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La revue du témoignage urbain

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Industries Marseillaises

Captive d’un bout de paradis

Garder la calanque, c’est 24 heures sur 24...

Simone gardait la calanque dans son cabanon comme d’autres gardent les phares sur leur île, à ceci près qu’elle fit ses débuts à sa retraite, "pour se désennuyer"...


 

Voir en ligne : "Un grain de beauté : Sormiou, la discrète"

Koinai : Présentez-vous à nous.
J’suis Simone, 64 ans.

K : Vous avez été gardienne aux calanques de Sormiou...
De ’94 à 2006, pendant 13 ans.

K : C’était avec votre mari ?
Ah oui, on n’peut pas être seul, on n’peut pas être toute seule...

K : Comment en êtes-vous arrivée à devenir gardienne ?
Par l’intermédiaire d’une personne que j’ai connue, et elle m’a mise en relation avec une ancienne gestionnaire, Madame Passereau. Moi, j’avais fini de travailler, j’m’ennuyais, alors on est venus là, on n’connaissait pas du tout hein, pas du tout...

K : Alors comment ça s’est passé la vie de gardienne à la calanque ?
Ah, la première année ça a été très dur. D’abord y avait pas la police, la police sur la plage, la police municipale, ni la police qu’il y a, qui viennent, qui arrivent à midi maintenant, donc c’était toujours ouvert.

K : Et qu’est-ce que ça faisait que ce soit toujours ouvert ?
Ben y avait beaucoup de monde et puis il y avait beaucoup de problèmes sur le parking... des voitures cassées eh... on y a remis un peu, p’tit à p’tit...

K : Alors, ça consiste en quoi le gardiennage à Sormiou ?
Ça consiste déjà à faire payer les voitures qui passent, et puis rendre service aux cabanons, aux gardiens... le courrier, les p’tits services, garder les clés des cabanons, pour les cabanons qui veulent nous laisser les clés. En principe y avait pas de problème. Et puis ça consistait à surveiller le cabanon, faire des tours, surtout l’hiver, quand y a personne, voir s’il y avait pas des cabanons d’ouverts, de cassés et, enfin, non... c’était agréable.

K : Et vous, vous restiez tout le temps ?
Oui, 24 heures sur 24, il fallait qu’il y ait tout l’temps quelqu’un dans la loge, c’est normal.

K : Et du coup, pour faire les courses et tout ça, vous faisiez comment ?
Ben c’était mon mari qui allait faire les courses, moi j’restais à Sormiou.

K : Et le logement, c’était un logement de fonction ?
Oui oui, tout à fait, c’était un logement de fonction. D’ailleurs quand on est arrivés, y avait pas les panneaux solaires, c’était un groupe électrogène.

K : Et le groupe électrogène diffusait de l’électricité pour tous les cabanons ?
Non non. Rien que pour le cabanon des gardiens. Normalement les groupes étaient interdits dans les cabanons. Ce n’était que pour le gardiennage parce que nous, on était obligés d’avoir la lumière, un p’tit peu, hein... et après, ils ont fait installer les panneaux solaires.

K : C’était quand ?
Les panneaux solaires, ça doit être... c’est en ’98 qu’il y a eu le gros incendie... ça d’vait faire en ’97/96, quelque chose comme ça, à un an près, j’me souviens plus, qu’ils nous ont fait la grosse installation solaire, c’était très agréable quand même, hein, oui... oui.

K : Ça fait du bruit ?
Le groupe, ah oui. Et pis, on ne l’mettait pas toute la journée ! On l’mettait le soir, un p’tit peu, pour s’dire pour surveiller, ou des trucs comme ça, même la nuit on l’arrêtait parce que c’était... c’est bruyant quand même un groupe, puis la pollution...

K : Et l’eau, non plus, vous n’en aviez pas ?
Ah non, on avait les citernes, on avait une grosse citerne quand on est arrivés, après ils nous avaient fait deux citernes supplémentaires.

K : Et ce cabanon-là, comment ça se fait que vous l’avez, c’est par rapport à votre famille à vous ?
Non, c’est pas de descendance. J’avais demandé, parce que moi, quand mes enfants descendaient... c’est p’tit la loge donc, il fallait qu’ils remontent tout le temps, ils pouvaient pas rester une semaine ou des trucs comme ça... c’était pas possible ! Donc j’avais demandé à Madame Pastré pour avoir un cabanon, mais y en avait pas et tout ça... Madame Pastré c’était l’ancienne gestionnaire de la calanque, qui est restée 32 ans, je crois, et avant c’était son beau-père ; ça a toujours été la famille Pastré, mais ça n’a rien à voir avec la campagne Pastré... voilà... Donc un jour, j’ai demandé au Général De Busonnière, qui était le mari de la propriétaire et lui n’a pas eu de problèmes, il m’en a trouvé un.

K : Vous louez, là ?
Ah oui oui, tous les cabanons sont en location ! Il n’y a pas de propriétaire de cabanons.

K : Ils appartiennent à qui alors ?
Hé ben, à la famille De Busonnière et De Saint-Georges. On disait le Général parce que c’était lui qui s’occupait beaucoup de la calanque. Il est décédé maintenant.

K : Mais il était pas Général ?!
Si si, il était Général !

K : Et cette famille ?
Très ancienne. Ça venait de la famille De Ferry, le propriétaire de la calanque.

K : Et même après pour les locations, ça se fait de génération en génération ?
Oui, de temps en temps, il y en a une qui se libère, mais enfin c’est rare.

K : Vous avez eu beaucoup de chance du coup !
Oui, c’est un monsieur qui est parti loin, qui ne voulait plus le cabanon, donc il était pour moi, alors qu’il y avait une grande liste, hein ! Mais enfin, on travaillait, c’est pas pour nous lancer des fleurs mais ils étaient vraiment contents, ils nous ont un peu remerciés comme ça.

K : Et vous preniez des vacances, quand même, de temps en temps ?
Ouh là ! Moi, j’en ai pris au bout de... la SCI nous avait payé un voyage d’une semaine à Venise pour nous remercier un peu de...

K : C’est quoi la SCI ?
Eh ben, la famille De Buisonnière et De Saint-Georges...

K : Et sinon vous n’aviez pas de vacances ?
Non non, on avait pas de jour de repos ni rien comme ils veulent tous maintenant... donc il y avait Laurent avec son amie et on partait 8/10 jours, mais au bout de... 8/9 ans quoi ! Autrement, on partait jamais parce qu’il n’y avait personne de responsable et en qui on peut avoir confiance, parce que quand même, il y a un peu d’argent.

K : Vous avez des anecdotes à nous raconter ?
Des anecdotes, ouh là... quel genre d’anecdotes vous voulez ? Des anecdotes, il y en a énormément mais pas spécialement sur les cabanonniers... sur les gens de l’extérieur...

K : De quel style ?
Des anecdotes quand vous arriviez pour les faire payer par exemple... "Pourquoi c’est payant ? Et pourquoi si ? Et pourquoi là ? Moi j’vais me plaindre à la mairie..." On leur expliquait que c’était pas la mairie, que c’était une propriété privée mais y en a qui en démordaient pas, qui nous traitaient un peu de tout quoi, de voleurs... de ce que vous voulez ! C’est rigolo en définitive, c’était rigolo.

K : On ne vous a jamais menacée, quand même ?
Moi, oui !

K : Le fait que ce soit payant, c’est comme un petit loyer pour l’entretien...
Pour l’entretien et tout ça, c’est tout réinvesti !

K : C’est vraiment réinvesti ou non ?
Ah oui, oui, oui. Ils font beaucoup de travaux... parce que je vais vous dire une chose, vous savez que maintenant on a plus le droit aux fosses septiques, avant ça partait dans la nature et c’est interdit maintenant...

K : Alors vous faites comment ici ?
Hé ben ils ont fait de partout des fosses septiques, ils sont obligés ! On les vidange et tout ça... ça ne part plus dans la nature.

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