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Koinai ?


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Chercher un titre n’est pas facile. En trouver un relève du hasard tout autant que du choix délibéré. Nous souhaitions un mot dans une langue méditerrannéenne. Mais il fallait aussi que ce titre puisse être relié en quelque manière à l’idée d’un échange, d’une communication, d’un flux. Il s’agissait aussi d’éviter à tout prix un titre conventionnel et institutionnel dans le genre de « interfaces », « rencontres entre les cultures », « nord-sud »...

Il y avait aussi la possibilité de chercher dans une langue véhiculaire comme la lingua franca, langue oubliée maintenant mais qui fut parlée dans tous les grands ports méditerrannéens.

Enfin, nous pouvions piocher dans une des grandes langues actuelles un mot particulièrement connu, voire partagé, correspondant à notre idée. Plusieurs candidats ont été évoqués. Le mot « sahel » nous plaisait bien, il signifie « rivage » en arabe et aurait pù faire un excellent titre... mais ceux qui ne connaissent pas notre travail aurait pu faire un contresens évident sur l’aire géographique qui nous intéresse : ce ne sont pas les rives du désert, mais les rives de la mer... Et « Sahel » connote fortement l’avancée du désert sur les terres cultivées... un peu contraire à notre idée. Il y eut aussi des candidats plus italianisants comme « maremotto » (tremblement de mer), « ciaccia » (qui a donné tchatche en argot français), « cave canem » (premier graffiti connu, trouvé sur une maison de Pompeï) mais qui a le malheur de vouloir dire « attention au chien ! »... Enfin, toute une floppée de noms intéressants mais peu liés à notre idée. Par exemple « kawa » (café en arabe), « cicero » (pois chiche en latin), « zitoune » (olive en Arabe), ...

Vinrent ensuite les noms plus scientifiques. Celui de la méditerrannée originelle, celle des géographes. Ou encore celui d’un courant chaud qui sévit en méditerrannée... que nous n’avons jamais trouvé. En quête de quelque chose de plus... originel... nous avons décidé de nous tourner vers une langue ancienne. Le latin nous semblait peu approprié à cause de l’aspect « dominateur » de l’Empire Romain, un peu difficile à faire passer. Restait l’union grecque, plus philosophique, plus respectueuse des communautés, plus tolérante... mais il nous manquait une idée forte.

Au détour d’une encyclopédie, nous apprenions qu’Alexandre-le-grand, face à l’immense taille de son Empire et la diversité des cultures qui y furent intégrées, avait projeté l’invention d’une langue commune. Pas seulement d’une langue, mais aussi d’une culture, venant se superposer aux langues et cultures existantes, simplement pour permettre le dialogue et l’existence d’une vraie communauté (la koinè). Nous avions trouvé l’idée. La koinè ce n’est pas tant la langue commune que la communauté de langue. Le parler ensemble dans la diversité.

Après quelques recherches, nous nous rendîmes compte du fait que cette idée, qui échouât à la mort d’Alexandre et suite au fractionnement de son Empire, était devenue pour les linguistes un concept de base. Koinè n’était donc pas seulement un mot appartenant à une langue morte, mais un concept courant, employé dans toutes les langues pour désigner la même chose. Que demander de plus ?

Reste une dernière étape, l’achat d’un nom de domaine... et là, nous fûmes bien surpris de voir que koine.net, koine.org, koine.com, koine.fr existaient déjà !!! Il nous fallait une petite astuce ne nous obligeant pas à trop de distorsion sur le mot choisi. « Koinai » est le pluriel grec de « koiné »... le tour est joué, le pluriel intègre encore plus de diversité, et notre titre fut validé, un beau jour de juillet 2004. Et lorsqu’un bateau porte enfin un nom, il est prêt à partir.

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