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La revue du témoignage urbain

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La tête de l'emploi

Deux-pièces neutralisant

À l’hôpital c’est soins en complet marmoréen

« Ma tenue professionnelle ! C’est une blouse et un pantalon blancs. Sur ma blouse mon nom et ma qualification sont inscrits. Le blanc, je crois que cela fait très longtemps que ça symbolise la santé. Mais le déroulement de ma journée ou de mes activités étant assez varié, la tenue n’est pas toujours forcément appropriée. » Nathalie, 41 ans, infirmière en psychiatrie à l’hôpital de la Timone à Marseille.


Koinai : En quoi consiste votre métier ?
Mon métier est composé de soins techniques - comme dans tous les services à l’hôpital - des prises de sang, des soins physiques à donner et, aussi, c’est basé beaucoup sur les soins relationnels, sur des activités. Donc là, la tenue est moins importante ; quand c’est l’après-midi, que l’on fait ce genre d’activités, il arrive que l’on ne mette plus la tenue. Je suis amenée aussi à sortir des fois du service, à faire des accompagnements à l’extérieur, aller avec un patient à son domicile, l’aider à récupérer des affaires ou des sorties thérapeutiques avec les patients. Là, évidement la tenue est exclue. On ne sort pas dans la rue en tenue. Là, c’est un règlement. C’est des soins assez variés qui caractérisent un peu mon métier. C’est une discipline un peu particulière, la psychiatrie.

K : Devez-vous changer tous les jours d’uniforme ?
Non, c’est à nous de juger, il n’y a pas d’obligation. Il arrive que l’on n’ait pas la tenue complète, par exemple ; ça dépend des services, après. Moi, je travaille en psychiatrie. La tenue complète ne se justifie pas forcément tout le temps, donc ça dépend des soins, des moments, des activités que l’on a. Ce qui est le plus courant, c’est d’avoir des infirmières, des infirmiers psychiatriques qui vont avoir une blouse pour qu’on les reconnaisse en tant qu’infirmiers et en bas, le pantalon en civil. Ils n’ont pas la tenue forcément complète. C’est en fonction des services.

K : Qui fournit la tenue ?
C’est l’hôpital. C’est pas énorme : un petit trousseau de quatre tenues ; la même pour l’été et l’hiver, en coton épais - franchement je ne connais pas le prix. On a le choix : on les ramène à la maison et on les lave nous-mêmes, ou ça peut être entretenu sur place par la lingerie de l’Assistance Publique. Mais avec quatre, l’été, c’est des fois pas évident, ça ne revient pas assez vite… le circuit du linge, avant que ça revienne dans le service, ça peut mettre plusieurs jours, mais bon !

K : Votre activité est-elle salissante ?
Ça dépend un petit peu des "accidents" qui vont arriver. Par rapport à la tenue de base, la blouse, on peut rajouter une tenue supplémentaire dans certains cas. Par exemple, un tablier en plastique si on sait que l’on va avoir des projections de sang, ou qu’il y a plus de risques, ou une toilette qui va être un peu éclaboussante ou très salissante. Selon, on peut rajouter des gros gants en caoutchouc, un tablier, des lunettes pour protéger les yeux, des masques ; ils s’enlèvent une fois le soin terminé. Mais enfin on n’est pas tous les jours sali avec du sang, quoi ! On se salit pas énormément. Moi, dans mon service, c’est pas extrêmement salissant. Si on se salit vraiment un jour, s’il y a vraiment une grosse tache, on va se changer tout de suite. Habituellement la tenue fait quand même la journée ou deux jours.

K : Pourquoi le blanc ?
Le blanc, je crois que cela fait très longtemps que ça symbolise quand même les vêtements des infirmières, l’image de propreté à travers leur tenue impeccable, d’efficacité et d’hygiène, la santé. Le blanc, je ne sais pas d’où cela vient exactement, mais on n’a pas le choix des couleurs. À l’hôpital il y a des couleurs pour chaque catégorie de personnel. Ça aide aussi à différencier, et que les patients puissent savoir à qui ils ont affaire.

K : Avez-vous connu une évolution dans la tenue des infirmières ?
Oui, moi personnellement, au début où j’ai travaillé, quand j’ai commencé l’école, en fait c’était des blouses, pas des pantalons et des blouses courtes, c’était la blouse longue en tissu plus fin. Là, par contre, c’était peut être plus sexy, quoiqu’elles avaient une forme pas très seyante, on va dire, mais par contre c’était pas pratique parce que cette blouse longue qui arrivait au milieu des mollets, assez étroite quand même, gênait dans les mouvements, les allées et venues. S’il fallait un peu accélérer c’était pas très pratique. Je pense que la tenue pantalon et haut c’est pour faciliter les mouvements, les allées et venues, l’efficacité.

K : Quand portez-vous des gants et en quelle matière sont-ils ?
Ce n’est pas systématique. Je porte des gants, non pas pour chaque manipulation, mais pour tout ce qui va être soin stérile, pour tout soin qui risque de tacher, quoi ! D’être sale… La plupart des gants sont en latex. Après il y a d’autres matières, parce que certaines personnes sont allergiques, alors on peut commander des gants spéciaux.

K : Votre tenue est-elle confortable ?
Oui, dans l’ensemble elle est, au niveau de la forme, assez ample. Enfin, elle est pratique, infroissable, il me semble. Oui, il n’y a pas besoin souvent de les repasser. C’est en tissu quand même assez épais et l’été on a toujours chaud, mais je crois que dans n’importe quelle tenue… Elles ne sont pas spécialement fraîches mais sont plutôt adaptées.

K : Le port de cette tenue est-il une contrainte pour vous ?
Ça dépend : le port de la tenue complète… des fois. Oui, le pantalon et blouse, ça peut l’être, mais c’est aussi une protection. Globalement je me sens à l’aise physiquement, ça va. Maintenant, si j’aime le porter ? Je ne me pose pas la question, ça fait partie de mon travail. Bon, il y a les petits inconvénients, d’aller se changer quand on arrive, se redéshabiller le temps du vestiaire, mais…

K : La coiffure, le maquillage et le port de bijoux sont-ils réglementés ?
Il n’y a pas de règlement écrit, bien strict, mais il y a des recommandations qui sont quand même un peu données par les supérieurs, pour des raisons d’hygiène. Éviter d’avoir trop de bijoux : pas trop et pas trop gros, ça peut être attire-microbes ! Pour tout ce qui est alliances, on ne les enlève pas, mais maintenant si on a une grosse bague… Comme le maquillage, c’est laissé plus à l’appréciation de chacune en fonction de ce qui est correct ou pas.

K : Avez-vous des chaussures spéciales ?
Ce sont souvent des chaussures confortables pour faire pas mal de pas, aller et venir, donc souvent c’est des sabots, de préférence avec des semelles en caoutchouc pour ne pas faire trop de bruit, mais ça, c’est à notre charge, ce n’est pas fourni par l’hôpital. Donc chacun se choisit les chaussures qu’il veut ; il n’y a pas de couleur obligatoire. Mais on préfère se choisir une paire de chaussures qui va rester à l’hôpital que de rester avec nos chaussures de ville "en tenue", donc le critère ça va être que ce soit pratique et confortable, voilà.

K : Avez-vous l’impression de changer de peau quand vous êtes dans cet uniforme ?
Changer de peau, c’est peut-être un peu… un peu… bon, allez, le travail commence, quoi ! Tant que l’on n’est pas encore changé, on n’est pas encore dans le bain, mais après on oublie vite notre tenue.

K : L’uniforme porte-t-il atteinte à votre féminité ?
Ça n’enlève pas, mais modérément. C’est pas tellement l’uniforme… Par exemple, celles qui portent beaucoup les bijoux et le maquillage, je pense qu’elles doivent estimer être moins coquettes quand elles sont au travail puisqu’elles vont limiter à la fois les bijoux, le maquillage et être habillées pareil ! Bon, c’est beaucoup dire, je pense pas que l’on peut rester très coquette, mais enfin, voilà, on n’est pas obligé de se transformer non plus en mannequin ou vraiment en repoussoir. Disons que c’est assez neutre, ça neutralise un peu tout le monde.

K : Pour vous, l’habit fait-il le moine ?
Oui et non, parce que, bon… Non, parce qu’on est habitué, quoi ! On n’y prête plus attention, souvent, au bout d’un moment, mais ça protège un peu, dans un sens. Je pense que pour les malades c’est important, ils se reconnaissent dans notre fonction et peut-être qu’ils ne s’adresseraient pas à nous exactement pareil si on a la blouse, si on ne l’a pas, il me semble, par rapport à l’autre. Donc on va dire oui, ça fait la fonction. Mais on l’oublie, on n’en a pas toujours conscience, mais si on y réfléchit, je pense que oui, plutôt.

K : Que portez-vous en dehors de votre travail ?
Moi, je serais plutôt décontractée, pas forcément sport, mais disons décontractée. Je ne me soucie plus de ma tenue de travail. Je ne pense pas souffrir dans ma tenue, donc je n’ai pas besoin de m’habiller tout l’inverse, en hyper classique ou très élégante. Ça n’a rien à voir avec ma tenue, je pense. Je m’habille comme je suis psychologiquement, mais ce n’est pas par rapport à ma tenue.

Propos recueillis par Mireille Perez le 28/06/06 ; rédaction : Patricia Rouillard

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