a propos&#233; des relogements dans des quartiers qui m'int&#233;ressait pas ou dans des immeubles, et pareil, c'&#233;tait du vieux et tout. J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; rester &#224; la rue de la R&#233;publique. Ils ont besoin de retrouver le patrimoine comme ils disent, mais c'est pas une raison de me mettre dehors.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Alors, au niveau de la loi, dans quelle situation &#234;tes vous ? Est-ce que vous &#234;tes expulsable ou pas ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pour l'instant, non. J'ai rien eu, &#224; part le cong&#233; que j'ai re&#231;u, qui me disait que mon bail se terminait fin 2009. Donc, je verrai avec eux. Derni&#232;rement, j'ai eu une offre, une proposition. J'ai &#233;t&#233; contact&#233; par les propri&#233;taires pour qu'on aille voir avec &quot;Marseille R&#233;publique&quot; s'ils pouvaient s'arranger et tout. Sinon, au pire des cas, je sais pas o&#249; &#231;a va aller. Donc j'suis avec &quot;Un Centre Ville pour Tous&quot; qui me suivent depuis toujours. J'suis r&#233;sistant avec eux ; ils ont r&#233;gl&#233; pas mal de dossiers. A priori, j'pense qu'il n'y aurait pas de probl&#232;mes. Je pense que &#231;a va aller.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Donc, vous pensez pouvoir &#234;tre relog&#233; dans de bonnes conditions ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ah oui, moi j'ai demand&#233; &#224; &#234;tre relog&#233; dans de bonnes conditions, dans les m&#234;mes conditions, du reste, au niveau de la superficie, parce que vous voyez l'appartement, il est grand. On m'a propos&#233; un appartement qui est neuf, qui se trouve &#224; la Belle de Mai dans le 3 &#232;me. C'est des chambres de 8 m2. 8 m2, j'peux pas y vivre. Soyez compr&#233;hensifs, non ? J'pourrais m&#234;me pas mettre mes meubles et tout. J'ai investi, j'ai travaill&#233; au port pendant 25 ans, j'&#233;tais en bonne sant&#233; et maintenant, j'en ai 51. Et puis, si vous voulez, j'pourrais pas subvenir &#224; mes loyers. L&#224;, ils essayent de dire, Mr Hedroug, vous faites pas d'effort de votre cot&#233;. Moi, j'aimerais bien faire un effort, s'ils me proposent un loyer qui est raisonnable et un appartement qui est raisonnable, y a pas de probl&#232;me. Je suis capable de n&#233;gocier avec eux. Mais ils parlent verbalement, oralement, rien n'est fait par &#233;crit. Ca tourne en rond, si vous voulez.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Donc, en fait, ils font un peu durer en esp&#233;rant que les gens se lassent et s'en aillent tous seuls ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement, y en a beaucoup qui, qui ont &#233;t&#233; pris &#224; contre pied et qui sont partis. Y en a beaucoup qui ont r&#233;sist&#233;, et qui ont &#233;t&#233; relog&#233;s. Bon, &#231;a m'int&#233;resse le relogement. Soi-disant que les loyers ont &#233;t&#233; augment&#233;s apr&#232;s, dans les logements qui sont juste en face, vous voyez ? Tout ce qui est en face, c'est social, donc, c'est l'OPAC, c'est LOGIREM. Moi, j'aimerais rester dans le social vu que j'ai pas de revenus et mon &#233;tat de sant&#233; ne me permet plus de travailler. J'ai demand&#233; &#224; &#234;tre relog&#233; au m&#234;me loyer, avec la m&#234;me superficie et y aurai pas de changement, c'est tout. Sinon, moi, j'ai rien demand&#233;. Je suis l&#224;, &#231;a fait 12 ans, mais j'ai souffert. J'ai souffert avec tous les travaux qu'y avait, au niveau du tramway, au niveau de l'appartement, de l'immeuble qui est dans un &#233;tat... J'vous dis pas, vous l'avez constat&#233;. M&#234;me Un Centre Ville pour Tous l'a constat&#233;. Tous ceux qui connaissent le p&#233;rim&#232;tre - m&#234;mes les propri&#233;taires - reconnaissent l'&#233;tat des lieux, de l'appartement, de l'immeuble, qui sont dans un &#233;tat en ruine, catastrophique. D&#233;j&#224;, moi, je me demande s'il y a une loi o&#249; ils peuvent me laisser vivre seul dans un appartement, ou dans un immeuble, qui est vraiment glacial, seul avec des squatters, et o&#249; je serais pas secouru, au cas o&#249; il m'arrive un probl&#232;me de sant&#233;. Voyez, je suis toute la journ&#233;e &#224; la maison. Donc, pour les d&#233;pressions, mon fils, psychologiquement, est atteint maintenant parce qu'y a pas de lumi&#232;re dans les cages d'escalier, l'ascenseur qui marche pas, y a des fuites de gaz... C'est pas dans les normes. Y a des probl&#232;mes, y a des probl&#232;mes monstres. Vous devez le savoir en suivant la presse et suivant ce qu'on vous dit &#224; droite et &#224; gauche. Tout le monde le sait, m&#234;me le maire, et personne ne fait rien du tout. Donc, ils font, ils font tout pour nous mettre dans la rue, chose que je n'admets pas. Nous sommes en 2008, hein ? Chaque citoyen doit &#234;tre... Avec tous les probl&#232;mes qu'y a, il y a pire que moi, mais moi, j'y suis, j'y reste, sauf si c'est quelque chose qui me concerne, dans un &#233;tat o&#249; je pourrais &#233;ventuellement m'arranger avec eux. J'aimerais bien m'arranger &#224; l'amiable, ne pas aller... Mais le Pr&#233;fet, le Pr&#233;fet a toujours dit que tous les locataires qu'y habitent &#224; la R&#233;publique seront relog&#233;s, qu'ils sont l&#233;gitimement inexpulsables si vous voulez. Y a des lois, &#231;a peut demander des ann&#233;es. C'est pas du jour au lendemain ! Moi je sais que mon bail va jusqu'en 2009 et pendant la p&#233;riode hivernale ils ont pas le droit d'expulser les gens. Donc, &#231;a va aller jusqu'en avril 2010. Le temps que les proc&#233;dures se fassent. Pour eux tant que je suis l&#224;, je sais pas s'ils peuvent commencer les... Par contre, y a des propri&#233;taires qui ont omis d'envoyer des cong&#233;s &#224; deux ou trois locataires qui sont &#224; cot&#233;, et ils leur ont fait un prolongement de bail. Donc, eux, ils sont prolong&#233;s jusqu'en 2014. Ils vont pas continuer les travaux tant que les personnes sont &#224; l'int&#233;rieur. Vu l'&#233;tat de l'immeuble, tout est dans un &#233;tat, je vous dis pas. En plus, ce qu'ils veulent eux, c'est dans leur int&#233;r&#234;t, ils veulent r&#233;cup&#233;rer leur patrimoine. R&#233;cup&#233;rer pour en faire une r&#233;sidence et tout relouer &#224; 1200 &#8364;, 1300 &#8364;. Bon, ils vont gagner de l'argent dedans, tandis que nous... Tous les propri&#233;taires qu'y a &#224; la R&#233;publique, Eurom&#233;diterran&#233;e si vous voulez, ils ont l'intention de r&#233;cup&#233;rer quelque chose. Il faut qu'apr&#232;s, les gens qui soient &#224; l'int&#233;rieur aussi. Il suffit pas de mettre uniquement l'argent dans leur poche et de jeter les gens dehors. C'est inadmissible, c'est inadmissible. C'est quelque chose de grandiose la rue de la R&#233;publique, hein ? Tout le monde en parle et... Moi, personnellement &#231;a fait douze ans que j'habite l&#224; et &#231;a fait douze ans que j'ai pas de voisins de palier. Du cot&#233; de l'immeuble en face, &#231;a fait une quinzaine d'ann&#233;es. Alors vous voyez tous les gens qui dorment dehors, qui cr&#232;vent avec le froid, les SDF et tout, avec des appartements qui sont inoccup&#233;s &#224; Marseille, c'est dans un d&#233;sordre... Vous pouvez pas imaginer, partout en France, c'est une, c'est une... Moi, j'pense que c'est quelque chose qui est mal g&#233;r&#233;, c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est aussi pour &#231;a, en fait, qu'il y a aussi des squatters alors ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Les squatters, j'ai jamais eu de probl&#232;me avec eux, mais ce qui est emb&#234;tant, c'est qu'ils peuvent &#234;tre dangereux aussi. Quelqu'un qui n'a pas o&#249; aller, il peut &#234;tre agressif. Moi, personnellement, je suis pas la police pour pouvoir les d&#233;loger, les expulser. Je sais qu' y a une justice, c'est &#224; eux de proc&#233;der. Je suis oblig&#233; d'assister mon fils, il est seul. J'ai un enfant de 15 ans et donc, &#224; chaque fois qu'il arrive, qu'y a pas de lumi&#232;re et tout, je suis oblig&#233; de descendre jusqu'en bas pour le r&#233;cup&#233;rer. Mon &#233;pouse qui est partie l&#224;, comme vous avez vu, au travail, arrive &#224; 20 heures trente. Je suis oblig&#233; de descendre aussi la r&#233;cup&#233;rer. Nous vivons dans une situation tr&#232;s, tr&#232;s, critique. Y a un monsieur qui habite au 45 et lui aussi, c'est pareil. Nous sommes les deux sur les 25 appartements qui restent. De locataire, c'est tout. Moi, j'ai demand&#233; &#224; &#234;tre relog&#233; s'ils veulent, qu'ils r&#233;cup&#232;rent leur bien, y a pas de probl&#232;me. Je n&#233;gocie avec eux, mais pas que ce qui les arrange, ce qui m'arrange &#224; moi aussi. Mais qu'on me dise que je vais &#234;tre dehors, que je vais &#234;tre mis &#224; la porte et que je vais me retrouver dehors, une main devant, une main derri&#232;re, je pense que qu'y a une loi, juridiquement, y a des choses &#224; respecter. Les propri&#233;taires, eux, ont relog&#233; tout le monde pratiquement, mais, &#224; mon tour, j'ai refus&#233; parce que je peux pas aller o&#249; &#231;a me convient pas, c'est tout. Bon, mon appartement comment il est, j'y ai tout investi, j'ai des grandes pi&#232;ces et tout, je peux pas aller dans un huit m&#232;tres carr&#233;s. Huit m&#232;tres carr&#233;s, je peux pas, je pourrai m&#234;me pas mettre mon lit. M&#234;me pas mon lit, alors, je choisi, soit je mets mon lit, soit je mets mes commodes et je vais jeter tous mes affaires,voil&#224;. Je suis un gar&#231;on qui n'est pas compr&#233;hensif d'apr&#232;s l'OPAC. Par contre, j'ai essay&#233; de n&#233;gocier avec eux, alors oui, aujourd'hui, le 10 d&#233;cembre, je dis bien le 10 d&#233;cembre, on a re&#231;u un appel de Marseille R&#233;publique comme quoi on avait rendez-vous avec eux mardi prochain pour discuter. Donc, j'ai vu le m&#233;diateur de Buildinvest qui est le propri&#233;taire de cet &#238;lot, et on va voir o&#249; &#231;a va aller, s'il y a du nouveau. Moi je peux vous le confirmer si &#231;a part.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous parlez de Buildinvest, alors c'est un nouveau propri&#233;taire ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exact. Il est propri&#233;taire de cet &#238;lot depuis le mois d'octobre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Alors ce qui veut dire que l'ancien propri&#233;taire, je ne parle pas de la SIM, a revendu &#224; Buildinvest ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'est pas la premi&#232;re fois, &#231;a fait quatre propri&#233;taires que j'ai eu. En l'espace de deux ans, y a eu quatre propri&#233;taires. Ils se renvoient la balle et tout le monde pense que &#231;a va &#234;tre l'Am&#233;rique ici. Alors qu'ils se trompent, il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup, de moyens. Tout ce qu'y est, comme ils disent, la rue de la R&#233;publique, ancienne rue imp&#233;riale et tout, y a beaucoup de choses &#224; faire. Il y a des immeubles qui sont ferm&#233;s, des appartements, &#231;a fait plus de quinze et vingt ans. Ils n'ont rien fait, donc, c'est pas aujourd'hui qu'ils vont faire. Enfin, avec la crise &#233;conomique et tout, &#231;a va &#234;tre difficile, c'est qui qui va payer ? Le pape Jean Paul II ? Y va pas revenir sur terre !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est s&#251;r qu'il va pas revenir, mais, alors, &#224; votre connaissance, est-ce que les nouveaux appartements qui ont &#233;t&#233; faits pour les populations &#224; plus gros revenus sont occup&#233;s ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, tout est occup&#233;. A c'qu'ils disent tout est plein. Alors que moi, je constate que rue de la R&#233;publique, y a pas mal d'appartements qui sont inoccup&#233;s. Vous pouvez le voir, si vous vous balladez sur cette partie, la moiti&#233; de la place Carnot qui a &#233;t&#233; refaite jusqu'au Vieux Port, c'est rien du tout, c'est les bourges. Rien n'a &#233;t&#233; fait, faut vivre ici le soir. Il faut vivre ici pour voir des rats de 50 cm. L'insalubrit&#233;, c'est pourri, c'est d&#233;gueulasse, y a trop de bruit et tout. Je me demande comment les gens veulent investir 400, 500 000 euros pour venir habiter &#224; la rue de la R&#233;publique. Ils se trompent. Tout ce qui est du cot&#233; de la Joliette, tout ce qui est Eurom&#233;diterran&#233;e, y sont en train de faire du building. Ils m&#233;langent n'importe quoi. C'est dur, c'est dur de remettre dans les normes. Ils ont qu'&#224; venir voir les immeubles inoccup&#233;s dans quel &#233;tat ils sont. Par contre, si vous allez rentrer l&#224;, ils ont tout mur&#233;. Au premier, vous verrez, c'est inadmissible, c'est dans un &#233;tat... L'insalubrit&#233;, elle est vraiment partout, partout, partout. Tout est danger, rien ne marche ici. L'&#233;lectricit&#233; n'est pas conforme, y a des fuites de gaz. J'sais pas c'qui vont faire. On attend, on attend, on attend.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : En fait, ils attendent que vous vous d&#233;couragiez ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement, oui, bien s&#251;r. C'est ce qu'ils ont fait. Moi, je r&#233;siste, je suis le seul qui r&#233;siste. Y a que M. Giovanni qui est au 45, les autres sont partis. S'ils sont partis par leurs propres moyens ou s'ils sont partis avec des n&#233;gociations qu'ils ont eu avec les propri&#233;taires, tant mieux pour les deux parties. Mais, moi, je peux pas me retrouver une main devant, une main derri&#232;re. Inadmissible. comment je vais faire avec tout ce que j'ai investi... Et, moi, surtout le centre-ville, &#231;a fait trente ans que j'habite le centre-ville. Depuis 79, je peux pas aller ailleurs. Je peux pas aller ailleurs, et puis, l'&#233;tat de sant&#233; de mon &#233;pouse qui est asthmatique aussi... Et son lieu de travail qui est juste &#224; 10 m&#232;tres. Mon fils va au lyc&#233;e Montgrand qui est &#224; 15 minutes et moi tout ce qui est visites m&#233;dicales et tout, qui sont aussi dans les parages, si vous voyez.On aimerait bien s'arranger &#224; l'amiable, y a pas de probl&#232;me, seulement...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Oui, mais enfin je crois, le gros probl&#232;me pour vous, c'est la fin du bail ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement, oui. Le probl&#232;me, oui. Mais le probl&#232;me, il est dans une ann&#233;e, et &#231;a peut durer encore longtemps. Y a des gens qui n'ont pas de bail, et qui habitent toujours dans leur appartement. Ils payent des loyers puisque on leur envoie des loyers sans avoir de bail... J'ai rien compris, moi aussi. Ben oui, ils payent des loyers. Ils ont des re&#231;us de loyers, ils n'ont pas de bail. Y a une dame qui a plus de bail depuis d&#233;cembre 2007 qui vient aux r&#233;unions et tout. J'ai demand&#233;, elle m'a dit &quot;&#231;a fait un an et demi que j'ai pas de bail&quot;. Je re&#231;ois des avis des gens, c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et vous, comment vous voyez l'avenir de cette rue de la R&#233;publique ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Si, s'ils pensent qu'ils vont faire quelque chose de bien, tant mieux pour la propret&#233; de la ville. En plus, Marseille a rat&#233; beaucoup de festivit&#233;s. Vu l'insalubrit&#233; de Marseille, c'est dommage. Marseille, c'est une belle ville o&#249; y a tout, y a la montagne, y a la mer, y a tout. C'est une ville qui, j'sais pas, on dit que c'est la deuxi&#232;me ville de France. J'sais pas si on est saccag&#233;s par les gens du nord... Y a beaucoup d'choses &#224; faire &#224; Marseille, c'est normal, c'est beau. C'est beau, mais la rue de la R&#233;publique, je pense qu'y faut beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps pour remettre tout en ordre. Y a des magasins, ils sont ferm&#233;s depuis 15 ans. Y a des immeubles qui sont m&#234;me pas refaits. C'est pas aujourd'hui ou demain qu'ils vont les refaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Oui, parce que j'ai vu des commer&#231;ants qui sont install&#233;s en bas de la rue de la R&#233;publique, et, eux, disent, qu'il n'y a pas tant de personnes qui ont achet&#233; ou repris des appartements rue de la R&#233;publique ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ils peuvent pas acheter, y peuvent pas. On peut pas &#233;couter les m&#233;dias, les informations qui se passent, faut y vivre. Y faut venir, faut consulter l'&#233;tat de la rue, comment &#231;a se passe la nuit et tout. Y faut venir au moins une semaine pour voir. On peut pas, on peut pas, mettre toute sa fortune pour acheter la rue de la R&#233;publique. Peut-&#234;tre pour des gens qui viennent hors de Marseille, mais sinon... J'pense que tant mieux, tant mieux pour tout le monde, hein ? Mais pourquoi dans la rue, pendant certaines ann&#233;es, ne restaient que les gens qui sont d&#233;favoris&#233;s, alors que maintenant y vont faire des ghettos, c'est difficile. Par contre, y a toujours de gens qui sont en face, qui sont dans le... Pratiquement maintenant le quart, le quart des logements, c'est social maintenant. Avec la crise &#233;conomique qu'y a, les banques sont en train de revendre. Ils ont fait m&#234;me des appels d'offre d'apr&#232;s les informations que j'ai eu pour les, pour les bailleurs sociaux. J'ai peur qu'&#231;a va &#234;tre que du social dans le p&#233;rim&#232;tre. C'est du g&#226;chis. Du g&#226;chis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et donc, en fait, ils n'arrivent pas &#224; revendre, selon vous ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je pense que oui. Je pense que oui, parce qu'il y a des appartements qui ont &#233;t&#233; refaits compl&#232;tement et qui sont pas vendus. On n'a qu'&#224; le constater l&#224;. Boulevard des Dames, plusieurs autres rues transversales et toute la rue de la R&#233;publique. Y a des appartements qui sont inoccup&#233;s, &#224; part, peut-&#234;tre sauf que, ce sont des professions lib&#233;rales, peut-&#234;tre les avocats, les m&#233;decins et tout, qui ont acquis certains appartements et puis ils ont les moyens de subvenir... Sinon, j'pense, j'pense que, moi, si j'avais la possibilit&#233; de pouvoir m'offrir un appartement, j'pense pas acheter &#224; la rue de la R&#233;publique. Y a mieux ailleurs quand m&#234;me. En plus, c'est des appartements qui sont &#224; 4000 &#8364; le m2. Faut faire le calcul, hein ? 80 m2, &#231;a fait 320 000 &#8364; sans compter les frais et tout. A 4000 &#8364; le m2, on est pas &#224; New York !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Donc, il faut le vouloir et avoir les moyens, quoi ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exactement, exactement. Moi, j'ai 51 ans. M&#234;me avec les cr&#233;dits et tout, je pourrais pas me le permettre. J'ai pas les moyens, les ressources et tout. A mon &#226;ge, j'pourrais pas avoir acc&#232;s &#224; un cr&#233;dit et puis je travaille pas, j'suis pensionnaire d'invalidit&#233; donc... Tant mieux pour eux ! J'aimerais avoir des voisins ou des nouveaux gens, mais qui pensent qu'ils sont aussi ici, qui ont v&#233;cu ici, qui ont grandi ici, qui sont n&#233;s ici. Nous avons juste le Panier qui est derri&#232;re, l'ancien Marseille si vous voulez. Tous les gens qui viennent , les touristes, la premi&#232;re des choses, c'est d'venir ici. Dans toutes les villes du monde, quand on arrive, on aimerait bien visiter l'ancien. L'ancien, &#231;'a &#233;t&#233; refait. C'est bien le Panier, mais par contre, tout ce qui est dans ce secteur, c'est insalubre. Vous avez vu du reste. Vous avez pas encore tout vu, hein ? Y a pire, y a pire. Allez y, Passage de la Lorette et tout, vous allez voir. On dirait qu'on est l'an 2000 avant J&#233;sus Christ. Tout est &#224; refaire, tout est &#224; refaire. Tout, tout, tout, y faut des moyens. Il faut du temps, il faut beaucoup de temps pour refaire. Et puis le temps, c'est de l'argent aussi, et ils ont perdu beaucoup de temps. J'vous dis, y a des appartements qui sont inoccup&#233;s, &#231;a fait une vingtaine d'ann&#233;es. Moi, &#231;a fait 12 ans que je suis l&#224;. A travers ma cuisine, je vais vous le montrer, y a des immeubles qui sont inoccup&#233;s. Vous allez voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Ca, en fait, c'est la cour... Oui d'accord, c'est tr&#232;s propre !&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;12 ans ! J'ai pas de voisins. Oh, oh, y'a quelqu'un ? C'est Mr Hedroug !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : J'ai vu des ouvriers faire des travaux.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Ah, y sont venus pour refermer tout, les ouvriers. Parce que nous, on a d&#233;pos&#233; plusieurs fois des plaintes. On en a marre des squatters. Ils sont en train de murer mais ils reviennent &#224; chaque fois. Ils reviennent, ils cassent tout. Mais, m&#234;me dans toutes les villes, les squatters cassent. Les gens qui ont pas o&#249; habiter, c'est normal. Moi, j'approuve ces gens. Moi, humainement, personnellement, je peux pas laisser quelqu'un dormir dehors. Mais qu'on puisse &#234;tre en s&#233;curit&#233;. Le propri&#233;taire sait que dans son patrimoine, il a des squatters et il pourrait &#233;ventuellement faire quelque chose pour les gens qui y habitent. Moi, je paye un loyer, j'ai un bail. Alors moi aussi, je voudrais ne pas &#234;tre squatter. Imaginez si je paye pas mon loyer demain, apr&#232;s-demain. Y va trouver une excuse, y va dire, y veut pas payer de loyer donc juridiquement, on va l'avoir. Y a personne, &#231;a fait 12 ans. On peut pas refaire &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Ca , c'est s&#251;r, il faut refaire tout l'immeuble l&#224;, pratiquement.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Tout l'immeuble, il est pareil, pire. Donc tout &#231;a, il faut faire tomber.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et donc, reconstruire par dessus, mais &#231;a, &#224; mon avis, ils ne vont pas le faire parce ce qu'ils veulent, c'est garder la structure et refaire l'int&#233;rieur.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Ah, oui, mais comment qu'y vont faire ? Laisser comme &#231;a ? Vous voulez acheter, vous, pour 400 000 &#8364;, pour avoir l'int&#233;rieur qui est propre alors que vous avez l'ext&#233;rieur, les cages d'escaliers et tout, les fonds d'immeuble qui sont dans un &#233;tat... C'est &#224; vous de voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous disiez que personne n'&#233;tait expuls&#233; de la rue de la R&#233;publique ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;A ma connaissance, personne n'a &#233;t&#233; expuls&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Il y a quand m&#234;me des gens qu'on a pouss&#233; gentiment vers la sortie ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Il y a beaucoup de gens qui sont partis, bien sur. Avec de leur propre gr&#233; et tout. C'est normal, y a beaucoup de gens qui sont tomb&#233;s malades. Avec les probl&#232;mes, avec les menaces, ils ont soufferts. ils vous le diront &#224; Un Centre Ville pour Tous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous parlez de menaces ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ah, non, je veux dire que les gens en avaient marre, c'est tout. Ils en avaient marre de vivre dans cet &#233;tat. Je me demande si vous pouvez vous-m&#234;me vivre dans cet &#233;tat. Restez ici, vous allez voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : L&#224; vous pensez que c'est quand m&#234;me un peu voulu, quoi ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ah oui, puisque les associations disent que c'est voulu pour que les gens partent. Y a des articles, vous pouvez les voir. Rentrez sur l'internet, regardez tous les articles qui le disent. Vous avez une brochure d'Un Centre Ville pour Tous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Je sais, je l'ai lue.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Eh bien, y a tout dedans. Ca r&#233;sume tout, tous les locataires qui vivent &#224; la rue de la R&#233;publique. Y a les avocats du Centre Ville pour Tous, une organisation qui sont bien. Vous allez voir, ils ont tout, tout marqu&#233;. Y a des d&#233;marches qui se passent. On en parle tout le temps. Maintenant, si vous allez n'importe o&#249;, dans toutes les villes on en parle de la R&#233;publique. Et en plus, c'est la 5&#232;me avenue de France maintenant. Impossible. Vous avez vu les cages qui sont derri&#232;re et tout ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : J'ai habit&#233; dans le quartier pas mal d'ann&#233;es, au Panier et dans la rue de la R&#233;publique, je connais bien.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;A la rue Caisserie, j'ai habit&#233; 12 ans &#224; la rue Caisserie moi. Ca fait 12 ans que je suis &#224; la R&#233;publique, &#231;a fait 24 et j'ai habit&#233; 5 ans &#224; la rue des Dominicaines, si vous connaissez, dans le 1er en montant la rue. Donc, &#231;a fait 30 ans que je suis dans le centre-ville. Je vais pas partir du centre-ville ! Je pourrais pas partir du centre-ville. Y a pas de probl&#232;me mais y faut que &#231;a m'int&#233;resse aussi. J'ai eu des propositions, mais moi, j'peux pas payer un loyer de 800 &#8364;. Je touche 260 &#8364; d'invalidit&#233;. Mettez vous &#224; ma place. Je peux pas. Je peux pas. Maintenant s'ils veulent aider, s'ils veulent trouver des arrangements entre eux pour qu'ils... Moi, j'ai rien demand&#233;. Les propri&#233;taires peuvent r&#233;cup&#233;rer leur patrimoine pour en b&#233;n&#233;ficier eux-m&#234;mes. Si c'est pour mettre des gens dehors et tout, ils ont pas le droit. Moi, j'ai &#233;crit au propri&#233;taire, j'ai &#233;crit partout, j'ai des mails, des lettres recommand&#233;es avec accus&#233;s de r&#233;ception qui ont &#233;t&#233; formul&#233;es par Un Centre Ville pour Tous. Des lettres, r&#233;dig&#233;es et tout, y a pas de probl&#232;me. J'ai tout envoy&#233;, j'attends, j'attends, j'attends. Moi, j'ai demand&#233; au directeur de Buildinvest d'&#234;tre relog&#233; dans les m&#234;mes conditions : loyer, superficie, p&#233;rim&#232;tre et tout. Je pars, y a pas de probl&#232;me. Sinon, je partirai pas. Je touche 260 &#8364; d'invalidit&#233;, je pourrai pas payer 800 &#8364; de loyer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est compr&#233;hensible...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Quand je suis rentr&#233; dans cet immeuble, c'est pas moi qui ai demand&#233; que les loyers soient aussi bas. J'ai tout refait l'appartement. Quand je suis rentr&#233;, c'&#233;tait le bidonville. J'ai accept&#233; parce que j'ai un enfant. Il fallait que je d&#233;m&#233;nage, &#224; la rue Caisserie, j'avais juste une petite pi&#232;ce. J'ai trouv&#233; cet appartement. On &#233;tait mieux &#224; la rue de la R&#233;publique. C'&#233;tait une rue o&#249; il y avait beaucoup de commer&#231;ants, &#231;a marchait. Maintenant, c'est mort. A 19 heures, y a plus personne ici. Y a plus personne &#224; 19 heures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est ce que disent les commer&#231;ants de la rue de la R&#233;publique, il n'y a pas suffisamment de commerces de proximit&#233;.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Comment qu'elles font les personnes &#226;g&#233;es qui sont dans le p&#233;rim&#232;tre quand y faut qu'elles aillent faire leurs courses ? Les petits commerces ont &#233;t&#233; tu&#233;s. Fini, y a plus personne ! A part les pharmacies, y a 7 ou 8 pharmacies. Pas de boucher, une seule charcuterie, une seule charcuterie dans toute la rue de la R&#233;publique ! Une seule. Un fruits et l&#233;gumes, y en a pas dans toute la rue de la R&#233;publique, y a pas un fruits et l&#233;gumes. Y a pas ! Si, y a des Schlecker, mais y a pas de boucher, y a pas de boucher. La R&#233;publique, ils ont tu&#233; tous ces commerces. Les gens, ils en ont marre, y partent. Fini. Avec le temps qu'y fait, une vieille de 80 ans, la pauvre, traverser toutes les ruelles pour acheter un kilo de carottes, un kilo de pommes de terre, c'est pas, c'est pas bien &#231;a. Y a des gens, &#231;a fait 60 ans qu'ils habitent &#224; la R&#233;publique, y vont les mettre dehors ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Propos recueillis le 10 d&#233;cembre 2008 par J.Becker.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;sistante</title>
		<link>http://www.koinai.net/article586.html</link>
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		<dc:date>2008-12-23T14:51:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabrice Joubert</dc:creator>

<category domain="http://www.koinai.net/rubrique52.html">Les sentences de l'habitant</category>


		<description>Aujourd'hui, Monique Roussel peut regarder son ancien logement par la fen&#234;tre du nouveau. Elle a retrouv&#233; sa rue de la R&#233;publique. Mais avant d'&#234;tre relog&#233;e, elle a d&#251; se battre contre les promesses sans lendemain et l'inertie des promoteurs. Elle t&#233;moigne pour elle, et pour ceux qui ont eu moins de chance. &lt;br /&gt;K : Quand vos probl&#232;mes ont-ils d&#233;but&#233; avec Marseille R&#233;publique ? &lt;br /&gt;J'habitais en face, au 50 et, je me rappelle plus, d&#233;cembre 2004, 2003... Euh, j'ai re&#231;u le jour de la signature, j'ai re&#231;u un non (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Aujourd'hui, Monique Roussel peut regarder son ancien logement par la fen&#234;tre du nouveau. Elle a retrouv&#233; sa rue de la R&#233;publique. Mais avant d'&#234;tre relog&#233;e, elle a d&#251; se battre contre les promesses sans lendemain et l'inertie des promoteurs. Elle t&#233;moigne pour elle, et pour ceux qui ont eu moins de chance.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quand vos probl&#232;mes ont-ils d&#233;but&#233; avec Marseille R&#233;publique ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;J'habitais en face, au 50 et, je me rappelle plus, d&#233;cembre 2004, 2003... Euh, j'ai re&#231;u le jour de la signature, j'ai re&#231;u un non renouvellement de bail pour raison de travaux et voil&#224;... R&#233;novation de l'&#238;lot sans proposition de relogement. J'avais 6 mois pour partir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Alors que, l&#233;galement, ils &#233;taient tenus de vous proposer un relogement ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, l&#233;galement, non. C'est-&#224;-dire que du fait que ce soit dans le cadre d'Eurom&#233;diterrann&#233;e, il y avait une convention qui avait &#233;t&#233; sign&#233;e. Tout le monde avait dit, que les habitants y seraient int&#233;gr&#233;s au projet et qu'on les _ chasserait pas. Moi, voil&#224;, c'est qu'on ne me propose pas de relogement. Et donc, voil&#224;, on a interpell&#233; tout... On a commenc&#233; &#224; distribuer des tracts pour pr&#233;venir tout le monde. Parce que j'&#233;tais pas la seule &#224; avoir ce truc. J'ai contact&#233; Un Centre Ville pour Tous, l'association. Ben, pour avoir de l'aide. Et puis on a commenc&#233; &#224; se mobiliser pour, soit pour ceux qui veulent rester dans leur appartement, qui puissent garder leur appartement ou &#234;tre au moins relog&#233;s dans le quartier. Et en gardant des loyers mod&#233;r&#233;s. Parce que c'&#233;tait pas des logements sociaux, mais on avait des loyers soc... Enfin, bas. Donc, ben voil&#224;, notre combat c'&#233;tait &#231;a. Et pour moi, &#231;a a dur&#233; un an et demi avant qu'on me propose un relogement ici. Ca pas &#233;t&#233; facile, c'&#233;tait pas gagn&#233; d'avance. Et, compte tenu de la flamb&#233;e des prix des loyers, moi je pouvais pas trouver, enfin, l'&#233;quivalent de ce que j'avais, en centre-ville.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Un an et demi, vous pouvez me raconter un peu, les &#233;tapes...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'&#233;tait assez conflictuel, avec Marseille R&#233;publique. Bon, ben, voil&#224;, on s'est battus, comment dire ? On faisait des r&#233;unions. On alertait les m&#233;dias. Enfin, on faisait les politiques, on a fait conna&#238;tre un peu sur la place publique ce qui se passait rue de la R&#233;publique. Ben, on &#233;tait d&#233;log&#233;s, quoi, dans le cadre de la r&#233;novation Eurom&#233;diterrann&#233;e. On &#233;tait pour la r&#233;novation, mais avec nous (rires). C'&#233;tait : on faisait venir des nouveaux habitants et puis les anciens, ben, on les virait. Donc, ben oui, on a fait du tapage pour que les habitants puissent rester dans le quartier avec des loyers mod&#233;r&#233;s. Parce que, en plus, dans la convention qui avait &#233;t&#233; sign&#233;e avec tous les partenaires d'Eurom&#233;diterrann&#233;e, c'&#233;tait convenu qu'y aurait 30% de logements sociaux. Et, voil&#224;, on a demand&#233;, moi j'ai demand&#233; &#224; int&#233;grer les logements sociaux du quartier en ayant la m&#234;me surface, le m&#234;me loyer que ce que j'avais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : La semaine derni&#232;re, j'ai interview&#233; une personne qui habite au 46 rue de la R&#233;publique, juste en face. Et en fait, c'est la derni&#232;re personne dans l'immeuble et, elle, n'a toujours pas &#233;t&#233; relog&#233;e.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Et, elle a pas de proposition ? Elle a pas... Est-ce qu'elle a eu un non renouvellement de bail ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : L&#224;, son bail se termine en 2009. On lui a fait des propositions, mais c'est pas des propositions &#233;quivalentes au logement qu'il a en ce moment.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ouais, ouais, ouais, mais, ben c'est-&#224;-dire, y a l'histoire des lois de 48. Ils ont fait partir beaucoup de loi de 48 alors qu'ils avaient pas, qu'ils avaient pas... Que c'&#233;tait pas n&#233;cessaire. En plus, le probl&#232;me c'est que, bon, les parties communes de l'immeuble o&#249; j'habitais, les parties communes &#233;taient d&#233;grad&#233;es parce que c'&#233;tait pas entretenu par le propri&#233;taire. Non, c'&#233;tait, oui, la SIM (Soci&#233;t&#233; Immobili&#232;re Marseillaise). Mais les appartements, la plupart des appartements o&#249; y avait encore des locataires, parce qu'il y avait d&#233;j&#224; beaucoup d'appartements qui &#233;taient ferm&#233;s depuis belle lurette... Moi, mon appartement &#233;tait en bon &#233;tat. C'est-&#224;-dire que l'&#233;lectricit&#233; &#233;tait aux normes, la plomberie avait &#233;t&#233; refaite. Il &#233;tait en bon &#233;tat. Y avait pas de raison que je le quitte. Donc, voil&#224;, ce qui &#233;tait ancien, c'&#233;tait les W.C parce que c'&#233;tait des anciens W.C avec la cha&#238;ne, mais &#231;a marchait tr&#232;s bien. Ma baignoire, mon lavabo, c'&#233;tait ancien mais c'&#233;tait en bon &#233;tat. Donc, &#233;ventuellement, ils auraient tr&#232;s bien pu changer en me gardant dans le... Enfin bon, voil&#224;. En plus, la fa&#231;on dont &#231;a &#233;t&#233; aussi... Oui, ils nous ont un peu pris pour, comment dire ? La fa&#231;on dont ils parlaient de nous, Marseille R&#233;publique et la Mairie, ils nous prenaient un peu, plus ou moins, pour des squatters ou je sais pas quoi. Parce que je me rappelle la premi&#232;re fois - c'&#233;tait mon copain qui s'occupe beaucoup de, justement, de ce combat - La premi&#232;re fois qu'il avait &#233;t&#233; voir Marseille R&#233;publique, Marseille R&#233;publique leur disait : &quot;Vous vous rendez compte ? Vous allez avoir de belles salles de bain, vous allez avoir des salles de bain et vous, vous allez avoir droit aux APL (Aide Personnalis&#233;e au Logement)&quot; et mon copain, il a dit : &quot; Boh&quot;. Il &#233;tait en col&#232;re. &quot;On a des salles de bain, et puis on a droit aux APL, on est d&#233;clar&#233;s, on paye un loyer, on est pas... &quot;. On &#233;tait des locataires officiels. Donc, c'est un peu m&#233;prisant. Vraiment, ils &#233;taient m&#233;prisants envers la population locale. Et c'est vrai que &#231;a nous a un peu braqu&#233;s, quoi. En plus, apr&#232;s, ils nous faisaient des enqu&#234;tes sociales. Ils allaient chez les gens, ils leur faisaient remplir des... Moi, j'ai refus&#233; &#231;a, je trouvais qu'ils avaient pas &#224; faire &#231;a. Ils faisaient remplir des dossier d'HLM. Je veux dire, sous quel... Ils ont pas le droit de faire remplir des dossiers d'HLM. Je veux dire, c'est un op&#233;rateur priv&#233;. Je sais pas. Enfin bon voil&#224;. ils &#233;taient un peu, un peu, cavaliers et bon. Et donc, moi j'&#233;tais, j'&#233;tais ferme. L&#224; j'ai dit, d'abord je veux que personne vienne chez moi et je partirai que si on me propose quelque chose d'&#233;quivalent dans le quartier. Je leur ai, au bout d'un moment quand m&#234;me, je leur ai apport&#233; ma d&#233;claration d'imp&#244;ts enfin, mes revenus. Je me suis dis... Et puis quelques mois apr&#232;s, ils m'ont propos&#233; cet appartement. Un an et demi apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Oui, &#231;a a &#233;t&#233; un peu long...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'&#233;tait un peu long parce qu'en plus, d&#233;j&#224; quand y a eu le projet Eurom&#233;diterrann&#233;e, y a eu aucune communication de faite. Nous, on savait qu'on faisait partie du p&#233;rim&#232;tre. Donc, on savait qu'y aurait des r&#233;novations qui allaient se faire, mais on ne savait pas du tout ce qui allait se faire et ce qu'on allait devenir. Donc, pendant plusieurs ann&#233;es, moi du coup, l'appartement, eh ben, je l'ai laiss&#233; un peu en d&#233;sh&#233;rence parce que je savais pas si j'allais partir, rester... Je savais pas du tout ce qui allait se passer. D&#233;j&#224;, y avait l'angoisse, on savait pas du tout l'avenir, ce qui allait &#234;tre fait. En plus, on re&#231;oit ce papier. On se dit : &quot;putain, o&#249; c'est que je vais aller ?&quot; C'&#233;tait assez angoissant de pas savoir, de savoir qu'on peut pas louer un appartement avec les revenus parce que moi j'ai un salaire quand m&#234;me. Avec les revenus que j'avais, je pouvais pas louer un appartement dans le centre-ville, avec la surface que je voulais. J'&#233;tais vraiment angoiss&#233;e. Et donc, c'est vrai que pendant plusieurs ann&#233;es, j'&#233;tais vraiment pas bien. Et donc &#231;a &#233;t&#233;, pfff... Quand ils m'ont propos&#233; ici, j'ai dit, c'est bon.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Et &#224; votre connaissance, il y a encore des personnes qui sont en situation difficile dans le quartier ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, oui, y a encore des personnes menac&#233;es qui sont en proc&#232;s, qui sont expuls&#233;es, enfin qu'on est en proc&#232;s pour qu'elles s'en aillent, qui n'ont pas de propositions de relogement. Et on continue, on continue &#224; les soutenir, &#224; les aider, &#224;... Et oui, oui, y a encore, y a encore des cas, des cas difficiles, quoi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : J'ai vu que dans le quartier, il y a beaucoup, beaucoup de commerces qui ont ferm&#233;...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ca oui, ben &#231;a par contre, les commerces, on a pas pu les aider parce qu'ils ont pr&#233;f&#233;r&#233;, chacun se d&#233;brouiller avec leur avocat. Donc, y en a qui sont partis avec de l'argent. Y en a qui sont partis sans argent. Y a eu pas mal de drames. Y a eu pas mal de drames, entre autres, la boulang&#232;re Mme Breda. l&#224; vraiment, ca nous a fait de la peine. Donc, elle a &#233;t&#233; expuls&#233;e, elle a perdu son commerce, perdu son logement, tout perdu, quoi. Elle a tout perdu. Ils &#233;taient en fin de carri&#232;re et... Ils ont m&#234;me pas pu vendre. Enfin, c'est terrible. C'est terrible. J'pense qu'il y en a plusieurs comme &#231;a. Parce qu'en plus les travaux du tramway, les travaux qu'y a eu, &#231;a a dur&#233; plusieurs ann&#233;es. Du coup, les commerces qui &#233;taient, qui y arrivaient juste, ben l&#224;, &#231;a les a compl&#232;tement, ah oui , compl&#232;tement coul&#233;s. C'&#233;tait... Parce que m&#234;me la fa&#231;on dont les travaux ont &#233;t&#233; faits, c'&#233;tait m&#234;me m&#233;prisant pour la population parce qu'on avait... Ils avaient mis des palissades. On avait &#231;a pour passer, alors vraiment, on pouvait passer qu'une personne &#224; la fois. Sur les trottoirs, on voyait plus les commerces de la rue. C'&#233;tait vraiment... Y avait m&#234;me plus de passages pi&#233;tons. C'&#233;tait, c'&#233;tait la loi de la jungle. On marchait dans des gravats, rien n'&#233;tait fait. Y avait pas de passerelle pour passer. Ah, c'&#233;tait... Moi, je sais que j'avais des amis qui venaient, de la famille qui habite ailleurs, qui venaient ici. Ils disaient : &quot; mais jamais on a vu &#231;a dans une ville et quand on fait des travaux, on met des trucs sp&#233;ciaux pour les pi&#233;tons&quot;. Enfin, j'sais pas. On prot&#232;ge au moins les pi&#233;tons, mais l&#224;, pas du tout.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Si on avait mauvais esprit, on pourrait dire que &#231;a tombait bien, que c'&#233;tait aussi l'occasion de faire partir les petits commer&#231;ants ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;L&#224;, &#231;a les a compl&#232;tement coul&#233;s parce qu'il y avait plus personne qui venait, oui, oui. Ca, plus les squatters aussi. Ca, c'&#233;tait plus ou moins... Enfin, on n'a pas de preuves, mais c'&#233;tait plus ou moins bizarre cette histoire. Parce qu'avant, justement, au moment d'Eurom&#233;diterrann&#233;e, y a des centaines de squatters qui se sont install&#233;s rue de la R&#233;publique. Et ils sont rest&#233;s un moment. On avait beau se plaindre, aller voir la police, on avait beau rousp&#233;ter, aller voir les &#233;lus, dire &quot;bon y a un probl&#232;me&quot;, ils ont pas d'eau, pas d'&#233;lectricit&#233;, &#231;a circulait sans arr&#234;t. Ils &#233;taient 50. Y avait des feux d'appartements, je sais pas combien. C'&#233;tait pas mal de jeunes, donc, qui entretenaient pas, qui jetaient... Enfin bon, &#231;a &#233;t&#233;, pendant plusieurs ann&#233;es, un peu difficile. Nous, dans notre escalier, on est trois. Avec deux autres femmes locataires, on surveillait. D&#232;s qu'un squatter essayait de rentrer dans un appartement, on descendait et on le virait. C'&#233;tait trois nanas et du coup, on pas eu de squatters dans notre escalier parce qu'&#224; chaque fois, on &#233;tait vigilant et on les emp&#234;chait... Sauf une fois, on en a laiss&#233; un mais apr&#232;s il est parti de lui-m&#234;me. Mais en lui disant, t'es tout seul mais euh, on veut pas qu'y ait des gens, on veut pas etc. Et puis apr&#232;s, il est parti tout seul.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Alors, vous pensez que la non-intervention aurait &#233;t&#233; quelque part...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Voil&#224;, et quand on allait &#224; la police... Une fois, on a &#233;t&#233; &#224; la police parce qu'on avait eu des d&#233;g&#226;ts. Les policiers, eux-m&#234;mes, ils ont dit : &quot;ben vous savez, c'est voulu, c'est pour que vous partiez&quot;. M&#234;me la police, ils &#233;taient conscients du probl&#232;me, mais, eux, y pouvaient rien faire. Y pouvaient rien faire. Y disaient &quot;on peut pas&quot;, mais bon, je suppose que c'est la loi. On peut pas rentrer chez les gens, on peut pas rentrer dans les appartements. On n'a pas le droit. Ils peuvent rien faire. Donc, ben voil&#224;. Le propri&#233;taire peut rien faire, la police peut rien faire, la Mairie peut rien faire, personne peut rien faire. Donc, du coup, y a beaucoup de gens qui sont... Il y a aussi des gens qui sont partis parce qu'ils craquaient, ils en pouvaient plus. Et &#231;a, c'&#233;tait avant que ce soit venu &#224; Marseille R&#233;publique. D&#232;s que &#231;a &#233;t&#233; vendu &#224; Marseille R&#233;publique, ben tiens, comme par hasard, plus de squatters. Ils ont mur&#233; les appartements vides. Ils ont mis des... Enfin bon, ils ont tout fait en sorte... Y avait des personnes qui circulaient toute la journ&#233;e dans la rue, dans les immeubles pour contr&#244;ler que les appartements &#233;taient pas squatt&#233;s et tout. L&#224;, voil&#224;, comme par hasard, les propri&#233;taires ont agi pour...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Ce qui veut dire qu'auparavant donc, ils faisaient pas &#231;a du tout, quoi ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ah, pas du tout, on &#233;tait abandonn&#233;s, vraiment abandonn&#233;s, abandonn&#233;s de tout le monde. Alors donc, avant qu'il y ait les expulsions, enfin pas les expulsions, les non-renouvellements de bail, moi, j'ai essay&#233; plusieurs fois d'avoir des informations sur ce projet Eurom&#233;diterrann&#233;e. Qu'est-ce qu'on allait devenir, nous, rue de la R&#233;publique ? Eh bien, rien, aucune r&#233;union d'information. Quand on allait &#224; la SIM, le propri&#233;taire, et qu'on leur demandait qu'est-ce qui va se passer ? Ben, eux y disaient qu'ils &#233;taient pas au courant. Et on savait rien donc. Les immeubles ont &#233;t&#233; vendus deux fois, c'est-&#224;-dire d'abord &#224; P2C et apr&#232;s &#224; Marseille R&#233;publique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Mais l&#224;, la personne que j'ai vu la semaine derni&#232;re m'a dit qu'elle en &#233;tait &#224; son quatri&#232;me propri&#233;taire. Le dernier en date &#233;tant Buildinvest...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Voil&#224;, c'est &#231;a. Moi, je suis partie avant. Et d'ailleurs, ils ont revendu les immeubles o&#249; j'habitais, en l'&#233;tat, sans r&#233;novation. Alors que moi quand j'&#233;tais, quand j'ai eu le non-renouvellement de bail, la raison, c'&#233;tait pour r&#233;novation imminente. C'&#233;tait pas pour vente. Donc, normalement, je pourrais porter plainte en disant que la r&#233;novation a pas &#233;t&#233; faite et par contre, ils ont vendu, quoi. Enfin bon, &#231;a va, j'ai &#233;t&#233; relog&#233;e, donc... Je suis assez contente de mon relogement. Je veux dire, les ann&#233;es o&#249; &#231;a a dur&#233;, franchement, j'ai eu des crises d'angoisse, quoi. J'&#233;tais vraiment pas bien. Donc, le stress, y a beaucoup de personnes &#226;g&#233;es qui on eut des probl&#232;mes de sant&#233;. J'avais une voisine qui &#233;tait &#224; la rue de la R&#233;publique depuis, depuis l'apr&#232;s-guerre, 53 ou quelque chose comme &#231;a. Depuis 53, elle &#233;tait dans son appartement et elle &#233;tait compl&#232;tement angoiss&#233;e. Angoiss&#233;e, angoiss&#233;e, de pas savoir ce qu'elle allait devenir. De ce qui allait se passer et tout. Elle voulait absolument pas partir. Elle ne voulait pas partir. Elle avait un tout petit appartement du c&#244;t&#233;, enfin, de 40 m2. C'&#233;tait chez elle, elle &#233;tait bien. Voil&#224;, toute sa vie, elle avait son enfant. Jusqu'au jour o&#249; il y a eu le feu. Il y a eu le feu dans les combles. Et elle, elle habitait au 6 &#232;me. Au 5&#232;me, elle habitait. Et donc, eh ben, oblig&#233;e d'&#234;tre relog&#233;e. Depuis, elle a perdu la t&#234;te. Compl&#232;tement perdu la t&#234;te, une femme de 80 ans, quand m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : En fait, &#231;a c'est fait sans tenir compte du facteur humain, si on peut dire ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, non, non. Ils ont d&#233;log&#233;, ils ont fait d&#233;log&#233; des personnes &#226;g&#233;es de 80 ans, 90 ans qui &#233;taient l&#224; depuis leur naissance. Qui sont n&#233;es dans l'appartement. Je veux dire, c'est : &quot;attends qu'elle meure !&quot;. Ma foi ! Non, mais... Je... Y a plus longtemps &#224; attendre. Qu'elles finissent leur vie, sereines. Et apr&#232;s, ils r&#233;cup&#232;rent l'appartement. Y avait pas p&#233;ril en la demeure. Y avait pas urgence. Ils habitaient pas dans des taudis, les gens. C'est, c'est terrible. Ah, non, ils ont fait des trucs. Ben moi, mes voisins, ils sont morts. Mon voisin de palier, il est mort. Mes deux voisins de palier sont morts. Et Madame Sampierri qui a perdu la t&#234;te. C'est terrible. Ah, non, ils ont fait des trucs, c'est terrible, terrible. L'angoisse et tout, c'est, non, ils ont vraiment pas... Alors qu'ils auraient tr&#232;s bien pu faire les choses correctement. Ils auraient pu le faire correctement. Y avait pas urgence en la demeure, surtout pour les personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Q : Et, l&#224; vous pensez que leur op&#233;ration immobili&#232;re, en d&#233;finitive, elle marche ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ben, je sais pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Q : Parce que j'ai eu des gens qui m'ont dit que les immeubles n'&#233;taient pas compl&#232;tement occup&#233;s. Enfin, les derniers immeubles r&#233;habilit&#233;s...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Les immeubles r&#233;habilit&#233;s, ceux qui ont &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233;s, c'&#233;tait pour la vente. Donc, &#231;a moi, je sais pas du tout. Je suis pas trop au courant si ils ont r&#233;ussi &#224; vendre ou pas vendre. Parce que ce qu'ils disent et la r&#233;alit&#233;... Moi, je prends pas tout &#224; la lettre, je les crois pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : J'en ai parl&#233; avec les commer&#231;ants du quartier...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Et &#231;a, je peux pas vous dire. Par contre, ceux qui sont devenus des logements sociaux, ils sont tous occup&#233;s. Ca, ils sont tous occup&#233;s. Par contre, pour la vente, &#231;a... Je sais pas si, s'ils arrivent &#224; vendre. Parce que les gens, le prix, voyez... Ceux qui ach&#232;tent pour louer, je suppose que les loyers sont tr&#232;s, tr&#232;s &#233;lev&#233;s. A mon avis, ils doivent rester dans le quartier au bout d'un moment payant tr&#232;s cher un loyer. Et quand on voit le quartier compl&#232;tement en d&#233;sh&#233;rence. Je pense qu'ils vont pas rester longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est vrai qu'il y a un souci par rapport aux commerces notamment ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'est, voil&#224;, y a plus de commerces. Aucun &#233;quipement public, pas de jardin. Non, c'est... Franchement, si j'avais des sous, c'est pas ici que j'habiterais. (rires) Non, enfin, pour les gens qui ont v&#233;cu longtemps ici, on veut garder notre vie de quartier, comme tout le monde. Mais quelqu'un qui arrive de l'ext&#233;rieur, qui d&#233;barque dans ce quartier... Si tu payes cher un loyer, ma foi, t'ach&#232;tes un appartement tr&#232;s cher, voil&#224;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Donc, il est suppos&#233; y avoir une certaine infrastructure &#224; c&#244;t&#233;, une &#233;cole, des commerces...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Voil&#224;, ils ont construit un parking souterrain, mais il est inabordable. Inabordable (rires). C'est... Pour qui ils nous prennent ? C'est inabordable ce parking. Je... Mon cousin, il est venu cet &#233;t&#233;. Il habite &#224; Paris. Il est venu me voir 15 jours et donc, je suis all&#233; voir pour mettre sa voiture. 115 &#8364; pour 15 jours. Pour laisser sa voiture dans le parking. C'est pas bon &#231;a, qu'est-ce-que c'est ce truc ? On l'a pas dit. On a &#233;t&#233; en face, c'&#233;tait moins cher, 85 &#8364;. Bon voil&#224;, mais c'est, voil&#224;, en plus je disais : &quot;j'habite le quartier, vous pouvez pas faire un prix, quand m&#234;me ?&quot; 115 &#8364;, 15 jours, en plus c'est un parking public, c'est pas un parking priv&#233;. Je veux dire, c'est pas un truc o&#249; t'es chez toi quoi. 115 &#8364;, 15 jours.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pour avoir vu les plaquettes de communication de Marseille R&#233;publique, c'&#233;tait des immeubles avec, bon, des familles, couples, la trentaine, blonds, avec des enfants blonds...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, voil&#224;, oui...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est caricatural, mais ce n'est pas moi qui fait la caricature.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, oui, oui, non mais &#231;a, &#231;a c'est s&#251;r que... Ben de toute fa&#231;on, je crois que &#231;a avait &#233;t&#233; dit. Je sais plus quel politique avait dit : &quot;de toute fa&#231;on, on veut plus la m&#234;me population, on veut une autre population pour le quartier&quot;. Donc, voil&#224;, quoi. Ca, on le sait. Ils font tout pour virer les maghr&#233;bins du centre-ville, les pauvres. On peut faire encore des ghettos dans les quartiers Nord.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Ben oui, mais y a plus de place dans les quartiers nord.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ben voil&#224;, je veux dire, autant que, qu'on se m&#233;lange. Et puis, en plus, moi je sais pas, &#231;a fait longtemps que j'habite ici. Le m&#233;lange se faisait. Franchement, des m&#233;langes se faisait. Y avait toutes sortes de gens, des pauvres, des riches, des maghr&#233;bins, des fran&#231;ais d'origine, des asiatiques, et le m&#233;lange se faisait. Je veux dire, on se parle. On parle avec le m&#233;decin, avec le pharmacien qui habite aussi le quartier. Et puis, m&#234;me si on peut &#234;tre au RMI, avoir des bons rapports avec son voisin qui est docteur et avocat ou qu'est... Le m&#233;lange se fait et, au contraire, c'est... Je trouve que &#231;a booste, je demande &#224; voir, &#231;a booste ceux qui sont... Voil&#224;, les probl&#232;mes sociaux, &#231;&#224; les stimule. Eh bien, le m&#233;lange se faisait. Franchement, c'est ce qui me plaisait, c'est ce qui me pla&#238;t dans ce quartier. Parce que &#231;a l'est encore. Ca l'est encore. Je trouve important que mes voisins...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Justement, vous m'avez parl&#233; de ces cas dramatiques...&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Comme ils ont re&#231;u un non-renouvellement de bail, les enfants, pour pas stresser les parents, ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; les reloger &#224; la Joliette. C'&#233;tait mes voisins de palier qui se sont retrouv&#233;s... Ils avaient un T3, ils ont trouv&#233; qu'un T2, petit, &#224; la Joliette et, ben, ils &#233;taient pas heureux, quoi. C'est pas, c'est pas bien. Et puis, ils sont morts alors que, je veux dire, y avait aucune raison qu'on les... En plus, ils avaient un appartement r&#233;nov&#233; au 50, y avait aucune raison qu'y s'en aillent. Donc, ben, voil&#224;, &#231;a fait, &#231;a fait de la peine. Ils avaient pas &#224;... En plus c'&#233;tait des personnes qui &#233;taient fragiles. Ils avaient pas &#224;... En plus, ils payaient un loyer cher. Aucune raison pourquoi les faire partir, quoi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Peut-&#234;tre pour lib&#233;rer l'appartement, pour pouvoir le louer, le revendre ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Maintenant l'immeuble est mur&#233;. L'immeuble est mur&#233; parce qu'il y a eu le feu. Y a des inondations, compl&#232;tement mur&#233;. Y a plus personne, donc &#231;a fait 3 ans, 3 ans que l'immeuble est abandonn&#233;. Compl&#232;tement abandonn&#233;. En plus abandonn&#233;, &#231;a veut dire que &#231;a se d&#233;truit de plus en plus. On sait pas ce qui se passe dedans, enfin les appartements... Ils doivent &#234;tre dans un &#233;tat, maintenant. C'est malheureux, quoi, quand en plus, tous ces appartements vides quand on voit le nombre de gens qui cherchent un appartement... Ca fait trois ans maintenant. Ca fait les deux appartements qui &#233;taient vides depuis plus de 10 ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est aussi ce que disait Mr Hedroug. Avant qu'ils ne commencent les r&#233;habilitations, il y avait d&#233;j&#224; des appartements vides.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Quand j'ai emm&#233;nag&#233; dans mon immeuble, y avait d&#233;j&#224; des appartements vides qui sont rest&#233;s vides pendant plus de 10 ans. Alors qu'ils avaient qu'&#224; les r&#233;nover au fur et &#224; mesure... Au fur et &#224; mesure que les gens partaient, ils r&#233;novaient l'appartement, et au fur et &#224; mesure, ils relouaient et c'&#233;tait, c'&#233;tait tr&#232;s bien, quoi. Et apr&#232;s, ils faisaient les parties communes, parce que, il fallait refaire, pour les parties communes, la plomberie, le gaz, et repeindre. Mais, sinon, tout marchait. Tout marchait. On a avait l'ascenseur, tout marchait. Y avait pas de, y avait pas de soucis. Tout &#233;tait, voil&#224;, en &#233;tat de marche. Donc, la r&#233;novation, c'&#233;tait pas un truc &#233;norme. C'est pas... Y a pas besoin de tout casser pour r&#233;nover.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : En fait, c'est plut&#244;t une strat&#233;gie de recomposition sociale du quartier ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Moi, je pense que c'&#233;tait plut&#244;t &#231;a. Oui, oui, oui, oui, ben maintenant, ben voil&#224;, c'est abandonn&#233;, la crise immobili&#232;re... Ca va durer combien de temps ? Encore dix ans ? Abandonn&#233;, c'est dommage, c'est dommage. Enfin, on va voir. On va voir s'ils vont faire des travaux. Donc, l&#224;, &#231;a fait trois ans et demi que je suis ici, &#231;a fait trois ans et demi que c'est condamn&#233;, quoi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Tant qu'ils ne l'ont pas vendu...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pas de travaux, peut-&#234;tre que &#231;a &#233;t&#233; revendu, peut-&#234;tre non. Y reste, donc, sur les autres escaliers, y reste un quart des locataires qui attendent. Je sais que, &#231;a je l'ai appris par le photographe, qu'y a une p&#233;tition pour une dame aussi dans cet &#238;lot, qui &#233;tait aussi menac&#233;e d'expulsion et qu'y avait une p&#233;tition qui allait &#234;tre faite. Mais &#231;a, je connais pas toute l'histoire. Donc, on continue &#224; expulser dans le quartier. Des gens qui payent leur loyer. Je parle pas de gens...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Vous parlez pas de squatters ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Les squatters sont revenus. Les squatters, en face, sont revenus, ben ouais. On a accept&#233; les squatters en face.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est aussi ce me que disait M. Hedroug.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;C'est dans son escalier, ouais, en plus, ouais, ouais. C'est plein de squatters. Ah, souvent, je vois en face. Les appartements vides, de temps en temps, tu vois une t&#234;te. Une t&#234;te &#224; la fen&#234;tre. Donc, c'est s&#251;r que, ben voil&#224;, c'est, tout &#231;a pour &#231;a ! Franchement, c'&#233;tait pas la peine, ils auraient tr&#232;s bien pu faire la r&#233;novation avec nous, quoi. Ils &#233;taient pas oblig&#233;s de faire, voil&#224;, de nous faire rentrer dedans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Ils y ont quand m&#234;me trouv&#233; un b&#233;n&#233;fice, si cela leur a &#233;vit&#233; de s'ennuyer &#224; reloger des gens...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ils auraient tr&#232;s bien pu se faire des sous. Parce que bon, si ils voulaient se faire des sous, ils pouvaient tr&#232;s bien le faire avec nous. Enfin... Y avait la place pour tout le monde, en fait. De la place pour des gens tr&#232;s riches, des gens modestes, des gens normaux, enfin normaux entre guillemets, des gens qui ont des revenus, des salaires. Y avait de la place pour tout le monde, vu que le trois-quart d&#233;j&#224; &#233;tait vide, des appartements. Donc, c'&#233;tait faisable. C'&#233;tait faisable cette histoire. Nous, je sais pas, dans mon escalier, y avait 20 appartements. Y en avait plus que trois d'occup&#233;s. Donc, &#231;a va, y avait la place, y avait la place de r&#233;nover des appartements, de faire venir des gens plus ais&#233;s. Je veux dire, &#231;a va, on n'&#233;tait pas mis&#233;reux, enfin on &#233;tait pas pouilleux. Je veux dire, on pouvait c&#244;toyer, on peut c&#244;toyer des gens riches. C'est pas, c'est pas... On &#233;tait pas crades. Enfin, avant &#224; Paris, les immeubles bourgeois, tu montais les &#233;tages, t'avais les tr&#232;s riches en bas et les pauvres en haut. Les chambres de bonne, &#231;a se c&#244;toyait ces gens-l&#224;. Je vois pas pourquoi, pourquoi on pourrait pas se c&#244;toyer ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Alors, peut-&#234;tre que les pauvres ont une odeur particuli&#232;re ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, c'est &#224; se demander quoi. Ben, donc, je veux pas. Ca g&#234;nait pas, &#231;a g&#234;nait pas. Y avait plein de, y avait plein d'escaliers o&#249; il restait plus que trois ou quatre locataires, le reste &#233;tait vide. Donc, ils pouvaient tr&#232;s bien r&#233;nover au fur et &#224; mesure des appartements sans d&#233;loger ceux qui y &#233;taient... C'&#233;tait pas...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Mais je crois que &#231;a aurait pris beaucoup plus de temps que &#231;a avait d&#233;j&#224; pris. Pour eux, c'&#233;tait aussi une question de temps...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;En attendant, en attendant, s'ils avaient fait correctement les choses, tout serait fini. Y seraient rentr&#233;s dans leurs... Ils auraient fini avant la crise immobili&#232;re, y seraient rentr&#233;s dans leurs sous, voil&#224;. Et puis tout le monde aurait &#233;t&#233; content.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Mais peut-&#234;tre qu'ils auraient fait moins d'argent en faisant comme &#231;a ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pas s&#251;r, pas s&#251;r, parce qu'il suffisait qu'ils r&#233;novent un appartement, enfin bon, d'abord r&#233;nover des appartements vides et la cage d'escalier et ils vendaient, quoi. Y a pas de... C'&#233;tait faisable de vendre ou m&#234;me de louer tr&#232;s cher au d&#233;but, et puis apr&#232;s de vendre. Une fois que tout l'immeuble est fini et r&#233;nov&#233;, voil&#224;, ils revendaient. Enfin, enfin, j'pense qu'y aurait pu avoir une strat&#233;gie, comment dire, plus correcte, plus humaine et o&#249; chacun, chacun trouve son compte. Eux, trouvent leur compte en r&#233;novant et en revendant, et nous, on trouve notre compte en restant sur place. Et on aurait pas foutu le oua&#239; comme on l'a fait. Et puis, y aurait pas eu de drames humains parce que, moi je, y a eu des drames humains. Y a eu des drames, et &#231;a... Faire partir des m&#233;decins. Ils ont fait partir tous les m&#233;decins. Mais, je veux dire : les pauvres y se soignent. Ils ont fait partir tous les m&#233;decins. Qu'est que c'est ce truc ? Y avait aucune raison. Pourquoi ils ont fait partir les m&#233;decins ? Mon m&#233;decin est parti au tout d&#233;but de la... J'pense qu'il a du n&#233;gocier. Enfin... Ils ont d&#251; vouloir le faire partir. Il a d&#251; n&#233;gocier parce que lui, il avait un certain &#226;ge, il avait repris le cabinet de son p&#232;re. Donc, il avait d&#233;j&#224; sa client&#232;le&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est vrai, je me rappelle avoir vu des affichettes disant que le m&#233;decin qui &#233;tait l&#224;...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Voil&#224;, donc mon m&#233;decin, il est Cours St-Louis, eh be, j'y vais plus. J'ai chang&#233; de m&#233;decin. Et donc, j'en avais pris un autre rue de la R&#233;publique plus bas. Alors lui par contre, il est locataire de l'autre grand propri&#233;taire de la rue de la R&#233;publique. Et pareil, expuls&#233; ! (rires) Tiens j'ai dit, je change de m&#233;decin et l&#224;, c'est les immeubles qu'ils ont r&#233;nov&#233;. Ils &#233;taient au niveau, ils &#233;taient avant le R&#233;verb&#232;re, le bar Le R&#233;verb&#232;re. Expuls&#233; ! C'est un m&#233;decin, quoi, merde ! Donc, en fait, il a trouv&#233; un cabinet en face, dans un p&#244;le m&#233;dical. Mais bon, &#231;a va quoi, pourquoi on nous enl&#232;ve les m&#233;decins ? C'est bon. C'est... Ils pr&#233;f&#232;rent louer &#224; des bureaux, peut-&#234;tre que &#231;a rapporte plus. C'est bizarre quoi, enfin, voil&#224; quoi, ils ont une politique que, d&#232;s fois, on ne comprend pas. Mon pharmacien aussi, je crois qu'il a &#233;t&#233; expuls&#233; aussi. A mon avis, il en a profit&#233; parce qu'on vire pas un pharmacien comme &#231;a, mais pourquoi virer un pharmacien ? Fermer les boulangers, fermer... Ma foi, les pauvres aussi, les riches aussi y se soignent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est un peu &#233;trange, mais peut-&#234;tre qu'ils voulaient vraiment qu'il n'y ait plus aucun commerce pour mettre ceux qu'ils voulaient, ceux qu'ils avaient pr&#233;vu. Bon, le souci &#233;tant que la majorit&#233;, c'est soit des banques, soit des magasins de t&#233;l&#233;phonie, soit des magasins de v&#234;tements...&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, oui, ben l&#224;, je sais pas s'ils fonctionnent, mais bon... Alors, entre le port et Sadi Carnot, on va bouffer des v&#234;tements, quoi. Moi, j'y vais pas, je sais pas. C'est pas l&#224; que... Peut-&#234;tre qu'ils ont une client&#232;le ? Je sais pas si la client&#232;le est venue ? mais &#231;a nous... Qu'y en ait, oui, mais pas que &#231;a, quoi. Qu'y ait pas que &#231;a. C'est, ils ont fait une super place, la place Sadi Carnot. Le soir, elle est bien &#233;clair&#233;e, magnifique. Elle est morte parce que y a que des banques. Le soir y a pas de bars, y a pas de restos, y a pas d'animation. Faudrait, j'sais pas qu'y ait au moins des restos, des bars. Au moins que les gens en profitent, parce que finalement personne n'en profite. C'est une place, elle est jolie, bien &#233;clair&#233;e, c'est magnifique, les fa&#231;ades, mais c'est une place morte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Pour conclure, on pourrait dire qu'ils ont oubli&#233; l'homme ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ah, ouais, voil&#224;. Parce que, voila, nous d&#232;s fois, on aime bien aller au bar, on aime bien aller au resto. C'est agr&#233;able c'te place. Ma foi, qu'c'est ? Ca sert &#224; rien. Enfin, bon, je sais pas, c'est sp&#233;cial. Et pis bon, ils font des choses sans nous demander notre avis. Enfin, je sais pas, ils pourraient faire des r&#233;unions. Et, on pourrait obtenir ce qu'on a envie, ce qu'on a besoin. Enfin, je sais pas, c'est dommage. Je trouve que c'est dommage, c'est...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : C'est un peu un g&#226;chis ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, je trouve. Je trouve qu'ils ont encore rat&#233; leur truc, quoi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Propos recueillis le 15 d&#233;cembre 2008 par J.Becker.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>&#171; Pas de tri pour nous &#187;</title>
		<link>http://www.koinai.net/article579.html</link>
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		<dc:date>2008-12-23T14:07:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;lestin Karera</dc:creator>

<category domain="http://www.koinai.net/rubrique1.html">Ecologie et recyclage</category>


		<description>En campagne pour l'environnement, le foyer d'accueil de Bougainville attend des renforts pour lancer le tri de ses d&#233;chets.

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&lt;a href="http://www.koinai.net/rubrique1.html" rel="directory"&gt;Ecologie et recyclage&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Faire le tri des d&#233;chets promis au recyclage ? D'accord, mais quand leur volume est cons&#233;quent, encore faut-il trouver l'&#233;quipement de contenance ad&#233;quat. &#192; Bougainville, le Centre d'H&#233;bergement et de R&#233;insertion Sociale William Booth bute sur l'obstacle : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On &#233;tait pr&#234;ts &#224; faire le tri des d&#233;chets ! &#199;a se fait pas parce qu'il n'y a pas la logistique pour suivre. &#199;a sert &#224; rien parce que de toute mani&#232;re, on les met dans un container, on m&#233;lange tout.&lt;/i&gt; &#187; Judith Dessy, responsable du service restauration.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Koinai : Quels d&#233;chets produit votre structure ?&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Ce sont des d&#233;chets au niveau de la restauration : des restes des plateaux, des cartons, des bo&#238;tes en fer, tout ce qui est en rapport avec la restauration. On a aussi quelques m&#233;dicaments, mais c'est dans les poubelles sp&#233;cifiques au niveau de l'infirmerie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Quelle est votre capacit&#233; d'accueil ?&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Cent personnes, en majorit&#233; hommes seuls et quelques couples dans nos studios. Notre &#233;tablissement apporte &#224; des personnes qui ont des probl&#232;mes de logement, psychologiques, physiques, un accompagnement pour une r&#233;insertion au niveau social, m&#233;dical... bref, un retour &#224; l'autonomie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Triez-vous les d&#233;chets au niveau de chaque service ?&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;Eh non, &#224; part d'amener les gros objets &#224; la d&#233;ch&#232;terie, on ne trie pas. &#192; l'infirmerie, elle trie &#224; son niveau mais la direction et moi, on a essay&#233;, on a voulu le faire - on est tr&#232;s sensibilis&#233;s par le tri des d&#233;chets, par l'environnement - on s'est renseign&#233; pour savoir s'il &#233;tait possible de faire un tri pour qu'il y ait une valorisation des d&#233;chets. On a &#233;t&#233; voir tous les containers aux alentours, il y a une trop petite capacit&#233; par rapport aux d&#233;chets qu'on produit. On s'est renseign&#233; au niveau de la mairie, qui nous ont renvoy&#233;s au service CPA parce que c'est la comp&#233;tence de la Communaut&#233; du pays de Marseille, MPM. Et on a t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; la CPA, il n'y a pas eu de suite donc &#231;a se fait pas, on en est l&#224;. On ne peut pas trier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : &#192; quelle heure sortez-vous vos poubelles ?&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;On sort les poubelles tous les jours vers 18h, et on les rentre les matins vers 8h.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : O&#249; et comment transportez-vous les d&#233;chets ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;On les met dans les containers et les gros objets, on les met dans un endroit et on les am&#232;ne &#224; la d&#233;ch&#232;terie. Je ne sais plus laquelle, c'est une d&#233;ch&#232;terie qui n'est tr&#232;s pas loin d'ici, dans le 3&#232;me arrondissement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Seriez-vous d'accord pour qu'une entreprise passe chercher les d&#233;chets ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, &#231;a pourrait se faire ; simplement, il faut s'organiser : je n'ai pas envie non plus que le parking soit plein de d&#233;chets en attente pendant plusieurs jours, il faut que ce soit ramass&#233; r&#233;guli&#232;rement. On le fait avec le pain dur, d&#233;j&#224; ; dans le temps, on le gardait pour des personnes qui avaient des lapins ou des poules, les Restos du C&#339;ur aussi, maintenant une association vient r&#233;cup&#233;rer le pain dur tous les jours, on n'a pas &#224; le stocker. Si c'est tous les jours ou tous les deux jours, pourquoi pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Les pensionnaires sont sensibilis&#233;s &#224; la question du tri ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;On peut les sensibiliser dans des ateliers, mais &#231;a d&#233;pend plut&#244;t du service &#233;ducatif. &#199;a me semble difficile de les sensibiliser alors qu'au niveau de la ville, &#231;a se fait pas, quoi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Informez-vous le personnel en mati&#232;re de recyclage ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Non, pas du tout ; c'&#233;tait la volont&#233; de la direction mais pour le moment, on n'a pas &#233;t&#233; plus loin parce qu'il n'y pas de tri pour nous, sur Marseille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Il vous arrive de parler du tri des d&#233;chets avec des confr&#232;res ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, j'en ai discut&#233; avec une chef de service, une travailleur social &#224; Jane Pannier : elle fait tout un travail avec un r&#233;seau associatif sur les d&#233;chets verts, les d&#233;chets de fruits, de l&#233;gumes, elle a mis en place un travail sur le compost et &#231;a a l'air de commencer &#224; fonctionner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Connaissez-vous les mat&#233;riaux recyclables ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;On a un minimum d'information, oui : il y a des d&#233;chets verts, on peut faire du compost, des d&#233;chets de carton, des verres, des bo&#238;tes en fer, parce on en utilise pas mal en restauration, les bouteilles en plastique - il n'y en a pas beaucoup - et quoi d'autre... du papier ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Abordez-vous la question du tri s&#233;lectif avec votre entourage ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Oui, c'est quand m&#234;me un sujet de conversation, maintenant, qui s'entend autour de nous ; oui, on en parle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : O&#249; cherchez-vous les informations sur le tri et le recyclage ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Sur internet, dans les prospectus, et par rapport aux &#233;lections qui arrivent, on a pas mal d'information. Et aussi dans des r&#233;unions au niveau des mairies, j'ai particip&#233; &#224; des r&#233;unions sp&#233;cifiques sur l'environnement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Connaissez-vous la r&#233;glementation, comme la loi du un pour un ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je ne sais pas si une loi est sortie mais dans notre quartier, ici &#224; Marseille, dans le 3&#232;me, il y a pas le tri de d&#233;chets en fonction... On re&#231;oit des dons d'un supermarch&#233;, &#231;a leur permet d'avoir moins de volume de d&#233;chets, parce qu'ils nous donnent des produits qui sont en limite de date d'expiration. Ils gagnent de l'argent parce que le tournage des d&#233;chets &#224; d&#233;barrasser, pour eux c'est pas donn&#233; : je crois que c'est de l'ordre de plus de 100 &#8364; la tonne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;K : Le volume des d&#233;chets produits par le centre augmente ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Je travaille ici depuis plus de dix ans et j'ai l'impression qu'il a augment&#233; un peu, ce n'est pas significatif, ce n'est pas &#