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L'enfance de l'art

Moulins à vent

Le souffle de la finalité

« Je rêvais de fabriquer une éolienne, quand j’étais petit, c’est vrai ! Mon père m’avait acheté un petit bouquin sur des éoliennes de pompage et j’avais commencé à démonter des alternateurs de voiture, à bricoler quelque chose, mais je n’avais jamais fini. » Saadi Brahmi, 25 ans.


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Koinai : D’où vient le choix de votre activité ?
Projet depuis l’école, passionné par l’éolienne, et envie personnelle de travailler dans ce métier.

K : Avez-vous été conseillé, guidé ?
Par moi-même. J’avais envie de créer vraiment une boîte dans ce type de profil, et je voulais toujours être mon propre chef d’entreprise, en tout cas. C’est peut-être ça qui m’a guidé !

K : Quels sacrifices vous a demandé votre activité ?
Beaucoup de temps ! On travaille, on ne compte pas ses heures ! Oui, si on n’est pas passionné, si on veut faire juste du chiffre d’affaires, il faut encore attendre un peu. Aujourd’hui, c’est plus les clients curieux que vous allez rencontrer, il va falloir former, et beaucoup de gens n’ont pas beaucoup de patience pour leur expliquer. Et même si finalement, ils ne vont pas me rapporter d’affaire, ce sera un client qui se souviendra de moi et qui aura une bonne image de l’entreprise.

K : Qu’est-ce qui vous pousse à inventer ?
Heu... je sais pas, un esprit un peu tordu, des fois, c’est surtout ça qui vous fait réfléchir sur quelque chose, faire toujours des analyses, quoi que vous voyez, quoi ! Pour inventer, il faut avoir un esprit tordu pour arriver à une finalité. En prenant le contraire de ce qui devrait marcher, vous vous dites : « Pourquoi pas essayer ? » Et après, physiquement, en posant des équations, vous regardez déjà si vous tenez bien la route et il faut beaucoup essayer, il ne faut pas avoir peur d’essayer des choses même s’il y a... voilà !

K : Vous souvenez-vous vos premiers pas professionnels ?
Ah ! J’étais jeune, à quatorze ans, dans la boîte familiale qui n’est pas dans l’énergie renouvelable mais c’était les premier pas... industriels.

K : Avez-vous eu un mentor ?
Pas forcément.

K : Que cherchez-vous en concevant ces éoliennes ?
Déjà, de créer des produits qui fonctionnent, c’est une satisfaction humaine énorme, parce que c’est une idée qui se transforme en produit avec toutes les phases que ça comporte, donc humainement c’est positif, mon travail aura servi à quelque chose. Ensuite, une fois qu’il sera industrialisé, c’est économiquement, on aura un résultat vraiment positif, là ce sera le but d’un chef d’entreprise d’avoir une activité qui fonctionne.

K : Quels sont vos outils de travail ?
J’ai beaucoup d’outils, hein ! Non, je travaille beaucoup sur un ordinateur, faire la conception 3D, Internet, j’ai un atelier pour fabriquer tous mes protos, après ce serait infini de vous décrire tous tous mes outils, il en faut énormément, pour faire ce type de développement. Mais je me limite pas, s’il me faut un outil, je m’équiperai !

K : Quels éléments concevez-vous ?
Quels types d’éoliennes ? Cet axe vertical, le type ça s’appelle du Darien, c’est Georges Darien, un ingénieur français, qui a inventé ça en 1914. Nous on l’a repris, on a reboosté quelque chose dessus qui a optimisé le démarrage. La fondation, c’est un mât, après vous avez deux choix : un mât auto-porteur sans haubans, soit un mât avec des câbles. Une fois que le génie civil est fait, on installe le mât, on installe la tête de l’éolienne en haut du mât, et on vient dresser le mât. Ensuite il y a la connexion électrique, soit sur les batteries, soit sur le réseau.

K : Quelles contraintes sont liées à votre activité ?
Aucune, je suis heureux !

K : Travaillez-vous en équipe ?
Oui, mais c’est une petite structure. J’envisage d’embaucher du monde mais aujourd’hui je recherche des gens dans la couverture, par exemple ; j’ai des grosses surfaces à poser dans le solaire, il me faut des gens bien bien qualifiés.

K : Quelle est votre formation initiale ?
Bac scientifique, DUT Génie Méca, licence en management des projets, parce qu’à l’époque il n’y avait pas de formation dans l’énergie renouvelable. Ensuite j’ai fait un an en collaboration avec l’université de Saint-Jérôme dans des essais en siffleries sur des éoliennes sur les axes verticaux, et j’ai créé ma boîte un an plus tard. J’ai été formé sur le tas, et j’ai fait énormément de formations de moi-même pour apprendre.

K : À quelles difficultés êtes-vous confronté ?
Les difficultés réglementaires de la France, par exemple, on a des lois qui changent tous les jours. Dans l’éolienne plus particulièrement : l’année dernière, on pouvait revendre l’énergie produite, cette année ils nous ont inventé la zone de développement éolienne, qu’ils appellent la ZDE ; c’est la Préfecture qui doit donner l’autorisation et comme c’est payant, elle n’en donne pas beaucoup, elle n’en donne que pour les parcs éoliens et pas pour les éoliennes individuelles. On est confrontés à une réglementation qui change, on est forcés d’adapter notre façon de travailler à tout ça !

K : Arrivez-vous à vivre de votre activité ?
Pas encore mais bientôt, je l’espère ! J’ai fait beaucoup de développement, et ce développement commence à payer aujourd’hui, avec ce produit, par exemple : l’hydro-éolienne plaît énormément aux gens, et on envisage une très bonne commercialisation.

K : Comment communiquez-vous sur votre activité ?
Internet, des salons !

K : Qui sont vos clients ?
Les particuliers, les industriels, les collectivités locales, l’étranger aussi.

K : Quelle clientèle aimeriez-vous toucher ?
C’est l’industriel parce que les gens, financièrement, peuvent suivre sur les gros projets, et ils sont moins indécis. Un industriel, c’est quelqu’un qui fonce, quoi ! Un particulier, il va d’abord regarder les budgets, ensuite... Moi c’est l’industriel qui m’intéresserait le plus.

K : Quelle relation avez-vous avec les clients ?
Amicale, de discussions, beaucoup de commentaires, beaucoup d’explications, on est là pour ça. Moi, j’ai fait en plus la formation, donc je sais comment communiquer très simplement sur ce qu’on peut leur proposer, quoi !

K : Vous arrive-t-il de travailler en collaboration avec d’autres opérateurs ?
Oui oui ! Université de Saint-Jérôme, qui est en contact avec moi pour les recherches de nouveaux produits, donc on peut faire valider nos essais par leur laboratoire. Oui, nous travaillons en réseau.

K : Avez-vous participé à des concours ?
Oui, c’est le concours de l’ANVAR sur l’innovation, et c’est tout pour l’instant.

K : Avez-vous reçu des récompenses ?
Pas encore, là ! Je pense que l’hydro-éolienne sera vraiment récompensée par les gens de la plaisance, parce c’est un produit qu’ils vont très bien apprécier.

K : À quoi vous travaillez en ce moment ?
Pose de photovoltaïque sur toiture industrielle de 700 m2, et lancer l’hydro-éolienne commercialement. Réaliser une série de cent pièces, et lancer aussi la commercialisation de l’éolienne pour maison d’un kilo-watt. Et tout ça pour cet été, je suis très ambitieux !

K : Quels sont vos projets, vos attentes ?
Eh ben, mes attentes... que mes produits soient vendus, tout simplement, que les gens soient contents de ce qu’on fait, quoi. C’est aussi un rôle écologique : aujourd’hui, créer une entreprise en énergies renouvelables, si vous le faites seulement pour le point de vue économique, vous le faites pas. C’est parce que vous êtes passionné par diminuer les impacts des gaz à effet de serre, consommer différemment, utiliser des produits bios et performants, tous ces paramètres...

K : Avez-vous une anecdote liée à votre métier ?
Une expérience que nous avons eue il y a quinze jours, trois semaines, quand on essayait l’hydro-éolienne : on est sortis en mer, et on n’est pas rentrés à cause du mauvais temps. Au début, mon stagiaire, il n’était pas bien, finalement il était très content quand on est rentrés ! Là, c’est beaucoup d’expérience humaine très intéressante, ce qu’on fait. C’est ça qui est très intéressant.

Propos recueillis par Célestin Karera le 25/04/08 ; rédaction : Odile Fourmillier.

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